Dans le Lualaba, les creuseurs artisanaux de cuivre et de cobalt disent ne pas trouver leur compte

In Environnement
Mines, Code minier, Développement durable, Cobalt

Le Lualaba où se trouvent les plus importants gisements de cuivre et de cobalt congolais, dans l’ancien Katanga, les creuseurs artisanaux sont en colère. Chassés des sites privés, où ils essaient de trouver des ressources, parfois frauduleusement, ils demandent désormais des sites propres à eux. En plus, ils s’estiment concurrencés, dans ce qui devrait être une exclusivité des nationaux, par des expatriés.

Les ONG African Resources Watch (AFREWATCH), Pain pour le Prochain (PPP) et Action de Carême (ADC) de protection des droits humains alertent sur des possibles conflits sociaux dans le Lualaba autour des mines de cuivre et de cobalt. Dans un communiqué de presse publié le 03 juillet 2019, ces organisations redoutent de graves violations des droits humains, notamment à cause des échauffourées entre les éléments de force de l’ordre et les creuseurs artisanaux. La sécurité des entreprises minières et les creuseurs artisanaux, en effet, se trouve aussi au coeur des enjeux.

L’appel des ONG de défense des droits de l’homme à Kolwezi

Les trois ONG pointent la pauvreté, le manque des zones d’exploitation minière viables pour les creuseurs comme causes de cette crise qu’elles décrivent. Elles invitent en outre, l’État congolais au retrait des troupes de l’armée déployées dans les sites miniers, et à rendre viables les Zones d’exploitation artisanales.

Le jeudi 27 juin dernier, un effondrement a eu lieu dans la mine à ciel ouvert de KOV, un site d’exploitation appartenant à l’entreprise minière Kamoto copper compagny (KCC) située à Kolwezi dans la province du Lualaba. Selon les trois ONG, AFREWATCH, PPP et ADC, l’incident a coûté la vie à plus de 40 personnes, et plusieurs dizaines de creuseurs artisanaux morts.

Le 4 juillet, plusieurs creuseurs artisanaux ont manifesté à Kolwezi, pour demander une zone d’exploitation artisanale  comme prévu par la loi minière.

Pauvreté et chômage, sources d’exploitation illicite et de crise sérieuse

Dans ce communiqué de presse, les 3 ONG expriment de sérieuses inquiétudes sur de « graves violations des droits humains » qui pourraient se produire dans le Lualaba. C’est à cause notamment, expliquent-elles, de la présence des militaires envoyés pour empêcher des creuseurs artisanaux d’accéder aux sites d’exploitations. A l’occasion, le commandant de la 2e zone de défense, le général Philemon Yav, promettait d’agir de façon à protéger les investisseurs. Ce qui, pour le député Claudel Lubaya, constitue une déviation de la mission de l’armée et une violation de la loi. Puisqu’il estime que l’armée se réduit à une fonction de gardiennage. « Le sang des soldats doit être versé pour la patrie, et non pas pour des investisseurs  », a lancé l’opposant politique.

Le risque pour les creuseurs artisanaux, estimés à plus de 10.000 dans le Lualaba, c’est l’avance de travail et de ressources économiques, lorsque les autorités les déguerpissent. Ce qui met au chômage beaucoup d’hommes, des pères de familles ainsi que des jeunes qui vivent de l’exploitation artisanale de cuivre et de cobalt. « Aujourd’hui la pauvreté, écrivent les 3 ONG, le manque d’emploi et l’absence de zones d’exploitation artisanale expliquent l’entrée illicite des creuseurs dans des sites privés des entreprises ».

Le problème, c’est que certains jeunes, mai ces creuseurs, forcent l’accès à des sites interdits, à l’instar de la mine de KOV. D’autres essaient, y compris dans le Haut-Katanga, de voler des concentrés de minerais qu’ils vont revendre. Les tentatives se soldent parfois par des morts, à près des interventions armées des services de sécurité.

Des organisations de la société civile reprochent cependant aux autorités de la province du Lualaba de négligence. En 2015, expliquent Afrewatch, PPP et ADC, la province avait lancé une série de réformes du secteur minier artisanal dans le but d’apporter des solutions adéquates aux situations pénibles de la population. Des mesures vivement saluées, parmi lesquelles le retrait des enfants des mines, mais d’un succès de courte durée déplorent les ONG.

Une « gestion opaque » du secteur artisanal

Puisque, poursuit leur communiqué, la situation s’est plutôt empirée 4 ans plus tard, à cause du nombre des creuseurs clandestins dans les sites des entreprises minières privées et des conflits qui ont sensiblement augmenté. C’est par manque, selon elles, de Zones d’exploitations artisanales viables. Elles vont plus loin, pour pointer une « gestion opaque ».

« Les ONG African Resources Watch (AFREWATCH), Pain Pour le Prochain (PPP) et Action de Carême (ADC) accusent une gestion pas bonne des autorités locales et affirme que l’entreprise minière SICOMINES avait versé il y a deux ans, une somme $ 2 millions pour que les autorités de la province créent des Zones d’Exploitation minière Artisanale  remplissant toutes les conditions de viabilité pour tous ces creuseurs, Malheureusement, aucune ZEA viable n’a été créée et les autorités locales n’ont plus communiqué à ce sujet, ni donné de suite à cette affaire ».

Lors de la marche du 4 juillet à Kolwezi, par exemple, les creuseurs ont aussi protesté la reconduction du ministre Tshizainga aux mines. Ils lui reprochaient de n’avoir pas réussi de faire en sorte que le secteur artisanal dans les mines profite aux nationaux. A la place, selon eux, ce sont des citoyens étrangers, des orientaux, qui en bénéficient.

Certe crise sociale observée entre les exploitants miniers artisanaux de la province du Lualaba, des entreprises minières et des responsables publics, résulte selon la société civile, d’un manque de réponse adéquate aux urgences des populations qui reste dans la pauvreté.

Arsène Bikina

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