Les trois erreurs fatales de Jean-Claude Kazembe

Dans Actualités, Politique
Jean-Claude Kazembe, Haut-Katanga

Lundi 18 avril 2017, un lundi noir pour Jean-Claude Kazembe. Ce jour-là, les députés du Haut-Katanga le destituaient de ses fonctions de gouverneur. À Lubumbashi, de nombreuses personnes parlent de ses erreurs, mais trois lui ont été fatales.

Son sourire facile ne lui a pas fait tant d’amis à Lubumbashi. Très critique envers Moïse Katumbi, il s’est positionné comme son adversaire. En une année de gouvernance, Jean-Claude Kazembe « s’est fait de nombreux ennemis ». Des ennemis jusqu’au sein de la Majorité au pouvoir, avoue sous anonymat, un membre du parti présidentiel, le PPRD.

Jean-Claude Kazembe critiquer Katumbi sans mieux faire

Pour l’opposant Astia Mulunda de l’UDPS, la Majorité au pouvoir (MP), n’a pas défini de profil rigoureux de gouverneurs. Elle s’est préoccupé « de l’homme qui devait succéder à Moïse Katumbi. Que Kazembe étant un proche familial à l’ancien Gouverneur du grand Katanga, [allait] régner comme son cousin. Or les temps ont changé », a dit l’opposant à Congo Durable. Plusieurs personnes considèrent que Jean-Claude Kazembe aurait réussi son mandat s’il avait cessé de critiquer Moïse Katumbi resté encore populaire à Lubumbashi. Avec plus d’actions mieux que lui, cela aurait été la véritable critique acerbe.

Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe
Jean-Claude Kazembe parle aux électeurs à un centre d’enrôlement à Lubumbashi. Photo Didier Makal, 2017.

Jean-Claude Kazembe, et une économie trop centralisée                                                 

Jean-Claude Kazembe a eu une gestion économique trop centralisée durant son mandat. Tout revenait à lui, « ses ministres n’auraient pas de signatures ». Au grand dam de ses collaborateurs, son fils Nathan et un de ses neveux ont été placés à la tête des régies financières de la province. Tout « ceci lui a attiré beaucoup d’ennemis dans sa famille politique », indique l’opposant Astia Mulunda.

C’est sans oublier l’affaire des 27 millions de dollars logés sur un sous-compte du compte du Haut-Katanga. « Un montage destiné à l’enfoncer », considèrent plusieurs sources au sein de la MP. Mais l’argent lui a été fatal tant il y semble fortement impliqué.

La fatale crise de farine à Jean-Claude Kazembe

Lorsque Jean-Claude Kazembe arrive à la tête du Haut-Katanga, la province vit une pleine incertitude économique. Les cours du cuivre et du cobalt, principaux vecteurs de l’économie de la région sont au plus bas. Bien plus, Kinshasa limite le pouvoir d’engager les dépenses aux commissaires nommés à la tête des provinces.

C’est quand galopent les prix de farine de maïs, aliment de base pour quelques 3 à 6 millions d’habitants de Lubumbashi. Systématiquement, la pénurie est présentée comme un sabotage de l’ancien gouverneur devenu opposant à Kabila, Moïse Katumbi. Le sac de 25kg passe de 8 à 16.000 FC (environ 18 USD à l’époque). Lorsqu’exaspère cette crise, le sac de maïs coûte 35 USD, voire plus. Critiquant sa gestion de la crise, Guellord Kilanga de l’UNADEF aile MP demande à Kazembe de démissionner. « La crise de la farine ne l’a pas aidé du tout », avoue l’opposant Astia Mulunda.

D’autres erreurs de Jean-Claude Kazembe

Le gouverneur déchu a commis d’autres erreurs qui l’ont enfoncé progressivement. Plutôt que de s’expliquer devant les députés, il a préféré s’en remettre à Kinshasa. Ils l’ont destitué sans surprise. En décembre 2016, Kazembe s’en prenait au ministre Félix Kabange, par jeunes au discours régionaliste interposés. Il n’avait pas bien digéré sa présence à la libération des manifestants anti-Kabila dans les violences de décembre, à l’expiration du mandat de Joseph Kabila à Lubumbashi.

« Kazembe s’est créé beaucoup d’ennemis », commente laconiquement, un cadre du PPRD, dont est membre le gouverneur déchu. Pour lui, la MP n’a pas lâché Kazembe : le mot d’ordre « n’existe que s’il y a injustice. »

Le jour de l’élection de Kazembe, le 26 mars 2016, l’opposant Gabriel Kyungu dénonçait des pressions sur les députés. Mais aussi une « corruption systématique » par Aubin Minaku, chef de la Majorité au pouvoir. Élu par 22 députés sur les 30 que compte l’assemblée du Haut-Katanga, Kazembe devait son succès à Minaku. Il avait promis la victoire et était à Lubumbashi pour s’en assurer. Une année plus tard, c’est le même secrétaire de la MP qui est venu presque défaire le roi. « Nous sommes venus voir s’il a bien travaillé ou non », annonçait-il. Des semaines après, Jean-Claude Kazembe a été déchu.

Didier Makal

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