Triangle de la mort, qu’est-il devenu dans le Katanga ?

In Congo profond

Le triangle de la mort. C’est l’appellation que les humanitaires ont donné à la région Nord du Katanga, Pweto, Mitwaba et Manono. Région où ont éclaté la veille des élections de 2011 en RDC, des violences armées que le Congo et le monde ont oubliées un moment, selon l’ONU.

Mais c’était jusqu’à ce qu’en 2013, le silence soit rompu. Et, puis, est née cette appellation pour le moins choquante. Dans « le Triangle de la mort » Katangais, Pweto, Mitwaba et Manono, a éclaté une crise qui a chassé de leurs villages plus d’un demi million de personnes. 

Des violences meurtrières ont éclaté, en effet, entre milices des communautés Twa (Pygmées) et Luba, une ethnie des plus nombreuses du Katanga.

Plus de stabilité, ou plutôt moins de violences?

Depuis 2015, l’Etat major Général des armées de RDC a installé une Brigade de réaction Rapide (URR) dans la cité de Mitwaba, dans le Haut-Katanga. Elle veille sur la région, avec des postes dans l’ex-triangle de la mort.

« La situation s’est améliorée et les îlots de paix ont été créés, en dépit de l’insécurité provoquée en 2016 au Sud-Ouest de Mitwaba à Tomombo, Kalera par Kibweja » par des milices. 

Un membre du Réseau pour la réforme du secteur de sécurité qui donne cette information, explique aussi que le gouvernement reste impliqué pour le retour à la stabilité. Ainsi, le ministère de l’intérieur a initié le désarmement volontaire des combattants, à travers la CNC-ALPC (commission nationale de contrôle des armes légères et petits calibres). Cette commission a pu ramasser 447 armes de guerre, et armes de chasses obsolètes, précise la source.

« Toutes ces actions ont favorisé le rétablissement de la paix, poursuit la source. Et sa consolidation passe par l’accompagnement des victimes pour leur résilience, la réinsertion et démobilisation effective des éléments ex-May-May convertis ou ceux ayant abandonné la lutte. »

Forte pauvreté dans l’ancien triangle de la mort

En 2017, par exemple, l’administrateur du territoire de Manono qui s’appliquait à réconcilier les Pygmées et les Baluba, avait déploré une forte pauvreté des populations dans la région. L’essentiel des ressources leur vient de l’agriculture qui du reste demeure rudimentaire, et fort pénible. 

L’accompagnement des personnes qui ont porté des armes devrait dès lors déboucher par l’offre d’alternatives pour une réinsertion sociale. Mais il fallait en plus, avait-il expliqué, que la situation sociale s’améliore pour tout le monde dans cette région où même les routes se détériorent.

« Nous devons travailler pour ramener la paix et la cohabitation pacifique entre les communautés Luba et Pygmées dans le Tanganyika. Les effets domino de ce conflit impactent négativement Pweto, Mitwaba surtout dans les chefferies Kyona Ngoie et Kyona nzini », insiste notre source du Réseau pour la réforme du secteur de sécurité.

Pweto, Pygmées
Scène du village de Pweto, à la frontière avec la Zambie, au Katanga, 2007. Source: Myriam Asmani, OCHA

Aux sources d’un conflit complexe 

A l’origine de la crise qui n’en a pas encore fini, les humanitaires avaient identifié un réveil des Twa, considérés parfois comme inférieurs aux Bantu. Mais d’autres circonstances y ont davantage concouru, d’après OCHA (le Bureau onusien de coordination des affaires humanitaires). D’abord un discours d’autonomisation des peuples autochtones véhiculé par une ONG. Il avait été vraisemblablement mal transmis ou mal reçu.

Les concernés, les Twa, avaient alors imaginé s’organiser à la manière des Bantu, avec des villages et territoires à gouverner par eux en tant qu’autochtones. Or, les espaces concernés étaient déjà sous le contrôle de Bantu, faisait remarquer, en 2015, Juvenal Kitungwa qui était alors ministre de l’intérieur du Katanga.

Il y a aussi l’évasion du chef de guerre Gédéon Kyungu Mutanga, de la prison de Kasapa à Lubumbashi. C’était peu avant la présidentielle de 2011. Il s’était installé à nouveau dans le Nord du Katanga. Région où il avait auparavant établi son quartier général. L’insécurité avait alors repris dans la région.

L’armée traque les miliciens 

Entre les affrontements Pygmées- Baluba, et entre les milices de ces communautés et l’armée qui les traque ou traque les May-May de Gédéon, la région de trois territoires a sombré dans la violence. Jusqu’autour de 2014, seuls les humanitaires et des rares médias locaux essayaient d’alerter sur ce qui s’y passait.

