Identité Katangaise, ce qu’il en reste

Dans Congo profond, Politique
Place de l'identité Katangaise

Le goût de grandeur et d’unité qui cimentaient la « katanganité » ou identité katangaise s’érodent progressivement. Deux ans après le découpage territorial qui l’a vu éclater en 4 nouvelles provinces, le Katanga vit ses clivages les plus prononcés. Ce qu’il en reste, dorénavant, ressemble à un souvenir lointain, et surtout des noms.

Rester Katangais, malgré tout

À Lubumbashi, à l’entrée du centre-ville, un monument représente quatre personnes, deux hommes et deux femmes. Elles forment un cercle, se tenant les mains en signe d’unité. C’est le monument de l’ identité katangaise, au cœur du carrefour des avenues Kasapa, Msiri, Kilelabalanda et Lumumba.

Les auteurs de ce monument sont Moïse Katumbi et Gabriel Kyungu wa Kumwanza, derniers gouverneur et président de l’assemblée provinciale du Katanga. Ils l’ont voulu pour rappeler que « malgré le découpage, nous sommes katangais. » L’idée a fait rire, en cette année 2015, les détracteurs de ces leaders politiques en perte de grâce auprès du président Joseph Kabila, katangais lui aussi.

Ce que Katumbi et Kyungu redoutaient n’a pas tardé à venir. Le découpage territorial a réveillé les démons des ethnies et tribus. Les katangais s’identifient, depuis, à leurs régions d’origine ou plutôt à leurs tribus. Ainsi, de nombreuses personnes ont préféré aller à Kolwezi, à Kalemie ou à Kamina pour y travailler. Aussi, généralement, les nouvelles administrations ont eu tendance à employer « les originaires » des provinces.

Identité katangaise, plus qu’« un esprit »… ?

L’identité katangaise s’en trouve à ce point où, des symboles d’unité comme la Fondation katangaise essayent d’éteindre les feux des ardeurs régionales. C’est à l’idée que les katangais existent encore. Mais en réalité, il ne reste que des amoureux du Katanga. Même les fédéralistes, soutenant un Katanga uni et fort en RDC, redoutent son extinction progressive, sinon rapide. Mais l’éditeur du journal « Le fédéral », le journaliste Jeef Mwingamb, veut croire encore à la survie de cette identité.

« L’esprit [Katangais] lui-même reste. Que l’on soit au Lualaba, dans le Haut-Lomami, dans le Tanganyika ou dans le Haut-Katanga, à Lubumbashi, les gens s’identifient au Katanga. J’ai entendu les dirigeants actuels de nouvelles provinces, explique le journaliste, dire que nous sommes les mêmes, katangais, malgré les divisions qui sont administratives. »

Lubumbashi, la capitale du Katanga ?

Lubumbashi est devenu, comme les chefs-lieux d’anciens districts, la capitale du Haut-Katanga. L’idée n’arrange pas ceux qui tiennent la ville pour symbole du Katanga. Une province qui n’existe plus. Cela suscite parfois des remous. Lors de l’escalade verbale entre les pro-Félix Kabange et pro-Jean-Claude Kazembe, en décembre 2016, la ville a été présentée ne se trouvant pas au Katanga, mais dans le Haut-Katanga. Un rappel qui a rappelé aux Katangais que les temps ont changé, l’espace aussi.

Le Katanga, l’appellation reste encore pour désigner la région jusqu’en 2015, formant une seule province. Ils sont katangais, pour les habitants de Kinshasa, les originaires ou habitats de tout cet espace. De là d’ailleurs est née l’appellation « le grand Katanga », pour désigner l’ensemble de nouvelles provinces, comme pour rappeler un destin commun. Mais ce destin, personne ne sait combien de temps il teindra encore ni à quoi il s’appliquera tant le temps joue en faveur de nouvelles entités qui met en émulation, rivalisant doucement de développement.

Didier Makal

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