Partenariat Congo-Chine : le barrage de Busanga attendu dans le Lualaba

In Environnement
Electricité, Kolwezi, SNEL

Assise sur d’importants gisements miniers, et vivant à côté d’immenses potentialités énergétiques, la population de Kolwezi manque pourtant du minimum vital. En particulier, elle manque d’électricité.

« J’habitais dans un quartier où je louais une maison. J’avais plus ou moins du courant électrique, malgré les coupures intempestives d’électricité. Mais une fois installée dans notre propre maison, depuis un an bientôt, nous n’avons jamais vu le courant de la Société Nationale d’Electricité (SNEL)», se plaint un résident de Kanina, un nouveau quartier à Kolwezi, dans le Lualaba.

Ainsi donc se résume la problématique de l’accès à l’électricité dans cette partie de République Démocratique du Congo, au sud-est, soit à quelques 3000 km de la capitale Kinshasa. Une épineuse question qui touche surtout les milieux ruraux, très peu ou pas du tout desservis en électricité. Pourtant, la demande en énergétique est forte. Même les grandes villes comme Kolwezi, avec environ un million d’habitants, voire plus, en souffrent. Bien plus, la fourniture en électricité est très précaire et ne couvre même pas tous les quartiers.

Quand l’électricité vient à manquer

Plusieurs  quartiers nouvellement lotis n’étant pas connectés au réseau de la SNEL. Certains résidents  recourent à un générateur électrique communément appelé la dynamo qui est utilisée pour produire un courant continue. Ne peuvent bénéficier de ce courant, que ceux qui ont les moyens d’honorer au quotidien la facture. L’absence de la Société Nationale d’Electricité dans ce lotissement a ainsi occasionné ce mode de desserte privée de l’électricité qui ne sert que d’éclairage, un système électrique qui ne respecte pas les normes exigées. Des cas d’électrocution et d’incendie ont d’ailleurs déjà été signalés selon les habitants.

Hôpital, électricité
Les malades dans un centre de santé utilisant une bougie pour illuminer la chambre. Photo Gabrielle Nina

Quant aux  ménages, ils trouvent satisfaction pour leurs besoins en énergie en utilisant une variété de combustibles commerciaux traditionnels notamment les charbons de bois. C’est la principale source d’énergie, parfois l’unique, notamment pour la cuisson des aliments. Il faut, pour cela, débourser environ 8 dollars US pour se procurer un sac de charbon.

« En plus de la crise financière qui frappe Kolwezi, nous sommes obligés d’acheter presque toutes les trois semaines un sac de charbon. Parce que la SNEL est incapable de nous fournir un courant stable et fiable », se plaint Madame Maguy, une habitante du Quartier Kanina, en périphérie de Kolwezi.

Les soirs, les bougies éclairent les maisons

Pourtant, l’électricité crée des opportunités d’améliorer la productivité économique mais quand celle-ci est quasi inexistante, toute la vie économique marche au ralenti. Le commerce des produits alimentaires en pâtit également. Les ménagères ne peuvent plus faire un minimum de réserve de poisson ou de viande; les aliments s’abîment trop vite dans la chaleur

Junior Kazadi, un jeune entrepreneur n’a pas pu s’épanouir économiquement après la fermeture de son cyber café qui occupait les jeunes  à cause des pertes économiques qu’il enregistrait.

« En plus d’avoir l’un des tarifs internet le plus élevé du monde et le plus lent, pour satisfaire ma clientèle je me sentais obligé de dépenser quotidiennement 5USD pour acheter 5 litre d’essence  pour alimenter mon petit groupe électrogène. Cet argent pouvait bien me servir à autre chose, d’épargner par exemple pour d’autres projets, j’ai donc décidé de tout arrêter et de me lancer dans une autre affaire »

Dans le secteur de la santé, certains centres de santé dans le quartier périphérique où il n’y a ni eau, ni électricité sont contraints de chercher des sources alternatives de lumière pour pouvoir recevoir et soigner les malades. Les malades y passent la nuit soit avec une bougie, une lampe à pétrole  au  risque d’être incendiés,  soit encore avec une torche. «Ils nous arrivent de faire  accoucher les femmes enceintes à l’aide d’une lampe torche ou d’une bougie » raconte,  une des infirmières de garde trouvée au centre de santé.

Un potentiel électrique non exploité dans l’ancien Katanga

Cette situation contraste avec l’énorme potentiel dont regorge toute cette nouvelle province du grand Katanga où habitent plus de 2. 500.000 âmes et dont l’énorme potentiel inexploité fait des jaloux. Les riverains et d’autres passagers ne parlent que de la beauté des cascades et des rapides qui jonchent les cours d’eau et rivières de la contrée.

La ville de Kolwezi connait une croissance d’activité qui entraine une explosion de la consommation d’électricité, mais les infrastructures ne suivent pas le rythme et les coupures intempestives du courant se multiplient. L’activité minière est également affectée, les populations locales ne sont pas épargnés, à peine 10% de la population a accès à l’électricité.

De même, lorsqu’on parle des poumons économiques de la RD Congo, il faut faire le déplacement du Lualaba pour s’en imprégner. La région concentre des géants dans le secteur minier, qui s’avèrent être en même temps de véritables gourmands de l’énergie électrique. Des besoins que ne peut combler la Société Nationale d’Electricité (SNEL) qui gère l’ensemble du réseau électrique du pays.

Electricité Kolwezi
Un pylône électriques des lignes hautes tensions de la SNEL. Gabrielle Nina

L’espoir repose sur la société chinoise Sicomine

Certaines Sociétés pour continuer à produire le cuivre, ont résolu d’importer le courant électrique du pays voisin, la Zambie. C’est le cas de la Société Sino-Congolaise SICOMINE, qui produit 400.000 tonnes de cuivre par an et dont la première cathode a été produite en 2016.

