Pénuries de farine de maïs, ou manger par intermittence à Lubumbashi

In Congo profond
Farine de maïs

Depuis 3 semaines, la province du Haut-Katanga connaît une pénurie de farine de maïs remarquable. A Lubumbashi, chef-lieu de la province, le prix du sac de 25 kg a facilement atteint les 50.000 Francs congolais (30 USD). Contre seulement 22.000 Francs congolais, soit 13,3 dollars avant. Pour une population majoritairement pauvre, cette situation est très éprouvante.

Très vite, cette nouvelle hausse des prix de farine de maïs, aliment de base pour la majeure partie de Lubumbashi, a fait monter d’un cran la tension sociale.

Plus de réserve de farine de maïs à Lubumbashi

Assise sur une chaise à palabre vétuste, Chancelle Mwenga, montre pitoyablement ce qu’il lui reste comme réserve de farine. Le sac est presque vide et ne peut pas couvrir le besoin de la journée, pour une famille de 7 personnes.

Pour cette quadragénaire aux cheveux noirs retenus par un nœud sur la nuque, c’est une période d’incertitude qui s’amorce. « Comme la farine est presque épuisée, nous allons insuffisamment manger aujourd’hui. Et demain, nous ne savons pas… », se plaint-elle. Comme elle, beaucoup d’habitants du quartier Camp Scout, l’un des plus défavorisé de Lubumbashi, ont commencé leur dure épreuve.

Farine de maïs, Prix de maïs
Des sacs de farine de maïs devant une alimentation à Lubumbashi. Photo Didier Makal

Une inquiétude justifiée d’autant plus que depuis la montée du prix de farine, elle n’a jamais eu le l’opportunité de s’acheter un sac entier de farine. « Par manque d’argent pour un sac de farine, j’avais acheté 4 mesures de graine de maïs. Elles m’ont valu 2.700 Francs congolais chacune. Je les avais amené au moulin où  j’ai dû payer 300 FC la mesure. C’est donc cette quantité qui me reste », conclut la mère.

Se débrouiller, chacun a sa méthode

Désormais, la famille de Chancelle Mwange mangera par intermittence, au gré des possibilités de s’offrir du maïs. Le petit commerce informel qu’elle tient dans sa parcelle, saura peut-être secourir. Pourvu que des acheteurs arrivent. Sur son étalage, quelques sachets de braise et du combustible pour les foyers à charbon de bois : du bois de sapin découpé en petits morceaux. Un petit tas pour 100 Francs.

Difficile dans ces conditions de manger deux fois le jour. « Nous mangeons à 18 heures, le soir. Donc une fois le jour, parfois pour juste apaiser la faim » explique Chancelle. En attendant le grand rendez-vous du soir, ses 5 enfants, pâles de faim, se désennuient paresseusement sur une natte en pleine cour. Leur papa « se débrouille à Kolwezi », chef-lieu du Lualaba, un peu plus au Nord-Ouest de Lubumbashi dans la province voisine.

Se parer pour masquer la faim

A près de 10 km du quartier Camp Scout, à Kilobelobe plus à l’Est de Lubumbashi, beaucoup vivent la même situation. Seulement, ici, les gens masquent leur faim en soignant leur mine. Par de beaux habits, par exemple.

« Nous mangeons du bukari (le foufou, une pâte obtenue à partir de la farine de maïs ou de manioc, Ndlr) une fois le jour. Mais nous n’allons pas donner l’impression d’être en deuil », s’amuse une jeune mère. D’où, conclut la femme, « nous soignons notre mine, pour rester belles ». Avant de finir par cette question, ironique : « est-ce que les autorités savent qu’il y a hausse du prix de farine? »

Au cours de la dernière semaine, le gouverneur Jacques Kyabula a conduit une mission de sauvetage en Zambie voisine. Il est parti chercher du maïs en vue de renflouer les marchés de la province. En même temps, jusqu’à samedi dernier, une table-ronde sur l’agriculture avait la mission de réfléchir sur des solutions durables à cette crise qui dure depuis des décennies.

800 000 tonnes de farine, plus de faim

Malgré des forums agricoles organisés en RDC, et au Haut-Katanga en particulier toutefois, la situation alimentaire n’a guère changé. Elle devient par contre préoccupante chaque année qui passe. Le Haut-Katanga, comme le Congo d’ailleurs, regorge pourtant des millions d’hectares de terres arables.Des projets visant à mettre fin à l’insécurité alimentaire ont plusieurs fois émergé les deux dernières décennies, à l’initiative du gouvernement. Mais pour la plupart, ils n’ont pas dépassé le stade de conception, parfois de simples intentions. Les rares qui sont matérialisés n’arrivent pas à couvrir la consommation locale et relèvent des initiatives privées.

Lors d’une interview à Congo Durable, Lucien Kimuni, professeur en agronomie à l’Université de Lubumbashi, expliquait en 2018 que les besoins en farine de maïs s’élevaient à 800.000 tonnes l’an. Rien que pour le Haut-Katanga. Cet ancien directeur de cabinet du ministre de l’agriculture Emile Mota (jusqu’en 2017), indiquait aussi que la production locale n’atteindrait à peine que 200.000 tonnes. Ce gap de 600.000 tonnes est couvert par les importations.

Des importations zambiennes presque chaque année interrompues

Ces importations, majoritairement de la Zambie, connaissent pourtant chaque année leur faible niveau de couverture de ce manque. C’est souvent en lien avec la fermeture, lorsque les stocks destinés aux importations ont baissé, et qu’à la base, approchent de nouvelles saisons de semailles.

Par conséquent, cette dépendance affame les Haut-Katangais parfois avec des pics. Comme En 2017, un sac de farine se négocie aujourd’hui à 50.000 FC. Pour résoudre ce problème, les autorités de l’époque avaient parcouru l’Afrique australe, jusqu’en Afrique du Sud, à la recherche de la farine de maïs. En même temps dans la province, naissait l’idée des villages agricoles, financés et fort médiatisés par le gouverneur Jean-Claude Kazembe. La suite n’est pas connue aujourd’hui. Les villages agricoles ont fait long feu.

Willy Mbuyu

Rejoignez notre Newsletter!

Vous aimez les articles de Congo Durable? Inscrivez-vous dans la newsletter!

You may also read!

Lubumbashi, toilettes

On adore les fréquenter, pas soigner les toilettes à Lubumbashi

Les humains passeraient un quart de leur vie dans une toilette. Et faisant partie de l'hygiène des familles et

Lire plus...
Lifebuoy, Hyper Psaro

[Sponsorisé] Mains propres pour tous avec Lifebuoy

A l’occasion de la journée de lavage des mains, le 15 octobre 2019, la société Hyper Psaro, de Lubumbashi,

Lire plus...
Sommet Infrastructure

​Des prix Nobel de la paix pour les africains sans la paix en Afrique

D'aucuns pensent que les prix Nobel de la paix attribués aux africains portent un goût amer. Inconcevable pour eux

Lire plus...

Mobile Sliding Menu

Designed by SoftProviders