Kyungu Shimbi encourage d’envisager une loi sur l’inhumation de hautes personnalités RDC

In Congo profond, Politique
Hautes personnalité de RDC

Plusieurs décennies sont passées depuis la mort de Lumumba, Tshombe, ou  encore Mobutu, personnalités historiques de la RDC. Des héros oubliés, pour certains, aujourd’hui régulièrement évoqués chacun pour ce qu’il fut ou fit de remarquable. Congo Durable en parlé avec le Chef de travaux Kyungu Shimbi, doctorant politologue à l’université de Lubumbashi. Il appelle au respect des principes d’égalité entre citoyens, de continuité de l’Etat et  de « mutabilité ».

Congo Durable : Dans quel contexte les dirigeants congolais morts à l’étranger ne sont pas revenus en RDC ?

Kyungu Shimbi : Il convient de tout remettre dans le contexte approprié. Moise Kapend Tshombe, premier ministre de son temps, a été demis de ses fonctions. Le pouvoir qui l’a chassé le soupçonnait de préparer une rébellion, et tous les moyens ont été engagés pour le neutraliser. Il est mort en Algérie, exilé. Tshisekedi, qui fut aussi premier ministre, est quant à lui, mort d’une bonne mort car étant malade. Son corps est en Belgique. Alors que feu le président Mobutu qui a régné 32 ans, a été  chassé par Laurent Désiré Kabila. Il repose au Maroc, en exil. Parmi eux tous, Laurent-Désiré Kabila est le seul mort en fonction et au pays. Cela explique qu’il ait une réelle tombe dans la capitale.

Et donc, rapatrier les corps de Mobutu, Tshombe ou Tshisekedi devient un acte politique ?

Oui, c’est une affaire politique, parce que Mobutu a été chassé du pouvoir par Kabila père, il n’avait que ce choix. Mais sa santé était déjà fragile, aussi. Tshombe aussi fut premier ministre, pas n’importe lequel. Un rassembleur, mais aussi ancien chef rebelle, sécessionniste. Il n’est pas non plus mort en fonction. Mais le rôle qu’il a eu de son vivant est si important qu’il ne devait pas être traité comme n’importe qui. Tshisekedi est mort pendant qu’il négociait avec le pouvoir une sortie de crise, mais sans vraiment être aux affaires. Donc, ils sont tous morts opposés au pouvoir établi ou sans pouvoir. On dirait bien, bon débarras.

Comment expliquer que les corps de ceux qui sont morts à l’étranger ne soient pas rapatriés jusqu’à ce jour ?

On doit reconnaître qu’il n’existe pas de lois portant organisation des funérailles ni de chef de l’Etat ni d’autres personnalités. C’est cela le problème. Car sans loi, ces cérémonies se font selon les sensibilités. Je constate malheureusement que certaines personnalités, quand elles meurent, sont enterrées avec dignité parce que ceux qui sont au pouvoir sont de leur obédience. Par contre, ceux qui meurent opposés au pouvoir, ils sont jetés aux oubliettes. C’est le cas de l’ancien premier ministre Justin Birindwa.

Les Concertations nationales, en 2013, avaient recommandé le rapatriement des dirigeants morts en exil. Quel rapport peut-on établir entre les morts politiques et la quête de cohésion, en politique ?

Il faut penser à ces personnalités décédées dont les fidèles sont encore actifs, peut-être sans pouvoir ni moyens de rapatrier le corps des leurs. Mais ils ont encore la capacité d’influencer ceux qui sont au pouvoir pour faire venir les dépouilles de ces leaders. Alors, ils trouvent un prétexte pour y parvenir. Toute négociation avec le pouvoir se placera sur pareille exigence et cela devient l’objet du chantage. Et si celui qui est au pouvoir tient à obtenir un soutien politique de l’autre camp, il ne peut que faire revenir ce corps. C’est ce que  Mobutu avait fait autrement en proclamant Lumumba héros national. Il voulait faire taire le bruit au sujet de la mort de ce dernier. On se souvient aussi que Joseph Kabila avait nommé Zanga Mobutu dans le gouvernement comme pour calmer ses ardeurs. Au fait, la question fondamentale est de savoir si l’Etat congolais est obligé d’enterrer tous ses anciens serviteurs. Objectivement, non, car dans le budget il n’existe aucune part réservée à pareille cérémonie. Mais on le fait quand même par sentiment.

Des rapatriements qui doivent profiter à ceux qui gouvernent, c’est ça ?

Naturellement, le retour de tous ces corps au pays ne sera que pour gagner des dividendes politiques. Obtenir, par exemple, la sympathie de ceux qui se reconnaissent en chaque défunt. C’est donc purement politique et pas moins. Mais pour en finir avec le bras-de-fer actuel, il serait important d’élaborer une loi sur la fin de vie et l’inhumation des personnalités qui ont servi l’Etat, notamment le chef de l’Etat et le premier ministre.

Propos recueillis par Patrice-Thierry Mulumba

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