Marcel Batena : « il faut se méfier des médicaments moins chers »

Dans Congo profond, Environnement
Médicaments, Pharmacie

Le secteur pharmaceutique de Lubumbashi  est sur une pente glissante. Des constructions souvent invraisemblables avec mention « pharmacie » pullulent dans la ville. Parfois, les personnes qui les tiennent n’en ont aucune capacité. Tout le monde est client, enfants et adultes. Cela fait bonnes affaires.

La peur ne saisit plus beaucoup de personnes, au nom de la précarité du niveau de vie de la majorité. Dans un entretien exclusif à Congo Durable, le secrétaire du conseil provincial de l’ordre pharmaciens, Gentil Marcel Batena déplore des « dérapages » dans la vente des médicaments, et la gestion des pharmacies.

Quel est l’état de lieux du secteur pharmaceutique à Lubumbashi et dans la province ?

Disons d’abord que l’ordre de pharmaciens est partenaire de l’État et s’occupe de ceux qui exercent cette profession et de la manière dont elle est exercée. Le secteur pharmaceutique est en difficulté, envahi par ceux qui le prennent pour un commerce alors qu’il s’agit vraiment de la vie. C’est la conséquence de la négligence de l’État à investir sérieusement dans notre profession.

Et quel est alors le rôle d’un pharmacien dans une institution hospitalière ?

Il n’y a pas d’hôpital sans médicaments, donc sans pharmacie. Quand le patient vient, il se fait consulter, le médecin fait son diagnostic et détermine les médicaments qui conviennent. C’est alors qu’intervient le pharmacien. Bref, le rôle du pharmacien est alors de concevoir, formuler, préparer, conserver et dispenser les médicaments gratuitement ou moyennant payement. Il peut avoir des produits finis ou à préparer seul.

A Lubumbashi, les vendeurs des pharmacies se préoccupent de moins en moins de l’ordonnance médicale. Comment rassurez-vous le contrôle des pharmaciens ?

Il faut distinguer les choses. On n’est pas pharmacien parce qu’on est dans une pharmacie, non. Un pharmacien, un vrai, ne ferait jamais cela dans la situation normale. Dans certains endroits appelés pharmacies on utilise n’importe qui qu’on fait appeler pharmacien sans l’être. Cependant, il existe des médicaments à prescription médicale obligatoire, d’autres non. Ces derniers, vous les trouverez même en grande surface, mais toujours sous la responsabilité d’un pharmacien.

Quelle est la responsabilité du « pharmacien » qui vend des médicaments à un enfant ou lorsqu’un décès vient à la suite des produits qu’il a délivrés sans ordonnance ?

Cela ne devrait pas arriver à un pharmacien. C’est des défauts de charlatans qui n’ont besoin que d’argent. Un pharmacien, de par sa formation, sait que c’est punissable. Mais puisque c’est la mort, toute atteinte à la vie humaine est punissable. S’il s’agit d’un pharmacien, il prendra le temps d’évaluer ses produits. Dans la plupart des cas, ce sont les charlatans vendant des médicaments à origine et qualité douteuses qui causent ces dégâts.

Vous parlez largement des charlatans, pourtant ils persistent, leurs pharmacies aussi. Quel pouvoir avez-vous sur ces gens et pourquoi perdurent-ils?

Nous sommes l’ordre de pharmaciens, seuls les pharmaciens nous préoccupent. On ne peut parler de pharmacien et de faux pharmaciens, les autres là sont de bandits véhiculant des poisons, des armes biologiques. Hélas, notre pays est trop large, mais cela expose la population. L’État devrait veiller davantage à cela. Les charlatans ne dépendent pas de nous, car les pharmaciens sont sur le tableau de l’ordre et les autres ne devraient pas exercer.

On doit débarrasser la ville de ces gens-là. Il faut se méfier des médicaments moins chers. Votre vie en dépend. Mais l’ordre des pharmaciens ne contrôle pas les institutions, c’est une affaire de l’inspection.

propos recueillis par Fidèle Bwirhonde

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