D’abord plus intensément entre Pweto, Mitwaba et Manono, puis l’insécurité a gagné les territoires de Kalemie dans le Tanganyika et Malemba Nkulu, dans le Haut-Lomami. 

Ainsi dans l’ancien Katanga, démembré en 4 nouvelles provinces en 2015, seul le Lualaba n’a pas été fortement été touché. Mais la crise humanitaire l’a toutefois atteint, avec des déplacés internes arrivés à un moment autour de Bunkeya.

Déplacés internes, Pweto, Population africaine, Triangle de la mort
Déplacements cycliques des populations: d’anciens déplacés se déplacent à nouveau dans le territoire de Pweto. Source: OCHA.

En tout, le Tanganyika, le Haut-Katanga et le Haut-Lomami font encore face à une insécurité qui n’en finit pas en 2019. Même si, indiquent des sources humanitaires, les violences ont baissé d’intensité depuis la nouvelle reddition de Gédéon Kyungu Mutanga en 2017. 

Les paysans continuent de fuir leurs villages dans l’ex-triangle de la mort

Certains des lieutenants de ce chef de guerre n’ont pas, en effet, suivi sa voie. Ils ont continué leur arrivisme dans le triangle de la mort, étendu à d’autres territoires de l’ancien Katanga. Compte aussi parmi les causes de la situation instable qui prévaut aujourd’hui, le conflit communautaire entre Pygmées et Baluba. Il a toutefois lui aussi baissé d’intensité. Le territoire de Kalemie, dans le Tanganyika compte à ce jour le plus de déplacés réunis dans des sites encadrés par des humanitaires.

Fin juillet 2019, l’OIM a enregistré dans les sites de déplacés de Kalemie, environ 2.500 nouveaux déplacés arrivés en juin. Ces personnes ont intégré les sites de Kalonda et de Kikumbe qui abritaient plus de 22.635 déplacés, indique OCHA. Ils avaient fui l’’insécurité sur l’axe Kalemie-Nyemba.

Dans le Territoire de Nyunzu, par ailleurs, ce sont 1.750 autres personnes qui ont fui, en début du mois d’août, l’activisme des milices et les offensives militaires, dans la zone comprise entre les localités de Kalima et Kahendwa, au Nord-est du territoire. « Le Nord-Est de Nyunzu est une zone minière, attirant souvent la convoitise de plusieurs milices et groupes armés », explique en outre Ocha. Des creuseurs artisanaux y exploitent coltan, cassitérite et or.

Le triangle de la mort aujourd’hui dans la mémoire

En août, indiquait le Réseau pour la réforme du secteur de sécurité, deux chefs des milices May-May ont annoncé leur intention de déposer les armes. Les négociations seraient encore en cours. Il s’agit de Simona, autoproclamé général. Il fait main basse sur Butumba à Lwenyi, dans le territoire de Malemba Nkulu. De Butumba il attaquait, il y a peu, des localités des territoires de Mitwaba et de Manono. L’autre, général lui aussi, est nommé Kilolo. Il a établi son quartier général à Katendeshi dans le territoire de Pweto. 

S’ils déposaient les armes, ces chefs des May-May donneront peut-être une chance au retour au calme dans cette région aujourd’hui appauvrie. 

Elle a connu la faim, les épidémies de choléra et de rougeole, et surtout, cherche des voies pour sortir des têtes de nombreux déplacés, les affres de la période du redouté triangle de la mort Katangais.

Didier Makal

Rejoignez notre Newsletter!

Vous aimez les articles de Congo Durable? Inscrivez-vous dans la newsletter!

You may also read!

Politiciens à surveiller : Kabund, Kabuya, Mwilanya, Shadary

Dans les tensions actuelles en RDC, 4 politiciens brillent par des déclarations possiblement inflammables. Ils ne semblent pourtant pas

Lire plus...

Casser et brûler, étonnante citoyenneté congolaise

A Lubumbashi, à Kinshasa ou encore à Goma, beaucoup de Congolais ont une étonnante facilité à casser et brûler.

Lire plus...
Marie Tumba, Célestin Tunda

Tunda Yakasende usurpe les fonctions de Marie Tumba à Kampala

Un acte ne passe pas inaperçu, et suscite depuis le week-end dernier, l’indignation à Kinshasa. Lors de la visite

Lire plus...

Mobile Sliding Menu

Designed by SoftProviders