Denis Mukwege, l’homme qui va réparer la RDC ?

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Denis Mukwege

Denis Mukwege pour une transition sans Joseph Kabila en République démocratique du Congo. L’idée apparaît davantage dans les débats publics, depuis plus d’une année. Certains opposants et leaders de la société civile le proposent comme personnalité consensuelle et neutre. Mais le célèbre gynécologue, « L’homme qui répare les femmes », réparera-t-il aussi la RDC ?

Le Congo, RDC, est malade depuis son indépendance de la puissance coloniale belge, voici 57 ans. Malade de ses nombreux leaders et dirigeants politiques. Une majorité de leaders dont les discours cohérents et de bonnes intentions fondent souvent dans un portefeuille ministériel. Même les religieux, les évêques catholiques, n’auront pas assez de patience. Ils ont jeté l’éponge. L’accord sur la transition d’une année sanctionnée par des élections sans Kabila, signé en décembre 2016, s’est retrouvé charcuté. Denis Mukwege saura-t-il?

De la salle de chirurgie à la politique

Pendant ce temps, la pauvreté ne recule guère, et pas non plus les violences. Y compris dans les anciennes zones à conflits, avec les mêmes méthodes cruelles. Rarement un médecin connaît des succès qui secouent les rues. Et passer des salles de chirurgie aux couloirs de la magistrature suprême relève de parcours hors-paires.

Le chirurgien humanitaire Denis Mukwega, est-il alors l’homme qui va réparer le Congo ? Dans « L’homme qui répare les femmes », film que lui ont dédié les belges Thierry Michel et Collette Braeckman, il explique pourquoi il a brisé le silence.

« Dans les zones en conflits, explique-t-il, les batailles se passent sur les corps des femmes. Les viols se commettent avec extrême brutalité. Une véritable arme de guerre, si pas même, une stratégie de guerre mais qui est beau marché. Mais redoutablement efficace. »

Denis Mukwege, l’Homme pour réparer le Congo ?

Depuis, Mukwege ne craint pas de critiquer la gestion politique de la RDC. Tant pis si cela lui vaut des menaces de mort, et un court exil en Europe. Mukwege, Galvanisé par le prix Sakharov en 2014, sa parole porte de plus en plus. « L’homme qui répare les femmes » donne l’air de vouloir aussi, bien entendu pas seul, réparer le Congo.

Il ne manque pas de propositions. Début septembre, il confiait à RFI : « Il faut se battre pour le retour à l’ordre constitutionnel ». Il déplorait alors le retard des élections prévues en 2017. « C’est une urgence d’avoir des institutions légales en RDC », insistait-il.

Clairement, la perspective de la présidentielle en 2017 s’éloigne. Et, de plus en plus, le nom de Denis Mukwege est proposé pour diriger la transition. Le chirurgien a participé, le 1er septembre, à la première édition du Global Positive Forum à Paris. Une manifestation parrainée par l’économiste et écrivain français Jacques Attali, un proche du président Emmanuel Macron. Les débats ont porté sur « la création d’un monde meilleur ». Mais « il a aussi beaucoup été question, en coulisses, de la « question congolaise » », écrit l’hebdomadaire jeune Afrique.

Lire aussi : « Un simple remaniement », le gouvernement Tshibala.

Denis Mukwege rêve de conduire la RDC vers les élections, note Jeune Afrique. C’est dans la perspective d’une transition sans Joseph Kabila. L’idée, le député de l’opposition Martin Fayulu la revendique. Dans une interview au site congolais Actualite.cd, le 9 septembre, Fayulu a vanté les du chirurgien, le comparant au footballeur Lionel Messi. « Quand vous avez Messi dans votre équipe, vous ne le mettez pas sur le banc. Il [le gynécologue] peut nous aider notamment à avoir de l’argent pour les élections à l’international. »

Les Kabilistes n’ont pas dit le dernier mot

Seulement, la perspective d’une pareille action paraît intenable, du moins à considérer la majorité au pouvoir de plus en plus souverainiste. Pour avoir une transition sans Kabila, en effet, il faut que ce dernier ou son clan admette qu’il départe. Sauf à compter sur des pressions plus grandes de l’extérieur. Ce qui, dans l’analyse des circonstances ayant conduit au report des élections prévues en 2016, puis en 2017, risque de ne pas se produire.

Bien plus, ni l’ONU, ni les puissances occidentales ne semblent avoir plus chance de peser sur Kinshasa. Ils restent silencieux sur d’autres régimes ayant dépassé leurs mandats, comme en RDC. Et, le pouvoir de Joseph Kabila exploite bien cette faiblesse. Kabila sera peut-être encore là après décembre 2017. L’homme qui va réparer le Congo, Denis Mukwege, attendra peut-être encore.

Didier Makal

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