Les forages d’eau, une chance pour la RDC, mais…

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Forage d'eau

L’eau manque pour la majeure partie de la population congolaise. C’est une réalité aussi bien en milieu rural qu’en ville où les robinets s’assèchent parfois pour de longs jours. Depuis des décennies, le salut vient des puits de forage. Une pratique de plus en plus répandue. Mais est-ce sans risque ?

En 2015, l’Unicef annonçait, presque sans surprendre, que la moitié des congolais n’avait pas accès à l’eau propre. En ville, l’accès à l’eau potable avoisine les 80% pour l’ensemble des milieux urbains. Des chiffres qui baissent, en milieu rural, à 30%, indique l’Unicef.

La RDC s’alignait, en 2014, parmi les pays africains à faible taux d’accès à l’eau potable (26%). Le pays a même été « l’un des trois pays au monde où plus de la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable », selon l’Unicef.

Les forages manuels et artisanaux en RDC

Dès lors, on parlerait du fameux article, le ‘‘débrouillez-vous’’. Mais c’est de là que vient. En milieux urbains, de nombreux congolais recourent au forage manuel et aux puits artisanaux pour se garantir de l’eau presque au quotidien. A Lubumbashi, et même dans la capitale Kinshasa, des puits sont creusés dans des parcelles, seul moyen de réduire le coût de consommation d’eau pour les uns, ou de s’en procurer réellement, pour les autres. Et si elle vient à manque dans la parcelle, plusieurs vont jusqu’à des centaines de mètre la chercher.

Selon les quartiers et niveau de vie, cette eau devient parfois l’unique pour la boisson et d’autres travaux ménagers. Et sa qualité ne peut se vérifier. Véritable débrouille, comme on peut.

Un bon business, les forages d’eau en RDC

Depuis que l’eau potable est étrangère pour plus d’un congolais, les forages d’eau ont généré un véritable business. Le secteur atteindrait, d’après le Consortium wash RDC, 400 millions de dollars, pour 80 000 forages au bénéfice de quelques 32 millions de congolais. Le forage manuel, avec un coût moyen de 500 dollars américain, profiterait à au moins 400 personnes.

En octobre 2016, la RDC comptait, selon la même source, 1 200 forages manuels et 148 PME créées dans le secteur. Il ne s’agit pas de puits dans lesquels plongent les creuseurs jusqu’au jaillissement d’eau, mais de ceux réalisés au moyen de foreuse ou tarière, sans souiller le puits. Ce sont de puits équipés de pompes à eau manuelle, immergée ou motorisée.

Forages d'eau
Des enfants attendant de l’eau à une source d’approvisionnement. Source: Unicef.12

Des risques de maladies et d’asséchement de la nappe aquifère

Le nombre des puits plus « rustiques », appelés « bishimpo » à Lubumbashi, est inconnu. Ils seraient pourtant les plus nombreux, à presque tous les 100 mètres, en périphéries de la ville. Malheureusement « Leur eau n’est pas traitée », constate l’environnementaliste Jean12-Pierre Ndjibu. Cet universitaire et climatologue explique, par ailleurs, que cette eau superficielle est facilement souillée.

Ces puits sont aussi suspectés, en cas d’épidémies, d’être vecteurs des maladies ; alors qu’ils sont aussi exposés aux éboulements et érosions. Leur taille, beaucoup plus grande, varie entre 1 et 2m de diamètre, multiplie les risques de contamination.

Mais les puits manuels et les puits mécanisés dont le coût va jusqu’à 1500 USD, donnent plutôt une eau dont la qualité rassure. Ces forages atteignent 40 à plus de 200 mètres de profondeur. Bien plus, ils ne représentent pas de risque d’éboulement, explique le professeur Jean-Pierre Ndjibu. Cependant s’ils deviennent plus nombreux, la menace accroîtra autant. Les forages pourraient rapidement « baisser le niveau de la nappe aquifère », explique-t-il.

Les forages d’eau, manuels ou industriels, sont à ce jour, sans doute, une nécessité. Ils permettent à des millions de congolais d’accéder à une eau propre et à se protéger des maladies. Mais ils ne peuvent remplacer sûrement pas des sources d’eau propres, sécurisées et soignés comme devrait le faire la Rédie nationale des eaux.

Didier Makal

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