JP Kimuni : « Il y a une ressemblance entre « danse ya ba boss » et la frime dans le gospel »

Dans Actualités, Congo profond
Frimer, congolais

Les musiciens chrétiens et « profanes » ont en commun l’amour du beau. Mais ils ont plus encore en commun : la frime, et la volonté de bien paraître ou faire bonne impression auprès du public. Comment comprendre cette attitude, pour les chanteurs de gospel qui pourtant ont en face l’appel à la pauvreté évangélique ? Nous en parlons avec Jean-Paul Kimuni, licencié en Arts du spectacle et journaliste. Il présente aussi une chronique religieuse sur Kyondo Radio-télévision à Lubumbashi.

Gonfler, frimer comme l’indique la chanson « Madjunda  » qu’on chante dans nos églises dites de réveil, n’épargne même pas le gospel.  Avez-vous fait le constat?

Oui tout à fait!  C’est une question de contexte. Beaucoup de gens, que ce soit du Gospel, de la rumba ou autre, chacun a sa façon de voir les choses. Tout ce qu’ils font, les musiciens chrétiens ont écouté ou se sont inspirés quelque part. Du point de vue thématique, dans la composition des chants, on a par exemple écouté un message de prédication, un rêve, une vision, … Par rapport à la danse, on a peut-être reçu un message qui dit que vous allez régner, dominer. Puisque vous avez Dieu, vous êtes le fils du Roi, or le fils du roi doit être fier de cette identité.

D’où, « madjunda », l’orgueil, la frime ?

Certains se disent comme, je suis fils du Roi, Dieu, identifié par rapport à un lion qui règne, domine, voilà qui les poussent à chanter et exprimer cela par une danse de fierté. Les kinois disent « ndodwa dans le seigneur », « fanya fieri » pour les swahili, c’est-à-dire, « gonfle dans le Jésus »! A Kinshasa, le groupe TUMBISHAYI dit : « bina na yesu ne zombo », c’est-à-dire qu’il faut danser avec beaucoup de fierté, gonfler parce que vous êtes enfant de Dieu!

L’artiste Koffi Olomidé chante « danse ya ba boss », mettant en valeur l’apparat. Même dans le Gospel, les musiciens jouent sur cet aspect. Est-ce que cela vous surprend?

Ça ne me surprend pas! Je pense qu’ils sont tous entrain de naviguer ou nager dans ce qu’on appelle « le show-biz » qui a des exigences. C’est notamment du point de vue de la tenue, du costume. On a besoin de bien s’habiller et bien paraître pour attirer celui qui regarde. Certains musiciens chrétiens disent qu’on est des fils de Dieu et c’est à lui qu’appartient le beau, le luxe. Cela ne veut pas dire que nous sommes à l’écart! Par rapport à « danse ya ba boss » de Koffi, je crois qu’il y a une sorte de ressemblance, un parallélisme dans la danse.

Comment les chanteurs gospel, toujours très chic, élégants, enseignent-ils la pauvreté évangélique?

En fait, quand on est chrétien, il faut savoir que le Seigneur ne nous voit pas comme des démunis, des « souffriers » ou quémandeurs, etc. On ne peut pas être entrain de prier Dieu et donner l’apparence de quelqu’un qui souffre, qui manque et qui a soif alors qu’on présente un Dieu de tout. Donc pour éviter ce paradoxe, on aimerait bien se présenter sous une bonne tenue. Je crois que ce qui anime les musiciens chrétiens, ce qu’on prêche la pauvreté, mais ce n’est pas plus la pauvreté des matériels. C’est plutôt une pauvreté de l’esprit, de l’âme. Quand on manque la parole de Dieu, on n’est pas suffisamment nourri, alors on est pauvre!

Les pentecôtistes ou églises de réveil auxquels appartiennent ces chanteurs rejettent la pauvreté. Faut-il ainsi comprendre la frime dans les chants?

Je crois que cela dépend d’une personne à une autre, en parlant de la pauvreté évangélique. On enseigne tous la parole de Dieu et on demande aux gens de suivre le Seigneur. Ce rejet c’est peut-être parce que nous ne savons pas donner toute la matière par peur de se contredire, et garder des fidèles qui ne sont suffisamment pas nourris par la parole. C’est peut-être pour éviter des départs des églises que certains se taisent là-dessus. Par exemple, sur l’alcool, on ne peut pas parler aisément puisqu’il y a des hommes alcooliques dans l’église. Et c’est le cas de plusieurs pasteurs, par les temps qui courent.

Propos recueillis par Arsène Bikina

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