Danse ya ba boss: frimer et paraître, pour dire congolais ?

Dans Congo profond
Danse ya ba boss, ou frimer à la congolaise

Les Congolais ont un goût remarquable de grandeur, peu importe l’instabilité politique et sécuritaire qui a un peu érodé leur fierté les 20 dernières années. Déjà dans la Zaïroise, hymne national sous le maréchal Mobutu, le pays célébrait la « fière et pleine dignité ». Mais aussi un « peuple grand » et libre à jamais. Pour les musiciens,  de la rumba ou du gospel, grandeur et fierté se déclinent parfois sous forme du paraître. L’exemple le plus récent est « danse ya ba boss » de Kolli Olomidé.

Dans « danse ya ba boss », « danse des patrons », en Français, l’artiste invite à jouir pleinement de sa richesse. Alors les danseurs, mimant les « patrons », friment en dansant. Epaules élevées, mains gonflées autour de la taille, poussées vers l’avant : ils se montrent fiers, et pleins aux as. Ils s’inclinent à peine, et trémoussent moins que d’ordinaire.

Les Congolais, les patrons malgré tout

L’évocation de la richesse, « des patrons », est très présente dans la musique congolaise. Ce n’est pas que la « sape » portée par Papa Wemba montre des personnes qui veulent paraître. Mais, les personnes élégantes qu’elle définit se présentent comme économiquement bien assisses. Fally Ipupa, Werrason ou JB Mpiana sont rivalisent d’accoutrements chics, devenant des références pour plusieurs personnes.

Nyoka Longo dit Zaïko Langa Langa, fait un vrai sapeur qui ne s’avoue pas de l’école sapologue. Avec son tub « Mukongo ya koba », ce kinois de 64 ans fait danser de millions de Congolais aux cris de « vimba », traduisez « gonfle ! » Les danseurs croupissent alors légèrement, parfois gonflant les joues, pour remonter en relâchant le souffle. En même temps, ils élèvent les épaules, un peu comme dans « danse ya ba boss ».

Kinshasa toza ba boss

En 2013, le kinois …. savourait son succès avec son titre de rap « Kinshasa toza ba boss ». Traduisez : « Kinshasa, nous sommes des patrons », des riches. Il ignore étonnamment cette pauvreté tellement latente dans la capitale congolaise. La Banque mondiale évalue à 64%, les Congolais vivant sous le seuil de la pauvreté, avec moins d’un dollar par jour. Mais sous ces airs qui enjolivent, frimer permet à certains mélomanes de rêver d’une surprise divine. « Rien n’est impossible à celui qui croit », conviction chrétienne, largement répétée dans le gospel congolais.

Les chanteurs chrétiens ne sont pourtant pas épargnés de la frime. Très chics, ils s’affichent dans de chics appartements, avec de jolies voitures qui n’appartiennent toujours pas aux chanteurs. En …., ….. lançait « Madjunda », en Tshiluba, pour « orgueil », jouissance. Une invitation gonfler d’orgueil, parce que les chrétiens ont leur sauveur, le Christ.

Les congolais, frimeurs?

Ce n’est pas déjà déboucher sur le constat de « sapeur » collé indistinctement aux congolais, à l’étranger. Mais dans la rumba et le gospel d’ailleurs, le paraître est plus fort. Presque tous les musiciens, sauf pour le style on ne peut moins sensationnel du genre Jean Ngubal ou Lokua Kanza. Mais sinon, bien au-delà du costume inhérent à l’art musical, le paraître finit par dire une façon d’être un peu m’as-tu-vu. Une négation de la pauvreté qui secoue la RDC, un rêve d’un bien-être social et matériel.

Mais à Kinshasa, particulièrement, être chic permet d’oublier ou du moins, de faire semblant sur sa misère. De Kinshasa est venue, en effet, l’expression « cache misère », périphrase de la « veste ». C’est pour dire que dans les chics costumes se cache parfois une misère que le monde ne peut connaître.

Didier Makal

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