RDC: pour que l’armée et la police s’attachent véritablement à la sécurité

In Congo profond

Samedi 13 avril, le président Félix Tshisekedi qui présidait le conseil supérieur de la défense à Lubumbashi, décidait de permuter les officiers de l’armée et de la police. Cette mesure est censée « redynamiser » la gestion des troupes marquée, d’après le constat fait par les hauts responsables, par un « déficit criant » de suivi.

Cela veut dire, en termes plus clairs, un désordre qui prend plusieurs formes dans la gestion des hommes d’armes. Qu’il s’agisse de la police ou de l’armée.

Criminalité criante à Lubumbashi

Pour comprendre ce qu’il se passe dans le Haut-Katanga, il faut remonter à mars 2019. La province fait face à une insécurité grandissante depuis 2016. Cette montée de l’insécurité est présentée comme conséquence de la fermeture de plusieurs sociétés minières à la suite de la chute en 2015 de cours de cuivre et cobalt produits dans la région de l’ex Katanga. Autre élément dont on parle très peu, en 2016, au plus fort des violences Kamuina Nsapu dans les  Kasaï voisins, des policiers déserteurs avaient fui la région et trouvé refuge à Lubumbashi. « La police avait même organisé un contrôle en vue d’identifier tous les éléments. Il est possible que tous n’aient peut-être pas été identifiés », explique une source.

Depuis lors ces événements, cette région de l’ancien Katanga où de nombreux jeunes oeuvraient dans l’artisanat minier a atteint un pic de criminalité. Des vols, avec meurtres et viols, ont provoqué l’apparition de groupes d’autodéfense des jeunes des quartiers de Lubumbashi, principale ville de l’ancien Katanga. L’année précédente (2018), la société civile recensait plus de 1700 cas de vols avec armes dans le Haut-Katanga seulement, basés principalement à Lubumbashi.

Devant cette réalité, le chef de l’Etat était attendu de tous. « La population demandait l’implication des autorités pour que revienne la sécurité et la paix. Nous sommes content que le président Tshisekedi ait décidé de se pencher sur la question, et de permuter les officiers de l’armée et de la police en vue de renforcer la sécurité », explique Bertin Choz, chef de la thématique sécurité à la société civile du Haut-Katanga.

Plus de soldats dans les mines et chez les privés

Dans ce contexte de violences et de peur, pour les populations qui soupçonnent la police et l’armée de complicité avec les cambrioleurs qui prennent tout à leur passage, ceux qui en ont les moyens louent les services de la police. En mars 2019, alors que la « résistance » populaire commençait à plonger Lubumbashi dans des violences les plus inquiétantes, la police annonçait la fin de gardiennage chez les privés. Elle rappelait ainsi au moins 3000 policiers, d’après une source policière.

Certains parmi eux travaillaient pour les sociétés minières. Le service est réputé bien payé, au profit des chefs de police et de l’armée.

Des soldats mal payés, au service des riches

La sécurité publique souffre de l’insuffisance des effectifs policiers dans les villes de l’ancien Katanga riche en minerais. Le problème, dès lors que les chefs de l’armée, de la police et le président Tshisekedi viennent de décider de mettre un terme au gardiennage par les services publics de sécurité chez les privés et les sociétés minières, c’est l’avenir même des soldats ainsi retirés des services qui leur génèrent plus d’argent que la solde qu’ils reçoivent de l’État congolais. Avec moins de 150 USD, parfois moins de 100 d’après différentes sources, « il y a une injustice qui crée des frustrations », déplore Bertin Choz.

Dans le même sens, pour Momo Mulupa, membre du Front commun pour le Congo de l’ancien president Kabila, il ne suffit pas de permuter les officiers et retirer des mines les soldats. « Il y a sans doute un trop plein des soldats dans les entreprises minières simplement à cause du mauvais paiement que leur offre l’Etat congolais », reconnaît-il. Que l’Etat veuille les faire partir de là, c’est en même temps une question de moralité pour les troupes.

« Mais, ils risquent de repartir cette fois comme civils et nous allons accuser un fort taux de désertion… Résolvons globalement la question de l’homme en uniforme en activant toutes les primes circonstancielles qui ornent sa vie sous le drapeau, et nous ne verrons plus de nos hommes armés à la botte des Libanais et Chinois, chose qui nous énerve! », conclut Momo. Et d’ajouter qu’il faudrait que l’inspection générale s’assure aussi que les soldes arrivent entières à leurs destinataires sans être détournées. 

En annonçant les permutations parmi les hommes en uniforme, le président Tshisekedi a aussi promis d’améliorer leurs conditions sociales, sans en dire plus. Bien plus, pour ceux qui sont affectés dans le Katanga, où les conditions de vie sont globalement estimées plus viables que dans certaines régions de la RDC, une affectation ailleurs suscite déjà des inquiétudes. Celles-ci touchent jusqu’à la sécurité des officiers. « Certains officiers envoyés jadis dans les Kivu sont morts empoisonnés, d’autres en sont revenus malades », se rappelle Momo Mulapu. Ce qui, à ne pas en prendre compte, risque de susciter des frustrations et même des défections.

Didier Makal

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