Coutumes et politique, le difficile choix des chefs en RDC

Dans Opinions, Politique
Katanga, coutumes

La tradition aux villageois et au village. Mais aux chefs traditionnels, accordez la politique et une belle vie en ville. Coutumes et politique en RDC, en effet, se modernisent. Les chefs se politisent en plus et habitent la ville. C’est jusqu’à diriger des communautés par télé-commandement.

Les détenteurs des coutumes ou pouvoir traditionnel prennent position en politique. La Constitution congolaise, déjà comme le pouvoir colonial belge, n’a pas osé réduire leur influence.

Les immuables chefs et coutumes politisés de RDC

Ni Mobutu, ni les Kabila, personne n’a touché aux « chefs ». En retour, ils sont toujours, ou presque, loyaux. « Qui épouse la mère est le père », stigmatisent-ils, établissant une loi presqu’immuable. Et leurs villages ? Sans surprise, ils les oublient, et ne sauraient longtemps les habiter avec tant d’enjeux que représente la fonction de chef coutumier, « grand chef ».

Un presque fonctionnaire public, avec une chance d’être coopté député provincial ou sénateur. Alors que les villageois attendent un peu plus longtemps eau et électricité. Les chefs iront les visiter. En ville, ils se battent pour eux, n’est-ce pas ? Mais leurs enfants ont quitté les villages, ou presque. Ils étudient en France, en Afrique du Sud, à Kinshasa ou à Lubumbashi. Pas moins que ça !

« Tous nous avons droit de vivre en ville et d’y exercer ce que nous voulons. Je ne sais pas s’il  y a une loi qui interdit aux chefs traditionnels de ne pas avoir des maisons en ville », s’interroge un proche d’un Chef coutumier. Mais il reconnaît que cela entraîne des conséquences graves sur les coutumes, que les chefs vivent loin des communautés qu’ils dirigent. Le village selon lui, « c’est comme un ménage qui n’a plus de père, abandonné. Chacun fait tout ce qui lui plaît, personne n’interpelle personne ».

Ces chefs coutumiers citadins

Le pouvoir traditionnel ou coutumier est-il en voie de disparition ? C’est selon. Oui, à voir l’attrait des villes pour les chefs. Mais, à voir à quel point il est devenu important dans la démocratie électorale congolaise, il risque de ne pas disparaître. Pas aussi vite que puisse l’imaginer. Parce qu’avant tout, il valorise auprès des politiciens.

Comme les pasteurs, influents sur leurs ouailles parce qu’ils lient au bon Dieu, les « chefs » sont le pont vers la tribu, et les ancêtres. Ils lient à un monde où l’analphabétisme et le misérabilisme fondent à merveille dans le tribalisme et le fétichisme. C’est, en effet, l’autre facette de la médaille de l’inusable pouvoir coutumier en politique congolaise.

Lire : Mgr Ikombi : Le Katanga est « tout un esprit ».

C’est pour cela que les coutumes fondent un pouvoir, après tout : « le pouvoir coutumier! » Une loi est même sous examen, au parlement, pour définir « le statut des chefs coutumiers ». Des statuts, en effet, comme il en existe pour les médecins, ayant créé un corps qui prétendument se bat pour sauver des vies. Un statut pour magistrats, avocats, anciens députés, etc. Bref, un statut pour une espèce de personnes intouchables. Cela rime bien avec allégeance, soutien inconditionnel et impunité, comme lorsque des fonds destinés aux villages sont détournés. Et sans surprise, les chefs traditionnels savent inviter à soutenir, à voter pour les heureux élus d’avance.

Des chefs coutumiers supplantent les députés

En juillet 2017, ces dieux de nos villages, icônes de la tradition, ne s’écartaient pas de leur logique en demandant que soient élus à la tête du Haut-Katanga, des originaires. C’est dans l’ancien Katanga démembré en 2015. Les députés avaient déchu, en effet, le gouverneur Jean-Claude Kazembe. De nouvelles élections étaient programmées le 26 août, élections remportées par Célestin Pande.

Difficile d’établir catégoriquement les liens, mais dans la foulée, Delphin Kasongo alors candidat vice-gouverneur, a été remplacé par Jean Kalenga, par la majorité présidentielle. Unis, en plus, leurs majestés ne manquent pas d’influence. Vraisemblablement. Seulement, leur attachement aux origines, qu’où qu’ils soient en RDC, les chefs coutumiers suscitent des sérieuses inquiétudes sur l’idée de cohésion nationale.

Christian Tulizo

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