Katanga: petits agriculteurs, grands producteurs de maïs

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Terres, agriculture, Maïs

Le gouvernement congolais a compté en mars 2018 au moins 238 grandes fermes dans le Haut-Katanga. Ce qui classe théoriquement cette région minière, riche en cuivre et cobalt, en tête d’enjeux agricoles de la RDC. Seulement, pour ceux qui vivent à Lubumbashi, principale ville de la région, la majeure partie des aliments vient des importations.

C’est le cas principalement du maïs ou farine de maïs, aliment de base pour la majeure partie de la ville. Avec ses 2,5 à 6 millions d’habitants, Lubumbashi aurait pu être, pourtant, un grand marché de maïs. Mais les chiffres traduisent plutôt une sortie de devise vers l’Afrique australe d’où la RDC importe cet aliment.

Lubumbashi et ses environs ont faim

« Les besoins s’élèvent à 800.000 tonnes l’an et la production locale arrive à peine à 200.000 tonnes. C’est qu’il y a un gap de 600.000 tonnes qui continue malheureusement à être couvert par les importations », explique Lucien Kimuni. Professeur en Agronomie à l’Université de Lubumbashi, il a travaillé, jusqu’en 2017, comme directeur de cabinet du ministre national de l’agriculture, Emile Mota.

Répertorier les grands fermiers, comme l’a fait le gouvernement congolais au premier trimestre de l’année, devrait être suivi d’actions concrètes, estime l’enseignant. Il est incontestable, en effet, que les autorités de RDC ont besoin du secteur privé local si elle veut développer son agriculture.

Les petits agriculteurs, grands producteurs de maïs

Mais si les chiffrent manquent pour l’attester, les agriculteurs et experts sont convaincus qu’on ne peut pas évoluer sans compter avec les petits agriculteurs. Des planteurs, sur des petits espaces, et « qui arrivent à vendre après avoir consommé eux-mêmes », explique Joseph Kalenga de l’ONG agricole Action contre la Faim (ACF) basée dans l’ancien Katanga.

Ce qui plaide naturellement en faveur de la valorisation des actions de ces producteurs généralement habitant les milieux ruraux, parmi les moins assistés en termes d’infrastructures de base en RDC. Les routes agricoles, par exemple, sont en destruction dans plusieurs régions.

Ce qui a pour effet d’exacerber le coût des productions locales, et donc, d’envoyer les commerçants vers les importations qui, elles, coûtent moins. C’est en tout cas ce qu’explique Adrien Mutombo de la Commission Justice et paix, une organisation catholique de la société civile.

« Il faut envisager le modèle paysan de développement. Soutenir les petits agriculteurs. Car, explique-t-il,  le modèle des grands fermiers ne va pas apporter le développement. » D’autant plus que, fait-il observer, les grands agriculteurs s’agglutinent autour de Lubumbashi. Autrement, on serait porté à aller vendre, dans l’hypothèse de surplus de productions, en milieux ruraux, ironise l’environnementaliste. « Les productions doivent venir des milieux ruraux vers les centres urbains ».

Les petits agriculteurs, minés par les moyens très limités

Tous ont besoin d’appui des pouvoirs publics pour améliorer leurs niveaux de production, explique le professeur Lucien Kimuni. Les petits agriculteurs, par exemples, ont plus de difficultés à accéder aux intrants agricoles dont les engrais et semences améliorées. « On ne peut pas se permettre de cultiver sans engrais dans cette région » où le sol connaît une forte dégradation, explique Joseph Kalenga.

Mais le plus dur reste l’accès aux financements agricoles, et pour les petits et pour les grands agriculteurs, dans l’ancien Katanga. L’appui des pouvoirs publics pourrait, par exemple, consister en des conseils agricoles, en plus d’octrois des crédits agricoles vivement souhaités par de nombreux agriculteurs.

Didier Makal

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