Cette entreprise est le fruit d’un partenariat Congo-Chine, aux termes duquel  la Chine s’est engagée à construire des infrastructures (routes, hôpitaux, écoles…) en échange de concessions minières en RDC et de prêts à l’Etat congolais.

Dans cette optique, des contrats public-privés ont été signés avec la SNEL. Afin de combler une partie du déficit énergétique freinant la production minière en République démocratique du Congo, un accord avait été signé  en 2016 entre le gouvernement central et la Société chinoise Synohidro  pour la construction d’une centrale hydroélectrique Busanga en aval de deux autres centrales existantes sur le cours supérieur du fleuve Congo.

Ce barrage  dont les couts de financement s’élèvent à plus de  617 millions USD dont 567 millions sont destinés à la construction de la centrale et 50 au transport de l’énergie, sera d’une puissance de 240 mégawatts (MW) selon l’organe technique du gouvernement en matière de la promotion  des investissements ANAPI. 170 mégawatts seront  affectés en priorité à la Société Sino –Congolaise de mines – Sicomine, une jointe venture regroupant la Gécamines (la Generale des carrières et des mines), la Société publique représentant le Gouvernement Congolais et le regroupement de trois sociétés chinoises.

Sicomine offrira l’énergie excédentaire à la SNEL à Kolwezi

Quant à  la puissance excédentaire, elle  sera mise à la disposition de la Société Nationale  d’Electricité pour être servie à d’autres demandeurs d’électricité. Situé à 65 Km de la ville minière de Kolwezi dans le Sud-est de la République Démocratique du Congo, le barrage de Busanga  est un premier barrage hydroélectrique   qui sera construit en s’adaptant à  la nouvelle technologie dans le domaine d’électricité et  qui s’ajoute à la longue liste des barrages hydroélectriques implantés depuis l’époque coloniale dans la province du Lualaba. La plupart connait une obsolescence et une dégradation précoce faute de maintenance et d’entretien systématique.

« Le projet hydroélectrique du site de Busanga a déjà fait l’objet d’études détaillées et les travaux préliminaires furent entreprises dès la fin des années 60 mais n’ont pas abouti à cause de la situation politique du pays », se rappelle Nestor MWEMENA ancien Directeur de la SNEL.

« Cette concession appartenait initialement à l’Union Minière du Haut Katanga (UMHK) actuellement appelé  la Gecamines. Les études furent menées par le bureau d’études belge Traction – Electricité (Tractebel). La fin des travaux était prévue en 1973. Les travaux furent arrêtés suite aux décisions de nationalisation des entreprises. A ce jour la concession de Busanga a été attribuée par le Gouvernement RDC à un consortium chinois selon un contrat signé en 2016 ».

Electricité
Source : commons/wikimedia

Selon monsieur Lui, chargé de communication de consortium chinois Sinohydro, l’année 2016 été consacrée à l’étude de faisabilité. Cette dernière a déterminé l’emplacement et le plan d’aménagement optimaux de la centrale. « Les travaux de construction du Barrage ont débuté seulement en janvier 2017 et  vont bon train, jusqu’ici nous avons exécuté des travaux auxiliaires comme l’aménagement des routes pour accéder au site et continuons à faire d’autres études nécessaires », explique-t-il.

Un accord conclu entre la Chine et la RDC

Sicomine afin d’accroitre sa production du cuivre et de cobalt et l’énergie excédentaire sera cédée au réseau public d’Electricité géré par l’unique société publique d’électricité SNEL pour remédier aux pénuries d’électricité, confirme Mr LUI «L’électricité est capitale dans l’épanouissement socio-économique des populations, je pense que ce projet va beaucoup améliorer la vie économique de la population , parce qu’il a déjà créé de nombreux postes d’emploi, après l’électrification des usines de SICOMINE,  l’énergie excédentaire qu’on cèdera à la population  va considérablement et directement améliorer la vie quotidienne de la population de Kolwezi et permettra d’équilibrer l’offre par rapport à la demande d’autres villes du grand Katanga »

Selon Mr Jean Baptiste Mianza ingénieur expert à la Société Nationale d’Electricité SNEL, les experts de deux pays se sont déjà mis d’accord à 97% sur les travaux qui devront être exécutés par la société chinoise Power China Engineering.  « Toutes les études ont déjà été validées, on a ouvert le chantier et nous avons déjà commencé la construction de camp d’usine. Selon le contrat les travaux de la centrale dureront 51 mois et ce à partir du mois d’octobre 2017. La demande en énergie étant trop forte à cause des industries minières dans cette province de la RDC, la puissance excédentaire générée par le barrage de Busanga ne comblera pas le déficit énergétique dans cette province minière »  explique-t-il

Les déficits énergétiques sont estimés à 961 MW en 2018 et seront à 625 MW en 2022 dans le grand Katanga. Cette centrale servira selon Nestor MWEMENA ancien Directeur de la SNEL à combler une partie du déficit énergétique avec un apport de 60 MW dès 2020, la production totale de la centrale de 240 MW étant prévue en 2022 selon les estimations de la SNEL.

« En 2022, la puissance totale disponible au Katanga sera de 1358 MW dont 338 MW des anciennes centrales existantes, 520 MW provenant de nouvelles centrales et 500 MW injectés à Kolwezi par la ligne courant continu Inga-Kolwezi. La demande prévisionnelle du réseau Sud du Katanga est estimée en 2018 à 1688 MW et en 2022 à 1983 MW », détaille-t-il.

Gabrielle Nina

Article publié grâce à la subvention de China–Africa Programme du Département de Journalisme/ Université de WITS.

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