Catholiques et protestants en RDC : à bon chat, bon rat !

Dans Actualités, Politique
Eglise catholique RDC, Lubumbashi

La RDC « va très mal », les évêques catholiques congolais l’ont dit fin juin à Kinshasa. Mais il faut bien constater que les églises elles aussi ne se portent pas mieux que ne l’est leur pays. C’est davantage depuis l’expiration du mandat du président Kabila en décembre 2016, et la perspective d’un nouveau report des élections prévue en 2017. Quelle responsabilité pour les églises dans la quête de paix et de bonheur des citoyens évangélisés ? Les débats sont très clivés.

Les discours religieux sur la politique sont fortement polarisés en RDC, avec parfois le risque entretenu de confrontation. Catholiques et églises évangéliques, s’éloignent sur la vision qu’ils ont de la responsabilité des chrétiens. La formule est simple : à bon chat, bon rat. Il se décline en : Aux catholiques Debout, des protestants éveillés !

Les catholiques debout en RDC…

Alors qu’ils clôturaient leur assemblée fin juin, les évêques catholiques, à travers la CENCO, ont évalué un Congo avec une économie en chute et  une population de plus appauvrie. Et, par-dessus le marché, une crise politique et institutionnelle « entretenue ». C’est sans doute en vue de prolonger le maintien au pouvoir du président Kabila, fin mandat depuis décembre 2016. Les évêques catholiques appellent alors les Congolais à rester « debout », et à prendre leur « responsabilité », si les élections n’ont pas lieu en 2017, comme fixé par l’Accord de la Saint Sylvestre.

Rien de surprenant pour les catholiques, représentant 52,2% des Congolais et très présents même dans l’arrière-pays, mieux que l’Etat Congolais. Bien plus, la CENCO a palpé, entre décembre 2016 et mai 2017 en tant que médiatrice d’un dialogue presqu’impossible, « la mauvaise foi » de la classe politique congolaise, se battant pour des postes. Surtout, elle ne digère pas que le pouvoir se soit servi d’elle et de son ultime Accord pour faire passer la tension qui prenait à l’expiration du mandat du président Kabila. Puisqu’après, l’Accord n’est plus respecté, selon les évêques.

« On ne pousse pas la population à la révolte. Les évêques (qui ont appelé à prendre leur responsabilité, rester debout) ont juste fidèlement traduit le « Debout congolais » (hymne national de la RDC). Il s’agit de « dresser le front » et de « prendre l’élan » pour assumer son propre devenir », explique l’abbé Bernard, président de la commission Justice et paix, à Lubumbashi.

Et les protestants éveillés et puristes!

Mais dans l’œil des protestants et des églises de réveil, très proches du président Kabila dont certains sont ses conseillers, c’est une invitation à la révolte, cet appel des prélats catholiques. Pourtant, ils sont encore nombreux qui retiennent leur trouble passé colonial. Pour l’évêque protestant, Monseigneur Ikombi Moponda de Lubumbashi, s’il y a échec, les catholiques doivent bien se regarder. « Ceux qui dirigent sont catholiques, en majorité.» Bien plus, selon lui, l’enseignement qui libère le Congolais, « habitant le pays providentiel », mais souffrant aujourd’hui, c’est de parler à son âme.

« L’église ne doit pas pousser les gens vers la rue. La vraie mission de l’Eglise c’est de perfectionner les âmes. Elle doit transmettre la matière spirituelle, explique le protestant à Congo Durable. Il faut conscientiser les Congolais afin qu’ils s’aiment entre eux. Si elle pousse la population vers la rue, ce sont les simples congolais qui vont mourir. Il n’y aura aucun évêque, pas de prêtre parmi les victimes », s’inquiète-t-il.

Visions divergentes du profil du Congolais évangélisé

Les protestants, représentant globalement 43,3% de la population congolaise, selon l’Observatoire américains des libertés religieuses (2014), s’érigent depuis une décennie comme contrepoids aux catholiques. Ils sont parfois soupçonnés d’être à la solde du pouvoir, alors que les catholiques se trouvent eux aussi accusés de rouler pour l’opposition. Ancien président du sénat et sénateur, Monsieur Marini Bodho qui est aussi président de l’Eglise du Christ au Congo, s’illustre par ses contre-pieds des positions catholiques.

Clairement, le chrétien congolais que les deux tendances construisent, n’est pas le même. Et c’est là que jouent les politiques, d’opposition ou du pouvoir.  « Le chrétien se met debout et propose des solutions », il participe au devenir de son pays, explique l’abbé Bernard. Il s’engage pour le développement et ne doit pas « attendre la manne, ou une solution miracle à ses problèmes. » Vision diamétralement opposée à celle de l’évêque protestant, Mgr Ikombi Moponda. « La responsabilité que nous avons, c’est de pousser le chrétien vers le bien absolu. Il faut une indépendance spirituelle qui va apporter un essor politique, économique et culturel. »

Cela fait deux Congolais, deux visions presque difficiles à rapprocher. Difficile, peut-être aussi dans le Congo présent, de rêver d’une mobilisation qui fasse plier les politiques, habitués à agir sans considérer la population. Ils ont pourtant compris qu’ils ne peuvent gouverner, et surtout pas régner, sans compter sur la dimension spirituelle des Congolais.

Didier Makal

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