Rêves et urgences dans le programme du gouvernement Ilunkamba

In Politique
Gouvernement Ilunkamba

L’assemblée nationale congolaise a investi le gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, vendredi 6 septembre, dans un climat particulier. L’opposition n’a pas participé au vote. Autrement dit, la coalition majoritaire au parlement, le FCC agrandi par le CACH, a compté sur son avantage numérique. C’est l’acte 1 d’une législature qui risque de connaître des divergences plus prononcées.

L’opposition qui a bronché, et refusé même d’investir le gouvernement Ilunkamba, n’a rien changé à la donne. Forte de plus de 370 membres, la coalition gouvernementale FCC-CACH, a investi l’équipe attendue depuis 7 mois.

Des urgences pour le gouvernement Ilunkamba

En toute logique, tout semble urgent pour le nouveau gouvernement. D’autant plus que dans ce Congo où la politique supplante l’admiration publique, l’action publique est réduite aux affaires courantes depuis la convocation du corps électoral au dernier trimestre de 2018. C’était en vue des législatives et de la présidentielle qui ont donné le nouveau parlement et le président Félix Tshisekedi.

Le premier ministre Sylvestre Ilunga, qui porte désormais la responsabilité de bâtir ponts, écoles, hôpitaux, ne rêve pas du tout. Curieusement, et tout en restant visiblement debout sur ses deux pieds, il s’applique à faire rêver. « Le programme qui vous a été décliné n’est pas parfait, a-t-il admis devant les députés. Il a au moins l’ambition de faire renaître, dans le cœur de chaque congolaise, une nouvelle conscience et une nouvelle espérance ».

L’idée, tout en se révélant attirante, renvoie à de nombreux discours de Joseph Kabila. La formule « une nouvelle conscience et une nouvelle espérance » renvoie, en effet, à une autre connue. Il s’agit de « La nouvelle citoyenneté » censée faire des Congolais nouveaux, sous Joseph Kabila. Les gouvernements successifs avaient alors choisi des bons parleurs, sinon des tribuns, pour porter cette vision : Emile Bongeli, puis Lambert Mende.

Insécurité persistante en RDC

La force, dans tous les cas, semble résider dans la capacité à permettre la population d’espérer. Il faut recréer de l’espoir perdu parmi de nombreux Congolais de plus en plus sceptiques quant aux chances pour la RDC de décoller économiquement et d’en finir avec ses maux. C’est en raison des promesses non tenues au cours des deux dernières décennies où pourtant l’espoir du retour d’un Congo grand avait semblé prendre il y a plus d’une décennie. Notamment à la suite de l’installation des institutions élues en 2006, les premières de l’histoire de cette ancienne colonie belge.Félix Tshisekedi

Or, les violences persistent, particulièrement dans les Nord de l’ancien Katanga, dans le Sud-Kivu, dans le Nord-Kivu et dans l’Ituri. En 2016, le Kasaï longtemps resté une oasis de paix a lui aussi plongé dans les violences. Un gouvernement de « rupture » ou de changement comme le promettent le président Félix Tshisekedi et son premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, a ainsi l’obligation de rassurer que le pays va dans la direction attendue par plusieurs.

« Je ne crois pas en la capacité d’un seul homme à changer le destin d’une nation, a déclaré le premier ministre devant les député. Je crois, en revanche, en la force que peut engendrer une union des cœurs et des esprits. Rien de tout ce qui vient d’être dit n’est possible sans une union sacrée de la nation. Il faut impérativement que les uns et les autres puissent comprendre que l’heure est venue pour que nous puissions mentalement quitter le passé et rejoindre le présent afin d’ouvrir ensemble l’avenir ».

Redonner de l’espérance, ou redonner du rêve aux Congolais ?

Ilunkamba, parle alors de redonner de « l’espérance » aux Congolais, et glisse sur la piste religieuse. Plus qu’un espoir, l’espérance est plutôt a la particularité de renvoyer à la foi religieuse. Ceux qui espèrent attendent, comme dans la foi, le bonheur promis. En le disant ainsi, le premier ministre ne rêve pas, mais il essaie d’appâter le public.

Certains projets, l’a-t-il avoué devant les députés, dépassent le cadre des priorités. Ils sont des urgences. C’est en cela que réside la particularité du nouveau gouvernement : des membres pour plusieurs nouveaux dans le gouvernement, et un président qui promet le changement. Mais pas vraiment pour autant, le programme que ce gouvernement s’apprête à mettre en œuvre. Beaucoup d’idées renvoient à la période de Joseph Kabila.

Peut-être parce qu’elles restent d’actualité : sécurité, emplois, réconciliation nationale. Lutter contre la corruption et « les crimes économiques », par exemple, exige beaucoup de courage pour le nouvel exécutif.

Comment faire émerger une classe moyenne ?

D’autant plus qu’au même moment, des proches du président sont éclaboussés par une histoire de disparition de 15 millions de dollars du trésor. Pareil aussi en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et la marginalisation sociale. Cette lutte, définie sous Matata comme prioritaire, « le social de la population » d’après l’appellation consacrée, semble aujourd’hui des plus demandées.

Farine de maïs, Prix de maïs
Des sacs de farine de maïs devant une alimentation à Lubumbashi. Photo Didier Makal

A propos de l’émergence d’une classe moyenne au Congo, analyse Urbain Ngoy Sangwa de Lubumbashi, « c’est devenu un slogan. Tout gouvernement qui passe, le souci est de promouvoir la classe moyenne, mais on n’y arrive pas. » Que faut-il faire enfin pour y parvenir ? Que peut faire Ilunkamba ?

L’analyste propose d’améliorer le climat des affaires qui aura pour effet la création des emplois et l’amélioration des salaires. Il propose alors d’améliorer le système fiscal congolais : (tout le monde a peur de se lancer dans l’investissement parce qu’il y a toute une litanie de taxes qui vont l’entourer. Et à ce moment-là, il ne faut pas investir », explique Urbain Ngoy Sangwa.

Ilunkamba, en effet, vient du FCC de Joseph Kabila, et a surpris la veille de la publication de son gouvernement par une annonce. Il devait voir le chef de sa plate-forme après avoir vu le président en exercice. Cela a sans doute suscité des commentaires sur sa relation avec le nouveau président. Mais, on sait que le FCC tient le gouvernement pour avoir gagné plus de siège au parlement. Félix Tshisekedi a ainsi dû naturellement négocier le maintien de certains postes ministériels clés.

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