Mobutu et Tshombe, les morts exilés, jamais oubliés en RDC

In Actualités, Politique
Moïse Tshombe, Mobutu

Deux ans après, comme d’ailleurs la plus part de recommandations de ce forum, tout est resté lettre morte. Ces deux personnages politiques troubles de l’histoire de la RDC semblent oubliés du pouvoir. Mais l’histoire s’entête à remettre leur ombre à Kinshasa et ailleurs dans le pays.

Un sécessionniste devenu nationaliste, et un dictateur fier

Après l’échec de la République du Katanga en 1961, Etat sécessionniste du sud-est de la RDC riche en cuivre et cobalt, Moïse Tshombe est nommé premier ministre de la RDC, en 1965. Son parti, la Conakat, gagne les élections qui font de lui désormais un présidentiable. Il évolue à côté d’un Joseph Kasa Vubu, le premier président élu, sans trop de charisme. En 1961, il a déjà du mal à s’assumer comme chef. En osant destituer le premier ministre, le bouillant Lumumba qui lui rend la pareille, il risque fâche l’assemblée nationale. Acquise au premier ministre, elle lui résiste. Il osera la destituer.

Les forces politiques recomposées, au plus fort des péripéties douloureuses d’une indépendance chaotique, le sécessionniste (repenti ?) prend la primature. Sa coalition, avec la Conakat, peut lui assurer un vote pour passer président de la République. Mais le désordre qui règne voit arriver Mobutu, bombardé peu avant, chef des armées. Un 24 novembre 1965, le général Joseph-Désiré Mobutu, celui-là qui régnera 32 ans durant sur le Congo-Zaïre, neutralise ses chefs. Il a participé, avant, à l’assassinat de Lumumba qu’il servi comme secrétaire, dans le Katanga de Tshombe. Celui-ci, vient de prendre la route de l’exil.

Ironie du sort, Mobutu meurt en exil 32 ans de dictature après, comme Tshombe. Il n’a jamais pardonné à celui-ci son goût d’indépendance, et sa stature de présidentiable. Tous les deux ont pourtant en commun d’être téméraires et bien aimés de leurs peuples, après coup.

Tshombe une fierté Katangaise?

Dans son Katanga natal, à Lubumbashi, Moïse Tshombe reste un leader que les nouveaux leaderships locaux ont réhabilité. Un monument géant trône sur Place de la poste, au centre-ville de Lubumbashi, en face de la poste. Bras étendus vers le haut, il inspire liberté, pour dire ou sous-entendre indépendance. Une indépendance dont rêvent de nombreux congolais, en Tshombe le nationaliste, devenu premier ministre. Il repose en Belgique, ignorant peut-être ce qui se passe.

Indépendance, pour les irréductibles du souverainisme Katangais, ayant goûté au rêve d’un République. Ceux-ci attendent toujours, malgré le découpage, l’indépendance du Katanga. Divisé en 4 nouvelles provinces aujourd’hui, depuis 2015, le Katangais retrouvera peut-être son unité. C’est un rêve que caresse Gabriel Kyungu, ancien gouverneur de la région, le baba (père) devenu symbole de la katanganité. Plusieurs y croient, c’est déjà arrivé dans l’histoire, se convainquent-il.

Mobutu symbole d’unité de la RDC ?

Mobutu « Sese Seko Kukungebendu wz Zabanga», le redoutable, et l’invincible, quant à lui, repose à Rabat au Maroc. Il y poursuit son exil, après sa chute en 1997. Ni son tombeur Laurent-Désiré Kabila, ni Joseph Kabila « l’unificateur » du Congo, comme le présentent ses proches, n’ont osé le rapatrier. C’est une figure encombrante, après tout. Le changement attendu après lui, Mobutu, sont de plus en plus contesté alors que les congolais demandent l’alternance.

Vingt ans après son décès, plusieurs congolais pensent à lui comme un grand président. Surtout, ils lui reconnaissent le mérite d’avoir renforcé le sentiment d’unité nationale et la sécurité. Des éléments qui semblent manquer aujourd’hui. Ce n’est sans doute pas pour cela que le maréchal est dédouané des affres de sa dictature et de la répression qui la caractérisa.

D’ailleurs, le Lumumbiste Me Mutamba, à Lubumbashi, le tient pour responsable du désordre que la RDC connaît actuellement. « Il a servi la cause de l’impérialisme, il a pillé la RDC », insiste le militant de l’ANC, le parti de Patrice Lumumba. Mais c’est avant de reconnaître qu’aujourd’hui, il est difficile d’oublier Mobutu, que l’on dise du bien ou du mal de lui.

Une affaire de mémoire et de fierté congolaises

Pour une réelle réconciliation nationale, la RDC a besoin de se réconcilier avec sa propre histoire. Ça, ce sont les participants aux concertations nationales de 2015 à Kinshasa. Elle doit laisser reposer en paix ses leaders qui continuent à tourmenter son cours aujourd’hui. Mobutu, Tshombe, tout comme Lumumba dont il ne reste aujourd’hui qu’une stèle de fortune sur le lieu du supplice, devraient reposer au Congo. C’est une affaire de courage, mais aussi de mémoire et de fierté congolaise. Fierté d’affronter son histoire telle qu’elle se présente. Le gouvernement a, certes, ressorti la responsabilité des familles des morts exilés. Mais leurs familles attendent des garanties, notamment de respect et de dignité pour leur rang.

Il s’agit aussi d’écrire une histoire propre, en établissant une fois pour toute et de façon objective, les responsabilités de chacun, ses gloires et ses échecs. On a pour habitude de présenter certains leaders politiques sous un angle foncièrement négatif, d’autres excessivement angélisés. C’est l’enfer des excès congolais. Difficile de voir ainsi son avenir avec équilibre.

Didier Makal

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