FCC de Kabila versus AFDC de Lukwebo : ça pourrait profiter à Félix Tshisekedi

In Politique
Félix Tshisekedi

Entre l’Alliance des forces démocratiques du Congo et ses alliés (AFDC-A) et le Front commun pour le Congo (FCC), c’est la rupture. Et pas seulement. La tension a pris place entre les deux au point que l’ancien président Joseph Kabila pourrait perdre sa majorité parlementaire. Dans un scénario moins catastrophique, la toute-puissance de sa plate-forme pourrait fortement s’éroder. De l’avis de Pascal Mpange, professeur en Science politique à l’Université de Lubumbashi, Félix Tshisekedi pourrait bien profiter de cette crise.

Pour l’instant, Félix Tshisekedi observe, en silence. A l’origine de la crise, début juillet 2019, Joseph Kabila désigne son ancien ministre de la justice, Alexis Thambwe, comme candidat à la présidence du sénat. Le choix déplaît à Bahati Lukwebo, ancien ministre de l’économie qui ne cache pas sa frustration. Des jours avant, en effet, il avait manifesté le vœu que ce poste revienne à la plateforme qu’il dirige : l’AFDC et Alliés.

Lukwebo dénonce alors « un mauvais casting » de sa plate-forme, le FCC, dans le choix d’Alexis Thambwe Mwamba. Il annonce donc, logiquement, sa candidature au même poste.

Bahati Lukwebo et la fronde de l’AFDC contre le FCC

L’événement fait grand bruit. D’autant plus que le « Front » de Kabila vient d’essuyer un revers à la présidentielle de décembre 2018. Son candidat à cette élection, Emmanuel Shadary, a fini la course 3e après les opposants Félix Tshisekedi et Martin Fayulu. Bahati Lukwebo n’a pas manqué de le rappeler, en parlant de « mauvais casting ». Plus tard, il va fustiger « des mauvais conseillers » autour de Kabila.

Bahati Lukwebo n’est pas rentré dans les rangs malgré l’ultimatum, l’invitant à renoncer à sa candidature. Le camp de Joseph Kabila l’a alors suspendu du « Front » pour une durée indéterminée. Depuis, beaucoup redoutent de reproduire le scénario de 2006 où, face à l’opposant Léon Kengo wa Dongo, le candidat du pouvoir avait perdu la présidence du sénat.

Un atout pour l’UDPS et le CACH de Félix Tshisekedi

Or, l’AFDC et Alliés réunissent 109 députés, juste avant le PPRD qui en compte 108 dans l’ensemble. Pour Néhémie Wilanya du FCC, « Lukwebo est soutenu par une famille politique opposée au FCC ». S’il ne cite pas de nom, deux forces politiques, qui se ramènent après analyse à Félix Tshisekedi, auraient intérêt à le faire. « Je sais que c’est un atout pour l’UDPS [le parti présidentiel, Ndlr] le CACH », analyse le politologue Pascal Mpange.

Cette dernière coalition, le CACH (Cap pour le Changement) qui a gagné la présidentielle de 2018, a perdu les législatives à tous les niveaux, presque. Mais, le président qu’elle a fait élire entretient visiblement des relations moins conflictuelles avec nombre de ses anciens alliés de l’opposition réunis dans Lamuka. Il vient d’ailleurs, pour preuve, de faire nommer l’un d’eux, Freddy Matungulu, à la BAD. Avant, c’était Mbusa Nyamwisi qui l’avait rejoint, après les défections des premières heures, autour de Gabriel Kyungu wa Kumanzea.

Lire aussi : « Lamuka va continuer à exister » malgré les départs (Jeff Mudimbi)

Une coalition avec ces opposants devrait faire ainsi basculer la majorité parlementaire du côté de Félix Tshisekedi. A minima, elle pourrait servir à éroder la « toute-puissance » du FCC actuelle.

« Si cela ne profite pas au FCC, ça profite au CACH »

« Effectivement, poursuit Pascal Mpange, le président Tshisekedi pourrait en profiter. Parce qu’il y aura une certaine mouvance au niveau des institutions. La majorité est en train d’être extirpée. » Ainsi, lorsque la majorité venait à changer, même le nouveau premier ministre qui attend l’entente entre le CACH et le FCC pourrait perdre son poste, analyse l’universitaire.

Pour lui, « le fait que l’AFDC ne fait plus partie du FCC est une autre donne. Parce que le dénouement de la crise ne peut passer que par la résolution des pépins entre AFDC et FCC. Mais aussi longtemps que cela ne profite pas au FCC, ça profite au CACH », conclue-t-il.

Dans une déclaration, Bahati Lukwebo, soutenu par des députés de sa plate-forme, a annoncé qu’il soutiendrait le premier ministre nommé par Joseph Kabila, Ilunga Ilunkamba, et le président Félix Tshisekedi. Par ailleurs, quelques députés de l’AFDC-A ont dit leur allégeance au Front commun pour le Congo.

Didier Makal

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