Cacophonie à Kinshasa et risque de fin violente de campagne électorale

In Politique
Ceni, RDC, Kinshasa

C’est la cacophonie qui règne à Kinshasa, peu de temps seulement après l’annonce par le gouverneur Kimbuta de la suspension des meetings. La campagne électorale prend officiellement fin le 21 décembre à minuit, d’après le calendrier électoral.

Mais déjà le 18 décembre, le gouverneur de Kinshasa, qui a un statut de province, a décidé de suspendre tout meeting. Les principaux candidats à la présidentielle y convergent pourtant pour y clôturer leur campagne électorale. Parmi eux, Martin Fayulu qui jusqu’il y a quelques jours a continué à rejeter l’usage de la machine à voter.

Décision contraire à la Constitution et la loi électorale

Le mercredi, de nombreux militants l’attendaient place Sainte Thérèse, pour un meeting. La police a empêché la manifestation, faisant usage de gaz lacrymogène en vue de disperser les militants qui attendaient toujours l’opposant.

Pour le défenseur de droits de l’homme Georges Kapiamba, la décision du gouverneur Kimbuta est illégale. Elle viole, explique-t-il sur Twitter, « les articles 28 de la Constitution [de la RDC], 81 de la loi électorale et 180 du code pénal. Seul le Pres [président] de la CÉNI peut suspendre la campagne électorale ».

Une campagne électorale marquée par des violences

D’après les autorités de la ville, il existe de réels risques que les militants de trois candidats les plus en vue s’affrontent ces derniers jours de la campagne. Dans plusieurs provinces où ils sont passés, ces candidats ont vu parfois leurs campagnes perturbées.

D’abord le candidat du pouvoir, Emmanuel Shadary qui a renoncé le mardi à l’étape de Tshikapa. Des habitants ont protesté contre son arrivée dans la ville, l’obligeant à se rendre à Kananga où il a tenu son meeting. Dans la foulée, au moins une personne a été tuée.

Avant lui, Martin Fayulu n’a pas tenu son meeting à Lubumbashi, empêché par la police qui évoquait le risque de violences. Entre une et trois personnes ont péri, d’après des organisations de la société civile. Chiffres toutefois rejetés par les autorités. Enfin, Félix Tshisekedi a vu aussi des manifestants perturber sa campagne, notamment dans l’Ituri.

L’ONU appelle à l’apaisement

A l’ONU, le Conseil de sécurité a appelé les parties prenantes au processus électoral à la retenue, au profit d’élections apaisées. Il a également invité Kinshasa à enquêter sur les violences enregistrées.

Dans l’est du pays, dans le Nord-Kivu, par ailleurs, l’ONU dresse une situation alarmante sur les droits de l’homme. Il parle d’ « au moins 324 victimes d’exécutions extrajudiciaires ou sommaires, 832 victimes de torture ». Il relève aussi des « traitements cruels inhumains ou dégradants », des viols (173 victimes) et le travail forcé (431 victimes).

Elections contestables

Le processus électoral qui arrive à la fin a été marqué par trois éléments qui risquent de ne pas aller dans le sens de l’appel de l’ONU. D’après un rapport récent du Groupe d’étude sur le Congo, ces faiblesses sont la politisation des institutions électorales (DPF), les défaillances techniques, et l’environnement politique marqué par trop de méfiances.

Autant dire que le Congo est peut-être sur le point de rater sa première alternance voulue sans violences. Le drame est que le Congo est à trois jours d’élections capables de violences, aux résultats contestables. D’autant plus qu’alors que monte la méfiance des électeurs, et que les politiques ont perdu de raison de faire confiance, la communauté internationale pourtant grande actrice dans la situation politico-sécuritaire de deux dernières décennies, se trouve exclue de tout regard sur les élections.

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