Le régime Kabila pris au piège de l’opposition à Lubumbashi

In Actualités, Politique
Félix Tshisekedi, Lubumbashi

Une guerre revancharde et sans merci oppose pourvoir et opposition, en République démocratique du Congo. Depuis l’élection du pays au conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’opposition a ouvert un nouveau front. Elle compte montrer que le régime Kabila ne mérite pas ce siège onusien. Parfois, elle tend des pièges, comme lors de la visite de Félix Tshisekedi à Lubumbashi, fin octobre.

C’est une guerre d’images, impitoyable. Pour le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (Rassop), il s’agit de montrer que le régime Kabila n’a pas de place au Conseil des droits de l’homme onusien. Il vient pourtant de s’y arracher un siège, prenant la 4e sur la liste des candidats africains. Et ce, malgré la résistance des Etats-Unis qui ne voient pas d’avancées en matière de respect des droits humains en RDC. A Lubumbashi, l’opposition qui recevait Félix Tshisekedi, n’ignorait pas ce contexte particulier.

Les manifestations publiques interdites à Lubumbashi

Du 23 au 25 octobre, Félix Tshisekedi, le président du Rassop et nouveau chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a séjourné à Lubumbashi, dans l’ancien Katanga. « Une tournée » au cours de laquelle il devait s’adresser à la population, au cours d’un meeting. La police l’en a empêché. Elle l’a escorté de l’aéroport à la résidence, très surveillée, de l’opposant Gabriel Kyungu, le coordonnateur du Rassop dans le Katanga.

Au cours d’une conférence de presse qu’il a donnée sur place, Félix Tshisekedi a lancé à la population : « c’est fini pour Joseph Kabila ». Il l’accuse, en effet, d’avoir « craché sur l’accord de la Saint Sylvestre » qui a prolongé sa légitimité d’une année.

Mais surtout, le président du Rassemblement a fustigé, tout comme Gabriel Kyungu wa Kumwanza qui l’a accueilli, les atteintes aux droits de l’homme. Pour lui, les dirigeants congolais s’en fichent complètement. Les deux en veulent pour preuve, l’interdiction des manifestations publiques à Lubumbashi. Surtout, le passage à l’acte lors de la visite de Félix Tshisekedi à Lubumbashi. Ce dernier se demande alors « quels sont les irresponsables » qui ont voté en faveur de la RDC de Joseph Kabila pour un siège au CNUDH. Ce avant de promettre « d’exiger la sortie de la République démocratique du Congo dirigée par Joseph Kabila ».

L’opposition inspirée par la reculade de l’OMS sur Robert Mugabe

Pour Gabriel Kyungu wa Kumwanza, leaders du groupe de 7 partis frondeurs exclus de la majorité du président Kabila, le G7, l’ONU doit invalider le siège de la RDC. Il attend exactement ce qui est arrivé à Robert Mugabe à qui l’OMS a retiré, le titre d’ambassadeur de bonne volonté. C’était sous le feu des critiques des défenseurs des droits humains. Le vieux président du Zimbabwe est critiqué pour ne pas faire preuve de bonne volonté en faveur d’alternance et des droits humains, chez lui.

« On a utilisé les canons à eau, on a utilisé les bombes lacrymogènes, au nom du respect des droits de l’homme. Ils viennent de prouver effectivement que ce sont de bons élèves, ironise Gabriel Kyungu. Enfin, tout le monde saura de qui il s’agit. Parce qu’au niveau de l’OMS, nous sommes contents de savoir qu’il n’y a pas de place pour les charlatans ». Une référence à Robert Mugabe.

Vous pouvez lire aussi « Lubumbashi, une terre d’opposition ? « 

Et d’ajouter, s’adressant à Félix Tshisekedi, ironique. « Nous pensons qu’avec votre passage ici, enfin on se rendra compte en janvier (2018, date prévue pour le début du mandat de la RDC). » Au conseil des droits de l’homme de l’ONU, poursuit-il, « il n’y a pas de place pour ce monsieur [Joseph Kabila]. » Ce avant de dire à Félix : « Heureusement, vous êtes venus montrer à la face du monde ce qu’ils sont. »

Pas de place pour la RDC de Joseph Kabila au CDH

La veille de la visite de l’opposant Tshisekedi à Lubumbashi, la police a saccagé le bureau de l’UDPS, selon l’opposition, arrêtant 32 militants sur place en plus de plusieurs autres ailleurs. « Un crime grave pour la démocratie », estime l’avocat Georges Kapiamba. Pour ce président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice, ACAJ, la RDC ne mérite pas de siéger ainsi à l’ONU. Il l’a dit, le 25 octobre, dans un journal radiophonique de Vox Congo, soutenu par l’ONG américaine Internews. « Nous sommes en train déjà de travailler pour voir comment lancer une campagne pour faire partir la RDC du conseil des droits de l’homme. »

Et d’ajouter, très critique. « Siéger au sein du conseil du conseil des droits de l’homme suppose que vous méritez déjà un niveau de promotion et protection des droits de l’homme. » Cela va permettre de « contribuer à la même œuvre au niveau mondiale, selon lui. Ce qui s’est fait, disons que c’était une démarche visant à obtenir une place pour le besoin de prestige des individus. »

Le pouvoir n’a pas vu venir un piège à Lubumbashi                          

Au final, la visite de Félix Tshisekedi à Lubumbashi paraît, à plusieurs points de vue, comme un piège tendu au pouvoir pour lui faire perdre la face. Surtout, au moment où arrive à Kinshasa, une diplomate devenue célèbre pour ses critiques (son franc parler, selon ses admirateurs), sur la question des droits de l’homme en RDC. Kinshasa l’a sans doute suivi dans ce guet-apens, en rappelant l’interdiction des manifestations publiques à Lubumbashi.

Le pouvoir aurait pu, pourtant, laisser faire. Mais il a peut-être pris trop au sérieux le risque sécuritaire. Les débordements ne sont plus à négliger lors des manifestations publiques. Plusieurs plusieurs observateurs de la crise politique congolaise le reconnaissent. Mais l’annulation des élections fixées en 2017 par l’accord sur la transition rend explosive cette même situation sécuritaire.

Didier Makal

Rejoignez notre Newsletter!

Vous aimez les articles de Congo Durable? Inscrivez-vous dans la newsletter!

You may also read!

Lubumbashi, toilettes

On adore les fréquenter, pas soigner les toilettes à Lubumbashi

Les humains passeraient un quart de leur vie dans une toilette. Et faisant partie de l'hygiène des familles et

Lire plus...
Lifebuoy, Hyper Psaro

[Sponsorisé] Mains propres pour tous avec Lifebuoy

A l’occasion de la journée de lavage des mains, le 15 octobre 2019, la société Hyper Psaro, de Lubumbashi,

Lire plus...
Sommet Infrastructure

​Des prix Nobel de la paix pour les africains sans la paix en Afrique

D'aucuns pensent que les prix Nobel de la paix attribués aux africains portent un goût amer. Inconcevable pour eux

Lire plus...

Mobile Sliding Menu

Designed by SoftProviders