Le cardinal Laurent Monsengwo : « que les médiocres dégagent »

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Eglise catholique RDC, Lubumbashi, Laurent Monsengwo

« Que les médiocres dégagent ». Le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de la capitale congolaise, Kinshasa, est en colère. Dans sa déclaration du 2 janvier 2018, après la répression de la marche des chrétiens le 31 décembre, il dénonce « la barbarie » des services de sécurité. Il fustige, en plus, un « mensonge systémique ».

« Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RD Congo. » Laurent Monsengwo y va presque sans gants.

Le cardinal est en colère. On le sent dans un autre registre que celui où l’on a presque pris l’habitude de le voir admonester les dirigeants congolais. Après la mort d’environ dix manifestants chrétiens catholiques, 3 seulement selon la police, des arrestations et des blessés parfois « par balles », Laurent Monsengwo est ferme.

La vérité, d’après la déclaration du cardinal qui circule sur Internet, fait état des violations graves des libertés. Il cite des tueries, « des tirs à balles réelles et à bout portant sur des chrétiens tenant en mains bibles, chapelets et crucifix ». Mais aussi des arrestations des prêtres et fidèles, des militaires entrés dans des cures. « Sous prétexte de rechercher les semeurs des troubles », dit le cardinal.

Le jet de gaz la lacrymogène à l’intérieur des églises

Le cardinal cite aussi, des faits déjà relevés dans la presse, le vol d’argent, d’appareils téléphoniques, la poursuite, la fouille systématique des personnes et de leurs biens dans l’église. Il n’oublie pas l’interdiction faite aux fidèles d’accéder à leurs églises pour participer à la messe le 31 décembre. Ou encore, « le jet de gaz lacrymogène pendant la célébration eucharistique dans les différentes paroisses de Kinshasa ». Monsengwo lance alors : « Nous voulons un Congo des valeurs et non d’anti-valeurs ».

Tout cela, poursuit-il, des « agissements de nos prétendus vaillants hommes en uniforme, qui traduisent malheureusement, et ni plus ni moins, la barbarie. »

L’archevêque de Kinshasa tempère  le ton. « Nous demandons aux uns et aux autres de faire preuve de sagesse et de retenue. » Mais c’est avant d’ironiser, alors que la police estime avoir géré la marche du 31 décembre appelée par les laïcs catholiques.  « Que des mystifications présentées comme informations véridiques et fiables. »

Faire confiance à des dirigeants « incapables de garantir la paix, la justice et l’amour » ?

Laurent Monsengwo critique aussi une dangereuse instrumentalisation de la liberté religieuse en RDC. C’est, fait-il constater, « pour masquer des intérêts occultes comme par exemple l’accaparement des ressources, des richesses, le maintien au pouvoir par des méthodes anti-constitutionnelles ». Et de prévenir qu’elle « peut provoquer et provoque des dommages énormes aux sociétés, en l’occurrence la nôtre ».

Il enchaîne, très critique, sur un ton on ne peut plus politique. « Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RD Congo. » Mais ce n’est pas fini pour le cardinal, ancien président du parlement congolais de transition, à la sortie de la Conférence nationale souveraine. Il se demande comment on peut faire confiance « à des dirigeants incapables des protéger la population, de garantir la paix, la justice, l’amour du peuple ? »

Un accord diversement interprété

Cette dernière déclaration pourrait, dans la suite des événements, être interprétée comme une attaque directe au président Kabila. Contesté depuis la fin de son dernier mandat le 20 décembre 2016, le chef de l’Etat congolais est appelé à quitter le pouvoir.

A travers la dernière marche, les laïcs catholiques ont insisté sur l’application intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre. Signé le 31 décembre 2016, il a permis au président Kabila de rester un an de plus au pouvoir sous la médiation des évêques catholiques, la CENCO. Mais son application ne satisfait pas plusieurs, y compris parmi les membres de la société civile. C’est notamment au sujet de la libération des prisonniers politiques, ou encore, la restructuration de la centrale électorale, CENI.

Mais le pouvoir (et le président Kabila l’a dit dans ses vœux pour 2018) trouve inutile cette démarche. Puisque le fichier électoral est presque prêt, la loi électorale a été votée (mais elle reste contestée par l’opposition). En plus, le pays dispose d’un nouveau calendrier électoral qui fixe la présidentielle au 23 décembre 2018. Pour le pouvoir, l’Eglise catholique ne joue plus la neutralité et a choisi l’opposition.

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