La Chine la RDC, le cobalt et la transition énergétique

In Environnement
Cheminée de la Gécamines, Cobalt

La lente et très à la mode marche vers les énergies propres, à faible production de carbone, place la RDC au cœur d’enjeux géopolitiques majeurs. Le pays représente une réserve 3,4 millions de tonnes de cobalt, la plus importante au monde. Mais c’est à compter avant tout avec la Chine. Désormais, l’avenir de la transition énergétique c’est non sans elle.

Une récente publication de l’IFRI, Institut de recherche en Relations internationale, organisme français de recherche, le dit clairement. La Chine est désormais un acteur presqu’incontournable de la transition énergétique. On la soupçonne d’accaparement des potentialités de ce changement. Mais aussi, sa mainmise sur plusieurs métaux dont le cobalt du Congo, inquiète.

La transition énergétique, c’est avec les technologies

Le photovoltaïque et l’éolien, notamment, sont en augmentation dans le monde. En 2016, les deux sources d’énergies ont produit respectivement 5% et 16% de l’énergie mondiale. C’est à la faveur des baisses significatives des coûts des panneaux photovoltaïques et les récentes technologiques. Elles ont atteint 80% durant la décennie 2005-2015. C’est ce qu’indique l’étude de l’IFRI réalisée par le géographe Gilles Lepesant, directeur de recherche au CNRS (France).

Or, la transition énergétique se fait aussi avec les métaux qui sont à la base des technologies énergétiques. On parle de terres rares qui sont, explique le géographe Gilles Lepesant, des métaux. « Ils sont le plus souvent extraits conjointement avec d’autres minerais » et demandent en plus de filières de raffinage. Ces métaux, 17 au total parmi lesquels le lithium, sont produits à 90% en Chine. « Leur disponibilité est de nature à influer sur les technologies de transition énergétique ». La compétitivité des acteurs de cette dernière  n’en souffre pas moins, explique le géographe.

Ces métaux rares, on les trouve dans les batteries des véhicules électriques et hybrides, des panneaux solaires et des éoliennes.

électricité
Un pylône électrique de la Société nationale d’électricité, SNEL, (RDC) sur la route Kolwezi. Photo Didier Makal, 2017.

Les énergies « propres », c’est avec des métaux rares

D’après la même étude, la Chine représente7 millions de tonnes de réserve de lithium. Elle se classe ainsi 4e au monde après la Bolivie (9 millions), l’Argentine (9 millions) et le Chili (7.5). Le cobalt, pour sa part, a vu son cours augmenter de 50% pour atteindre 21 USD en février 2017. La croissance du véhicule électrique, qui prend la moitié du cobalt mondial (dont la Chine occupe 76.6%), « devrait connaître de tensions sur le marché » mondial.

La consommation mondiale de métaux dits critiques, dont le cuivre, le cobalt et le lithium, a connu une forte augmentation. On l’a vu passer de 1,7% en 1990 à 7,2% en 2012 indique l’étude de l’IFRI. Une croissance révélatrice de ce qui attend le monde. Il faut exploiter plus de ces métaux que le monde ne l’a fait depuis son origine, note l’auteur, pour satisfaire les besoins de l’humanité d’ici à 2050. La montée des énergies renouvelables y est sans doute pour grand-chose.

Mines, Code minier, Développement durable
Vue de loin de la carrière minière de Kawama, près de Lubumbashi. Photo Didier Makal, 2016.

Et la RDC dans tout ça ?

Le cobalt, nécessaire au stockage de l’énergie, est produit par un nombre limité de pays dans le monde. La RDC assure 65% de la production mondiale. Si la transition énergétique se fait avec les nouvelles technologies, elle se trouve moins imaginable sans le Congo. Et la Chine. Puisque l’essentiel de ce minerai est exploité ou acheté par des sociétés chinoises.

En 2016, la société chinoise Molybdenum a acquis 56% de la mine de Tenke Fungurume Mining, l’investissement privé le plus élevé du pays dans les mines, au Katanga. Si la Chine arrive à satisfaire à 17% ses besoins en lithium, écrit Gilles Lepesant, « 93% de son cobalt qu’elle consomme provient du Congo ».

Mais il ne fait pas de doute que d’autres pays aspirent aussi aux ressources que ces pays détiennent. Certaines prédictions inspirées des violences que le pays connaît depuis 21 ans, nourries par le commerce illicite des minerais, voient la RDC au cœur de nouveaux conflits durant les années à venir.

Chine, la géopolitique des énergies « propres »

Les pays comme l’Australie, le Chili, le Pérou, la Zambie, l’Afrique du Sud, l’Indonésie ou les Philippines, pourraient contrebalancer l’influence chinoise. A condition, sans doute, d’agir de concert, en termes de technologies de la transition énergétique. Mais la Chine exploiterait déjà sa position, dans la production de terres rares, du lithium et son contrôle sur le cobalt mondial, pour renforcer son influence sur le plan international.

L’analyse de Gilles Lepesant n’exclue par « une instrumentalisation risquée des métaux critiques » par ce pays. Une réduction de l’offre des terres rares imposée par la Chine en 2009 avait pour conséquence la hausse de leur cours sur le marché international. En 2016, d’après la même étude, le cours du lithium a augmenté de 74%, malgré une augmentation de production de 14% la même année. Le marché de ce produit, de l’ordre de 1 milliard de dollars l’an pourrait, bien plus, tripler en 2020.

Trois pôles agissent ainsi, voyant la protection de la terre sous des prismes parfois vraiment divergents. Les Etats-Unis viennent de se retirer de l’Accord de Paris qui vise à maintenir sous les 2°C à défaut de 1.5° la température de la terre. L’UE « se préoccupe des conséquences du changement climatique pour le monde », écrit Gilles Lepesant. « La Chine, elle, s’emploie à réduire avant tout la pollution de ses villes ». Et reste dans une course, d’après lui, aux technologies pour « accaparer au maximum la chaîne la chaîne de valeurs des énergies renouvelables. »

Creuseurs, Kolwezi, cobalt
Un enfant creuseur artisanal, dans une carrière de Kipushi. Photo Didier Makal, 2016.

Et la pollution, le changement climatique?

L’Union européenne, avec ses 16,5% d’énergies renouvelables, pour sa part, entend passer à 20% à l’horizon 2020. Pour ne pas tant dépendre de la Chine et d’autres pays, l’Europe pourrait se tourner vers des exploitations sur son territoire. Ou, en revanche, se tourner vers des produits de substitution dans le développement de ses technologies.

Le bloc occidental redoute, par ailleurs, que les risques environnementaux accroissent à la suite de la course aux technologies environnementales. Certains pays, la Chine y comprise, durcissent leurs conditions d’exploitation des ressources naturelles.

Didier Makal

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