Ecocitoyenneté ou plongée dans des forêts communautaires du Haut-Katanga

In Environnement
Forêts communautaires

La fragile forêt claire du Haut-Katanga, le miombo du sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), est condamnée à disparaître. Nul ne sait néanmoins quand exactement. Le responsable apparent est connu : le paysan agriculteur itinérant, producteur de bois d’œuvre et de bois-énergie. Mais, posant des actions écologiques, il pourrait renverser la tendance à l’épuisement d’essences forestières. Les forêts communautaires, une d’entre elles. 

Planter des arbres sauvages, à l’idée qu’ils servent demain ou à la postérité… L’idée est nouvelle pour quelques 25 villages identifiés dans le cadre du projet miombo, dans un rayon de 100 kilomètres autour de Lubumbashi. Né en 2017, avec l’aide du financement du Fond mondial, ce projet vise à protéger et à restaurer en même temps cette fragile forêt. 

Kibundu et Kalunda, sur la voie de l’écocitoyenneté

Kibundu est un village qui n’a rien de particulier, comparé à des dizaines autres qui l’environnent, sur la route Kasenga, plus au sud-est du Haut-Katanga. Quelques dizaines de maisons en briques adobes, agglutinées le long de la route, et c’est tout. Il abrite pourtant une population très motivée et écologiquement proactive, au sujet du projet de forêts communautaires.

Lire aussi : Les 4 grands destructeurs des forêts du Katanga

Le 23 mars, « tous », explique le chef de quartier qui est aussi le conseiller du chef du village, ont décidé d’écrire au gouverneur de province. D’après la législation environnementale congolaise, ils ont le droit de demander une concession forestière commune de plusieurs milliers d’hectares. « Ce projet, en principe, c’est celui où il faut sécuriser nos terres, notre patrimoine. Il faut sécuriser nos terres », explique Kayembe Muteb, chef de quartier au village Kibundu.

A quelques 500 mètres du village, 10.000 plants germent par graine et par bouture. Des espèces d’essences miombo que Mwelwa Ilunga, souriant, gère avec un autre paysan. « Nous avons pris l’option de faire des enrichissementsexplique Innocent Ombeni, le chargé du projet miombo à la FAO Lubumbashi. Certaines communautés ont choisi des espèces d’essences Miombo qu’ils ont estimées utiles. Et nous les accompagnons dans la mise en place des pépinières faites sur base d’essence forestières miombo ».

Plus proche de Lubumbashi, une rivière serpente des inclinaisons entre deux collines. Elle ne garde plus que quelques petits tas d’arbres. Sans doute, témoins d’une forêt galerie en disparition à une centaine de mètres derrière la maison du chef du village Kalunda. « Vous voyez la preuve qu’il faut agir vite avec votre pépinière et le projet. Il faut de nouveaux arbres à l’endroit où ils ont été coupés », lance Marcel Ndoko.

250.000 plants germent déjà

D’ici à la fin de année 2018, « nous aurons 10.000 x 25 communautés. Ce qui fait une petite histoire de 250.000 plans pour enrichir les espaces miombo », projette l’expert forestier. Mais l’idéal, explique un autre membre de l’équipe d’accompagnement, « c’est d’impliquer le plus de gens possible, tout le monde au mieux, fait observer  Abel Banza, inspecteur à la coordination de l’environnement. Les coupes à blanc sont un danger sérieux pour l’avenir des forets du sud Katanga ». Elles font perdre, en plus de bois, d’autres ressources qui en dépendent.

Bien plus, les paysans qui ont perdu des terres cultivables dans cette zone riche en cobalt et cuivre, ont été parfois chassées des concessions minières acquises par les privés. Avec des forêts dont ils contrôlent l’exploitation, ils pourront devenir plus protecteurs. Chaque année, en effet, chaque paysan couperait au moins 2 hectares en vue de cultiver, d’après les estimations d’un environnementaliste.

Forets communautaires
Une pépinière à Kibundu Germination par bouture. Photo Didier Makal

Des forêts communautaires pour une gestion durable

Les statistiques actualisées se révèlent difficiles à obtenir ou inexistantes. Toutefois, en 2016, l’expert en foresterie John Katanga citant une étude (2014) de la coopération allemande (GIZ), évoquait  323.000 tonnes de charbon de bois. En plus de 69.000 tonnes de bois de chauffage produits annuellement. La pression démographique de Lubumbashi sur la forêt, avec ses 2.5 à 6 millions d’habitants, est en effet grande. Le bois et le charbon obtenu constituent la principale source d’énergie, pour la cuisine notamment.

Dès lors, en tant qu’acteurs de la déforestation, les paysans peuvent aussi devenir acteurs de leur restauration et leur protection. Mais à condition qu’ils aient accès à l’information, apprennent les bonnes pratiques et soient accompagnés. « Sommes mobilisées, avec nos enfants. Les autres mamans sont très contentes de ce projet. Nous préparons déjà des pépinières [y compris] pour le potager », explique Bernadette Mwelwa, mobilisatrice de Kibundu. Sont aussi prévues dans ce programme, des espèces fruitières à planter.

Pépinière, Forêt communautaire
Une femme préparant une pépinière au village Kalunda, sous l’observation des experts de la FAO. Didier Makal

« C’est de la responsabilité du pouvoir public. C’est lui qui conçoit une politique de reforestation et de protection de son environnement tout entier », insiste Innocent Ombeni. Il explique que les partenaires n’apportent que de l’aide qui du reste, ne pourrait s’inscrire longtemps dans la durée.

Des défis au cœur du projet de forêts communautaires

Mais l’enthousiasme n’a pas de commune mesure avec la timidité et la lenteur de certains villages. Pas d’initiative au niveau local. Tout doit venir de la FAO, obligée parfois d’expliquer qu’elle n’en tirera aucunement de gain personnel. Mais les communautés elles-mêmes. « Les gens demandent ce qu’ils vont gagner, puisqu’ils seront peut-être morts lorsque ces arbres auront grandi », rapporte Innocent Ombeni.

Mais en plus des questionnements sur la pérennité même de la mobilisation en cours dans le sud de la RDC, c’est le risque d’incendie. Miombo est une forêt de la savane herbeuse africaine. Fortement asséchée entre mai et novembre, elle brûle souvent sous le fait de feux de brousse parfois utilisé comme technique de chasse. Mais le chef de la FAO Lubumbashi, Marcel Ndoko, envisage « le feu précoce ». Un feu lancé avant l’assèchement des herbes autour des jeunes plantes, en vue de les prévenir des feux de brousse à venir.

Mais en attendant, les experts de la FAO ont pris rendez-vous. Ils visiteront chaque semaine plusieurs villages, apportant de l’aide au projet miombo, des forêts communautaires qui démarrent.

Didier Makal

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