Les semences qu’il faut aux perturbations des pluies à Lubumbashi

In Congo profond
Semences de maïs

Aux temps qui changent, des techniques agricoles adaptées. C’est notamment trouver des semences et le temps nécessaires aux perturbations du cycle des pluies. Question aujourd’hui importante dans un Katanga en pénurie de maïs, elle n’apparaît pourtant pas encore comme une urgence.

Cultiver? La solution semble connue de tous. Pourtant dans les faits, même en cultivant, il n’y a pas assez d’assurances que pouvoir faire assez de résultats. Puisqu’il faut aux changements climatiques en cours, les semences qui s’y adaptent.

Nourrir entre plus de 2,5 millions de personnes qui vivent à Lubumbashi, ville particulièrement frappée par des pénuries récurrentes de maïs, demeure un grand défi. Cela dure maintenant environ 3 décennies. La ville, ainsi que la majeure partie du Sud-Est de la RDC (le Katanga), dépendent des importations du maïs ou la farine.

Le Haut-Katanga a faim

Cette céréale est pourtant l’aliment le plus consommé par la majorité des populations. Mais sa production locale ne suffit. Le Haut-Katanga, la région la plus au Sud du Katanga, ne produit à peine que 200.000 tonnes de maïs sur les 800.000 dont elle a besoin.

Semences de maïs
Des semences de maïs améliorées. Exposition à un atelier sur l’agriculture de la FAO et l’Université de Lubumbashi. Photo Didier Makal. 2019

Pour cause, longtemps, les administrations publiques successives ont trop misé sur l’exploitation du cobalt et du cuivre.

Minerais richement contenus dans le sous-sol de la région. Le manque est couvert par les importations, ce qui n’épargne pas la province des pénuries. Et c’est le cas depuis pratiquement juillet 2019.

Lire : Haut-Katanga : la crise de maïs s’invite à la session parlementaire de septembre

Mais à cause d’autres facteurs, comme la dégradation des sols à la suite notamment de la déforestation, la culture du maïs semble peu rentable ou plutôt moins gratifiante.

Il fait plus chaud, plusieurs mois l’année à Lubumbashi. Les pluies importantes, concentrées sur la période allant de décembre à mars, perturbent aussi les calendriers agricoles.

Changements climatiques, mais quoi précisément autour de Lubumbashi ?

Pour Adrien Mutombo, agronome et environnementaliste de la commission catholique Justice et paix, il y a changements climatiques notables. Il en veut pour preuve, les perturbations des cycles de pluies ainsi que l’augmentation des chaleurs.

« Tantôt, c’est au mois d’octobre qu’il pleut, tantôt c’est fin novembre. Et quand elle tombe, vous l’avez par exemple chaque jour des fortes pluies le premier mois. Le mois suivant, il n’y en a presque pas : ce sont des pluies isolées. Et cela perturbe la production au niveau des agriculteurs. Ils ne maîtrisent plus le calendrier agricole », explique Adrien Mutombo.

Ces perturbations climatiques compliquent surtout le rendement de certaines cultures comme le maïs. Une culture fortement dépendante de la météo de la région.

Maïs

Puisque, faute de système d’irrigation, elle reste entièrement saisonnière. Et dans la perspective des perturbations des pluies, les mauvaises productions sont courantes dans les fermes et villages du Haut-Katanga.

« Il faut trouver des variétés adaptées à ce phénomène », considère dès lors Adrien Mutombo. Du maïs qui murisse sur une courte période où les pluies sont disponibles. Mais encore, faudra-t-il qu’elles s’adaptent à des pluies excessives, ou encore à des sécheresses inattendues au cours de la saison.

« Les variétés de maïs ordinaires demandent 120 jours pour arriver à maturité, explique-t-il. Si ce sont ces mêmes variétés qui continuent à être utilisées par les agriculteurs, inévitablement les récoltes poseront problème ».

Des amendements du sol très onéreux pour les petits agriculteurs

Puisqu’aujourd’hui, les pluies tendent à se concentrer sur 90 jours, soit un mois de moins, explique l’agronome. Même si toutefois, assurent les chercheurs en géographie de l’Institut supérieur de Lubumbashi, le volume de pluies reste constant depuis la décennie 70.

