Tribalisme briseur des cœurs et des couples en RDC

In Congo profond, Opinions
Tribalisme, Katanga

En Afrique, appartenir à une tribu c’est posséder une identité naturelle. Les lois modernes n’ont pas pu modifier cette appartenance. Mais ceci est resté théorique, depuis que les élections se sont imposées comme moyens d’accès au pouvoir ou à certaines hautes fonctions publiques. Des luttes aux allures modernes, sur fond de tribalisme qui mine de nombreuses familles de RDC.

Une des victimes lointaines de ces batailles devenues fortes en milieux urbains, c’est l’amour, le mariage. Un terrain où régulièrement vous croisez le tribalisme, tel que nourri par des stéréotypes et manipulations. (Lire: Coutumes et politique, le difficile choix des chefs en RDC).

Elle se prostitue, déçue par le tribalisme

Plusieurs s’étouffent sous le poids des pressions et préjugés tribaux. Il n’est pas rare d’entendre une triste histoire de séparation de jeunes gens que l’on a vus bras dessus bras dessous. Simplement parce qu’oncle, tente, père ou mère, pense la tribu du garçon ou de la fille est la plus mauvaise de toutes.

La tribu devient dès lors une adresse, une référence pour toute chose : élection, mariage, religions, écoles, etc. Mais bientôt cette référence va devenir un enfer. Elle étouffe, rend aigries ses victimes, comme cette jeune fille désespérée qui tombe dans les bras du premier venu et qui la déçoit. Elle finit sa chute, professionnelle du sexe.

Les mariées sans amour, pour l’honneur des tribus

A 35 ans, mariée et mère de 4 enfants, Patricia (prénom transformé) a dû oublier son amour, poussée par ses parents. Elle décrit sa peine à Congo durable, dans un mariage intra-tribal « monté de toutes pièces », critique-t-elle, imposé par ses parents. Depuis sa jeunesse, Patricia savait que le mariage reposait sur « l’attention, l’amour et la compréhension ». Mais ça c’était avant. Elle est tombée entre les mains d’ « un partenaire de sa région d’origine » mais qui ne l’a « jamais comprise ». Car, explique-t-elle, elle ne l’avait « pas encore assez aimé ».

M’bwese, 22 ans, est mariée et mère de famille. Elle vit désespérée à Lubumbashi. Il y a deux ans, son père s’opposait à son union avec un homme d’une tribu autre que la sienne. Mais elle n’a pas cédé. Mais depuis, sa conscience est chargée, pour s’être orientée contre la volonté de sa famille biologique. « Je ne suis pas heureuse. J’ai parfois des pertes de mémoire car jusqu’à ce jour ma famille est contre mon mariage à cause de la tribu. »

Les tribalistes choisissent de ne voir que le mal

En RDC, chaque tribu a ses réalités, ses richesses culturelles et éducatives. Les différences culturelles ne devraient pas tant diviser notre société. On a parfois l’impression que les luttes tribales ou ethniques précoloniales n’ont pas disparu. Sauf qu’aujourd’hui, les gens ne s’affrontent plus avec des armes, des flèches ou des démonstrations magiques. Ils se tuent, par ailleurs, avec le tribalisme, l’ethnisme et le régionalisme.

Certaines familles considèrent que le mariage inter-tribal donne une chance de s’ouvrir aux autres, et de créer une société congolaise unie et diversifiée. Davantage, les parents qui refusent ce genre d’unions à leurs enfants sont souvent plus conduits par les récits des mariages tristes et malheureux du passé. Mais les échecs, dans ce domaine, les infidélités ou même les violences, en peuvent être le propre d’une seule communauté. Le plus incroyable, c’est que souvent, les tribalistes choisissent de ne pas voir des exemples de succès, des mariages entre tribus différentes, fondant des foyers heureux et enviés. L’essentiel, n’est pas cela ?

Eric Cibamba

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