Félix Tshisekedi et l’épreuve du « changement »

In Opinions
Félix Tshisekedi

À l’heure où le président congolais, Félix Tshisekedi, va sortir enfin son gouvernement, on peut bien imaginer la somme des défis qui se présentent à lui. Changement, « vraie alternance », … C’est sans compter les enjeux d’une gouvernance pour le moins atypique qui se prépare, dans un contexte particulier pour la RDC.

Depuis l’indépendance de cette ancienne colonie belge, les présidents congolais ont le contrôle de pratiquement toutes choses. Des institutions de pouvoir aux loisirs, en passant par les rouages de l’économie nationale. A l’exception, près, de Félix Tshisekedi, le 5e président depuis 59 ans.

Le partage du pouvoir

Les Congolais n’ont ainsi pas pour habitude de voir un président qui « partage ». Même si l’on dira que Joseph Kabila a parfois travaillé avec des premiers ministres de l’opposition.

Souvent, lorsqu’ils s’imaginent le pouvoir présidentiel, plusieurs Zaïrois, aujourd’hui Congolais, se représentent facilement le tout-puissant Mobutu Sese Seko. L’image d’un président « fort » au sens d’écrasement.

Sans doute, cela donne lieux à des expressions comme « victoire à la majorité écrasante ». Même si en réalité, une telle majorité a souvent résulté des processus des plus contestés. Et surtout, des processus qui ont plongé le Congo dans une instabilité des plus remarquables de l’Afrique centrale.

Autant dire que certains Congolais, la nuance en vaut la peine, ont aussi souvent milité contre une telle vision du pouvoir politique. C’est notamment les évêques catholiques, formant la puissante Cenco. La conférence épiscopale nationale du Congo, voulue « la Voix des sans voix ».

Même si les puissants présidents, de Mobutu à Kabila Joseph, l’ont souvent vue comme une opposition politique déguisée. Et ce n’est pas Félix Tshisekedi qui confesserait ne l’avoir pas un jour ainsi ressenti. Même si, nuance, son mandat ne dure à peine que 7 mois, et que le nouveau président n’a encore eu d’ennuis directs avec elle. Mais on sait, néanmoins, que la position de l’Église sur les résultats de la présidentielle qui l’a fait président, resteront une gênante question pour les deux parties. Pour cause, la Cenco qui avait déployé le plus d’observateurs électoraux, en effet, avait estimé après les scrutins, que la Céni avait publié des résultats contraires à la vérité des urnes. 

Pas de victoire « écrasante » égale « partage de pouvoir »

Cela n’empêche qu’aujourd’hui, l’Église n’en parle presque plus. Elles pousse, comme certaines autres confessions religieuses, par ailleurs, le président à prendre ses distances avec d’anciens dignitaires de l’ancien régime. C’est le voeu d’ailleurs de plusieurs organisations de la société civile dont la Ligue contre la corruption. Cette dernière vient d’inviter ouvertement le nouveau premier ministre, Ilunga Ilunkamba, à ne pas prendre dans son gouvernement, des personnalités accusées de corruption, détournement ou mauvaise gouvernance. 

Mais Félix Tshisekedi n’a pas eu de victoire « écrasante ». Du moins, en ce qui concerne les législatives. Sans une majorité parlementaire, il ne peut pas gouverner seul. Il ne peut nommer le premier ministre de son choix, ne peut pas nommer de ministres qu’il veut véritablement.

Le président congolais ne peut pas non plus avoir des mains libres sur de nombreux secteurs. Partout, ou presque, il doit « partager » le pouvoir avec l’ancien régime qui garde le contrôle des parlements national et provinciaux.

Fini le « règne sans partage »

Bref, Félix Tshisekedi ne peut pas « régner sans partage », d’après l’autre expression très connue des Congolais. Elle renvoie souvent à des présidents comme Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, alors regardés comme « régimes sévères ».

Les Congolais le savent. Beaucoup, en tout cas. Mais pour l’entendre de cette oreille? Plusieurs ignorent ce que cela représente de gagner la présidentielle et de manquer de contrôle sur les parlemts. Peu seulement au Congo savent que c’est fut une raison majeure des crises profondes entre le président Kasa Vubu et son premier ministre Patrice Lumumba. 

Après l’investiture du président Félix Tshisekedi, certaines analyses ont pourtant rappelé ce pan de l’histoire congolaise. Les rixes, début avril 2019, entre militants de l’UDPS, parti présidentiel, et ceux du FCC de Joseph Kabila, le président sortant, l’ont pourtant bien rappelé. Toute rupture entre les deux pourrait se révéler très perturbatrice pour la gouvernance du pays. Elle pourrait même conduire à de nouvelles violences.

C’est quoi un président « comme les autres »

Le « mariage obligé » ainsi scellé entre les deux camps, sonne auprès de certains Congolais comme une trahison. Trahison pour ceux qui ont refusé de voter pour le candidat de l’ancien régime à la présidentielle. 

Félix Tshisekedi pourrait ainsi ne pas passer pour un président comme les autres. C’est surtout en raison du caractère inédit du modèle de gestion qui ressort des dernières élections. D’aucuns en voudraient à Joseph Kabila et la Céni, accusés d’avoir manipulé les législatives pour lui donner plus de pouvoir après avoir perdu la présidentielle.

L’autre raison, en plus, c’est le voeu même de certains Congolais, de voir disparaître du pouvoir des politiciens qu’ils espéraient avoir sanctionnés. La sortie du nouveau gouvernement en jugera. Mais, au sénat, un signal fort a été donné, en votant Thambwe Mwamba gagner l’élection de la présidence du sénat.

Au final, pour Félix Tshisekedi, être président est tout un tracas. Il doit prouver constamment à certains qui ne l’entendent pas de cette oreille, qu’il est le Président de la RDC. Cela veut dire, que Kabila est parti. Véritablement. Ils aimeraient le voir président comme les autres. 

A certains autres, par ailleurs, Tshisekedi doit prouver qu’ils ont un président taumaturge. Bien plus, plus démocratique. Ce qu’il dit lui-même, ce qu’il promet, semble immanquablement passer inaperçu. Il a beau montrer un président ordinaire, qui s’agenouille devant Dieu et son peuple. Mais le peuple veut manger. Il veut travailler, comme répondrait Félix Wazekwa dans une chanson « peuple elingi nini?» (Que veut le peuple?).

Didier Makal

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