« Les engrais sont difficiles pour les petits agriculteurs, explique Joseph Kalenga membre de l’association des Agriculteurs sans frontières (ASF). Quelqu’un peut semer. Mais pour réaliser le premier dosage, puis le deuxième dosage afin de mieux récolter, c’est pratiquement difficile, explique-t-il, visage renfrogné.

Terres, agriculture, Maïs
Un champ de maïs à Lubumbashi. Photo Didier Makal, 2017.

Le défi pour ces agriculteurs consiste ainsi à s’offrir ces semences à ce jour importées notamment de la Zambie. Même si visiblement, leurs concepteurs n’ont pas misé assez sur les contraintes du Haut-Katanga, région plus au Nord de ce pays d’Afrique australe. « Il faut des semences améliorées, adaptées aux changements climatiques », dès lors, considère aussi Joseph Kalenga.

Les petits agriculteurs, comme le font les membres de l’ASF, sont pourtant déjà plus fragiles. Economiquement. Ajouter aux changements de contexte agricole des charges financières, sans crédit, il reste aussi d’évoluer vers une production industrielle.

Or, des faibles productions ne font pas qu’affamer le Haut-Katanga. Elle a aussi « des répercutions sur la pauvreté, explique Adrien Mutombo. Puisque, moins la production est grande, plus on devient pauvre parce qu’on ne sait plus faire des revenus permettant de nouer les deux bouts du mois ».

D’autres cultures, le manioc, très consommé aussi surout en milieu rural, sont dans la même situation. Elles dépendent des pluies, et lorsque celles-ci changent drastiquement, la faim frappe à plusieurs portes. Tomates, agrumes, bananes, … tous ces produits de champs demandent aussi de nouvelles variétés qui puissent s’adapter aux changements en cours.

Réduire progressivement les importations

Pour ces raisons, des semences améliorées, à courte période de maturation, devrait permettre d’assurer la productivité. Avec à la clé, surtout, la réduction la dépendance des importations et le niveau de pauvreté. Puisqu’il faut pour plusieurs, débourser plus de 30 USD (depuis août-septembre), pour s’acheter 25kg de farine de maïs devenue rare.

En septembre 2019, les autorités du Haut-Katanga ont organisé une table-ronde agricole à Lubumbashi. Dans un contexte dominé par des pénuries de maïs, l’urgence consiste à produire sur 2 à trois ans, selon les conclusions de ces travaux, 10% du volume des productions qui manquent à la province.

A moyen terme, ces productions locales devraient augmenter jusqu’à possiblement ne plus importer cette céréale.

Le moment semble propice, désormais, à ce qui s’apparente à une « renaissance agricole ». Puisqu’au même moment que le Haut-Katanga, dans le Lualaba voisin, les autorités provinciales viennent de lancer leur saison agricole.

Là encore, promis par le gouvernent national à Kinshasa une semaine après les assises de Lubumbashi : l’Etat promet d’augmenter les productions locales.

Didier Makal

Rejoignez notre Newsletter!

Vous aimez les articles de Congo Durable? Inscrivez-vous dans la newsletter!

You may also read!

Lubumbashi, toilettes

On adore les fréquenter, pas soigner les toilettes à Lubumbashi

Les humains passeraient un quart de leur vie dans une toilette. Et faisant partie de l'hygiène des familles et

Lire plus...
Lifebuoy, Hyper Psaro

[Sponsorisé] Mains propres pour tous avec Lifebuoy

A l’occasion de la journée de lavage des mains, le 15 octobre 2019, la société Hyper Psaro, de Lubumbashi,

Lire plus...
Sommet Infrastructure

​Des prix Nobel de la paix pour les africains sans la paix en Afrique

D'aucuns pensent que les prix Nobel de la paix attribués aux africains portent un goût amer. Inconcevable pour eux

Lire plus...

Leave a reply:

Your email address will not be published.

Mobile Sliding Menu

Designed by SoftProviders