RDC : Temps d’élections, temps de désespoir ?

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CENI, Loi électorale, fichier électoral, RDC

La Commission électorale de la RDC, la CENI, a ouvert les bureaux de réception et traitement des candidatures le dimanche 24 juin. La centrale électorale a convoqué selon le calendrier des élections, la veille, le corps électoral. Ainsi le pays entre-t-il enfin dans le vif d’un processus électoral des plus controversés d’Afrique que mortel.

En République démocratique du Congo (RDC), élections riment, jusqu’ici, avec controverses et violences mortelles. C’est arrivé en 2006, quand les finalistes à présidentielle Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila transformaient Kinshasa, pendant quelques jours, en champ de bataille.

Pourvoir, CENI et Opposition radicalisés

Les élections que préparent Corneille Nangaa, le chef de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), dérogeront-elles à cette règle de violences? Les attitudes et discours des protagonistes, au point où en est le processus, donnent à parier que pareille situation revienne.

La mission de l’ONU au Congo, la Monusco, qui l’a elle aussi ainsi perçu s’applique depuis juin, à sensibiliser les politiques à l’apaisement. Mais on ne sait trop, par que magie les protagonistes y arriveront. Puisqu’opposition, CENI et pouvoir jouent à démontrer leur détermination à ne rien du tout concéder.

Machine à voter, que l’opposition traite de « machine à tricher », 16% d’électeurs « litigieusement » enregistrés sur les listes électorales, ou encore une CENI éclaboussée par des scandales érodant son indépendance nécessaire à un processus apaisé et confiant… Puis, pour le pouvoir, des cas de décrispation du climat politique toujours irréalisés depuis l’accord sur la transition (décembre 2016)… Autant des dossiers qui divisent. S’il est aujourd’hui difficile pour l’opposition de boycotter le processus en cours, il faut redouter au moins que des frustrations accumulées engendrent des violences.

Et le peuple ne peut rien espérer ?

Dans ce contexte, le dialogue qui devrait caractériser les parties aux élections vue d’en finir avec l’instabilité politique est en panne. C’est caractéristique d’une crise institutionnelle chronique et de l’esprit de nombreux dirigeants depuis l’indépendance en 1960. Dialoguer sert souvent à plonger le pays dans un trou noir qu’à l’en sortir.

Pendant ce temps-là, près de 70% de populations vivant sous le seuil de la pauvreté, selon la Banque mondiale doivent compter sur eux-mêmes. Des millions de déplacés internes, et des réfugiés vivent de la solidarité internationale qui d’ailleurs, n’arrive plus en grande quantité. C’est sans compter, par ailleurs, les violences armées à n’en point finir voici 21 ans. Elles ont décimé plus de 5 millions de d’âmes depuis le génocide rwandais en 1994.

Dans ce contexte, et dans ce pays où les politiques démissionnent en appelant la population à « se prendre en charge », les élections auraient pu être un vrai moment de refaire l’être du Congolais. Le vivre ensemble, et surtout, rendre hommage à un peuple qui a résisté à tant de violences. Le laisser se choisir, enfin, des dirigeants qui pansent ses plaies, lui donnent eaux, électricité, emplois et protection. Mais non, ce sont des violences qu’il faut redouter encore.

Injure, intolérance

Car, alors que les candidats vont déposer leurs dossiers pour la députation provinciale, on se prépare à une bataille impitoyable. Puisqu’être député, sénateur ou bourgmestre est devenu une occasion de s’enrichir sans honte. Tout le monde sait à quel point être député transforme sa vie et celle des siens. Mais il n’existe pas de plan, voici deux législature, qui transforme le vécu des faiseurs de députés.

Et déjà que des manifestations publiques ont pris l’habitude de tourner au cauchemar, avec des morts et de nombreuses arrestations, des insultes… Les politiques ont beau signer des codes de bonne conduite. Majorité et opposition s’insupportent, ne se tolèrent plus guère. Certains se battront, en fraudant ou en usant de la violence, comme en 2011, pour siéger dans les parlements congolais. Le début d’une période, peut devenir ainsi en RDC, un temps non pas d’espoir, mais celui où l’électeur cherche où se cacher.

Didier Makal

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