Tanganyika : 5 ans de violences

Dans Actualités, Politique
Kalemie, Tanganyika

Cela fera bientôt 5 ans que le Tanganyika connait des violences communautaires entre  Pygmées et Bantu. Le 9 août 2017 à Kalemie, un de 13 camps de la province où se réfugient de des déplacés de ces violences est a été touché par un incendie, le sixième du genre en 3 mois. Quatre jours plus tôt, plus de 50 personnes étaient tuées dans une attaque des Pygmées. Mais le pouvoir public peine à faire régner la paix dans cette région qui a connu rébellions et milices.

Les 25.000 personnes que comptait le site qui a brûlé à Kalemie, dans le Tanganyika, sont sans abri depuis une semaine. La surprise c’est que personne ne connaît l’origine de ce 6e incendie de camp de déplacés, entre mai et début août 2017. Mais d’après Radio France Internationale (RFI), trois hypothèses permettent d’éclairer le contexte.

Des incendies sans explications officielles

La première évoque l’intervention des autorités congolaises. Au Tanganyika, comme ailleurs en RDC, elles ont ordonné aux déplacés de regagner leurs villages, la situation sécuritaire s’étant améliorée. Faux, rétorquent les humanitaires. C’est ainsi que le camp de Kaseke, dans le Tanganyika, partait en fumée, brûlé par la police, indique RFI comme pour forcer à en déguerpir.

L’autre facteur favorisant les incendies, ce sont les conditions de vie dégradées dans les camps. Les déplacés vivent dans les huttes de pailles, propices à la propagation du feu. La promiscuité y est dangereuse, comme l’a indiqué Médecins Sans Frontières, le 10 août, sur Twitter. Enfin, les déplacés eux-mêmes ont importés les conflits dans les camps. Ce n’est donc pas exclu. Pour l’incendie du camp de Katanyika, par exemple, trois des déplacés ont même été arrêtés, explique RFI. « Ils auraient accidentellement brûlé tout le camp, y compris leurs propres huttes, au lieu de brûler la partie qu’ils visaient. »

Un conflit complexe, depuis 5 ans

En janvier 2017, le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU, OCHA, a rapporté plus de 400.000 déplacés dans le Tanganyika. Une conséquence des affrontements entre Pygmées et Baluba (précision des humanitaires). Les déplacés sont allés jusque dans le Haut-Katanga, dans le territoire de Mitwaba. Ils seraient plus de 45.000. Mais aussi dans le territoire de Malemba Nkulu, dans la province du Haut-Lomami, deux régions de l’ancien Katanga démembré en 4 provinces en 2015.

A l’origine du conflit, d’après les explications de Juvénal Kitungwa, alors ministre de l’intérieur du Katanga, en 2015, un appel d’une ONG à l’émancipation des peuples autochtones qui aurait dérapé. A la place d’une intégration dans la société bantu, et envoyer leurs enfants aux études, les pygmées, auraient alors intégré l’idée d’une organisation sociale, avec un territoire, comme il en existe chez les bantu.

Des efforts de pacification, presqu’inachevés

Les Twa (Pygmées), d’après OCHA (2013), se plaignaient aussi de ne pas être autorisés d’épouser chez les bantu. Pourtant, l’inverse est possible. Une injustice inacceptable. Il faut noter, par ailleurs, que la surexploitation des ressources naturelles, menaçant les forêts qui constituent le milieu de vie naturel des Pygmées, a contribué à la détérioration des relations avec les bantus.

En février 2017, à Kalemie, Pygmées et Baluba s’engageaient à enterrer la hache de guerre et vivre pacifiquement. Mais depuis, des violences se sont répétées dans certaines contrées du Tanganyika. Cependant, à Manono, par exemple, la crise semble s’être apaisée un temps. Un bon exemple.

Lire Tanganyika: l’insécurité alimentaire touche 80% de ménages.

Des matchs de football ont été organisés, en guise de fraternisation, indique le journaliste Dieumerci Kabila. Des propos confirmés par l’administrateur du territoire Pierre Mukamba Kaseya. Mais le journaliste Dieumerci Kabila constate que « la cohabitation n’est pas totale », malgré les efforts.

Certains combattants, explique le journaliste, sont tentés de recommencer leur activisme, faute d’encadrement et d’aide matérielle. Les paysans, dans cette région, vivent dans une grande pauvreté. Une pauvreté doublée d’absence d’infrastructures de base qui puissent impulser le développement. « Les gens ont besoin d’aide », avait reconnu l’administrateur de Manono en juillet dernier. C’était alors qu’il revenait d’une campagne de vulgarisation du pacte de paix signé à Kalemie.

Didier Makal

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