Ecoles publiques : et si Kinshasa laissait gouverner les provinces?

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Ecoles publiques, Elèves

Pourquoi le gouvernement ne devrait-il par laisser aux provinces les écoles publiques de leur ressort ? Cela permettrait de rémunérer les enseignants selon les ressources et les réalités telles que vécues. Plutôt que de se baser sur une rémunération trop standard, définie par Kinshasa. C’est globalement le débat que lance Ilunga Kadi Kaswilo. Il est président urbain du syndicat des écoles catholiques. Congo Durable vous propose cette interview qu’il a eue avec Didier Makal.

Congo Durable : C’est la rentrée des classes 2019, année d’espoir pour vous?

Ilunga Kadi Kaswilo : Pas du tout. Nous rentrons avec des tâtonnements. Les textes se contredisent et sont interprétés de différentes manières.

CD : Depuis l’élection de Félix Tshisekedi comme président de la RDC, beaucoup parlent du changement. Qu’est-ce que cela veut dire pour un enseignant congolais ?

Ilunga : Il serait tôt de parler du changement. Ce qui est vrai, c’est qu’à la tête du pays, il y a changement. Mais il faut attendre que le gouvernement soit fonctionnel pour évaluer.

Rentrée des classes, Enseignant congolais
Une classe à la rentrée des classes 2019 à Lubumbashi: EP Chem-Chem. Photo Didier Makal.

Et que pensez-vous alors de la gratuité de l’école primaire en RDC ?

Le feu Banza Mukalay disait en son temps: « Je préfère être hué pour avoir dit la vérité que d’être applaudi pour avoir dit le mensonge ». La gratuité de l’enseignement primaire en RDC est une bonne chose. Mais sa faisabilité pose problème pour plusieurs raisons. En voici une : en ces jours le Haut-Katanga compte 25% d’écoles publiques contre 75% d’écoles privées.

Ça signifie que le gros d’enfants devra aller dans des écoles privées qui ne sont pas concernées par cette gratuité. De ce fait, peu d’enfants vont bénéficier de cette mesure de gratuité de l’enseignement primaire. Pourtant, elle devrait permettre à tous les enfants d’accéder à l’école primaire gratuite.

Pensez-vous donc que l’État devait aller jusque dans écoles privées ?

Non, ça serait préjudicier ceux qui ont investi dans ce secteur. L’État doit construire des écoles dans de nouveaux quartiers pour permettre à tous les enfants de bénéficier de cette gratuité. Mais il faut préciser que même dans des écoles publiques, 136.000 enseignants ayant des numéros matricule ne sont pas payés sur l’ensemble du pays.

Ces enseignants, compte tenu aussi de la gratuité qui va entraîner la suppression de la prime [payée par les parents], vont cesser de travailler. [Cela], sans compter aussi toutes les écoles qui ont ouvert de nouvelles options qui vont fermer pour manque de paiement des enseignants. Il faut donc que l’État mécanise les enseignants, leur donne un salaire décent et les choses vont aller de soi.

Pensez-vous que quand le salaire s’améliore pour les enseignants, la qualité de l’enseignement va suivre ?

Absolument. L’enseignant doit être motivé pour donner un enseignement de qualité.

Cantine scolaire, Ecoles publiques
Des élèves en train de manger dans leur classe dans l’ex-Katanga. Source: PAM

Est-ce que cette affirmation n’est pas aussi un slogan ?

Non. Ça ne sera pas la première fois pour la RDC. Déjà au temps de Moïse Tshombe, en 1960,  les enseignants avaient un salaire décent. Ils jouissaient de beaucoup d’avantages qui leur permettaient d’avoir le temps de préparation. Et par conséquent, la qualité de l’enseignement était bonne.

Lire aussi à ce propos: Gratuité de l’enseignement primaire : Félix Tshisekedi réussira-t-il?

Dans ce cas, l’amélioration des conditions de vie de l’enseignant doit marcher avec quoi ?

Il y a tout un tas de préalables. Parmi lesquels, la construction des écoles et leur équipement en tenant compte de l’explosion démographique.

Pour vous, brièvement un bon salaire doit tourner autour de combien ?

Je ne saurai pas dire avec précision. Il faut juste tenir compte du coût des études dans tous leurs cycles, du loyer… pour avoir l’idée de ce que peut recevoir un enseignant congolais. Cela demande donc qu’on mûrisse la réflexion, avoir un budget conséquent pour supprimer totalement la prise en charge. [Cela], malgré que la gratuité de l’enseignement primaire en RDC soit constitutionnelle. En plus, compte tenu du fait que l’enseignement est une compétence des provinces, le gouvernement central doit appliquer rigoureusement la politique de la péréquation en rétrocédant les 40% dévolus aux provinces.

Interview retranscrite par Willy Mbuyu

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