Le maïs, une céréale si politique à Lubumbashi

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Maïs

Le maïs. Voilà une céréale politique au Congo. Plus précisément dans le Sud-Est du pays, région ordinairement propice à l’agriculture. Pourtant, la faim la hante, plus honteusement, depuis pratiquement le début de la décennie 1990. Voire un peu plus avant.

Dans cette région agricole, forcée par la politique à un destin minier, manger à sa faim a cessé d’être un droit. Pour devenir, au fil des événements politiques, une chance.

Lire : « Haut-Katanga : la crise de maïs s’invite à la session parlementaire de septembre »

A Lubumbashi, par exemple, les gens sortent chaque jour, pour se « débrouiller », chercher « kambeketi », une mesurette de farine. Farine de manioc, mais aussi et surtout à travers des années, farine de maïs.

La chute de la Gécamines, puis la faim des masses ?

En 1990, l’infrastructure économique, reposant essentiellement sur l’exploitation et la commercialisation du cuivre et du cobalt du Katanga, s’effondre progressivement. 

Il faut une crise politique, marquée par la contestation de la dictature du maréchal Mobutu qui dure depuis 1965, pour qu’à une économie mal en point, s’ajoute une crise sociale profonde.

La Gécamines, société publique de cuivre et de cobalt, qui produit aussi assez d’aliments ne sait plus rien garantir à ses employés comme avant. Plus assez de cantine, puis plus rien même. Plus de transport pour écoliers, pour enfants des employés et cadres de la société vers l’école.

Cheminée de la Gécamines, Cobalt
La cheminée de la Gécamines, aux Usines de Lubumbashi, à l’arrêt depuis la fin des années 1990. Photo Didier Makal, 2015.

Dans la cité, la crise qui a commencé plus tôt chez les non salariés s’aiguise. Mobutu vient de décider de la démocratie au Zaïre. En quelque sorte, il consent à ne plus demeurer l’alpha et l’omega du pays. Beaucoup de leaders semblent trop intéressés par la politique, et oublient de vite dépolitiser le reste.

Le « vimba », et la descente d’un pied destale 

Ce reste, c’est notamment le ventre des populations qui ont faim. Bientôt il n’y a plus de maïs, et la crise frappe fort. 

Même l’unique repas du jour devenu célèbre vient à manquer. Les Lushois, habitants de Lubumbashi habitués à manger du maïs céréale encore vue comme un luxe, —comparé au manioc traditionnel—, se ruent jusque sur la farine des écorces et les sons de manioc. 

Du bukari tout blanc, ou tout jaune, le célèbre kakontwe Katangais, … les gens consomment une variante noirâtre, jadis répugnante, regardée comme repas des derniers de la société. C’est le fameux « le vimba ». La pâte gongle lorsqu’on cuisine. Mais, c’est vide (gonflée comme avec du lévin), moins consistante donc.

Le maïs, explique un historien de Lubumbashi, arrive dans le Katanga avec la vague de mineurs recrutés en Rhodésie du Nord, et même du Sud: actuels Zambie et Zimbabwe. Ils mangent le maïs, et apportent cette habitude alimentaire au Congo belge.

Au fil des années, le maïs gagne les coeurs des Katangais. Mais il manque de plus en plus, maintenant que le Zaïre fortement centralisé et personnifié chancelle, puis tombe en 1997, à l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila.

Manger à sa faim, ça remonte à quand déjà?

L’historien se souvient encore que très rapidement, les gens peuvent à nouveau manger à suffisance. Jusqu’en 2001, à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila qui bloque des projets agricoles. Notamment le célèbre Service national Kanyama Kasese, dans l’actuelle province du Haut-Lomami.

Farine de maïs
Une vendeuse de farine de maïs dans un marché de Lubumbashi. Source: Auguy Kasongo

Le nouveau pouvoir s’applique à pacifier le pays, menacé d’implosion. Le niveau de la faim ne s’améliorant guère, et les violences armées persistant, la RDC compte jusqu’à 13 millions de personnes en situation de malnutrition selon l’ONU. En 2018. 

Dans le Katanga, depuis pratiquement 2008, Lubumbashi connaît régulièrement des pénuries de maïs. Le Haut-Katanga, par exemple, ne produit à peine que 25% de tonnes maïs dont il a besoin. Le reste, 600.000t, viennent des importations de l’Afrique australe, de la Zambie principalement.

Or, ce pays bloque régulièrement des sorties de ses greniers, chaque fois qu’il fait ménage ou prépare une nouvelle saison cultirale. C’est le cas en 2018 et en 2019 où 25kg de farine sont passés, au plus fort de la pénurie à Lubumbashi, du simple au triple. Jusqu’à 50.000 Francs congolais, soit plus de 30 USD.

Le maïs politique, ou quand la faim affole 

En 2017-2018, la pénurie avait même été présentée par certains politiciens congolais comme relevant d’une machination contre l’Etat, un sabotage par un opposant politique. Moïse Katumbi qui était alors en exil, et passait pour le mal aimé des opposants au régime du président Joseph Kabila, appelé à quitter le pouvoir à défaut d’organiser des élections pluralistes, transparentes et dans les délais.

On le donnait comme négociant le blocage de vente de maïs au Congo. La réalité semble s’imposer à renouveau, aujourd’hui. La crise de maïs persiste, dans les mêmes conditions depuis 2016. 

S’il est une céréale politique, le maïs, c’est parce que les politiques en ont décidé ainsi. Chaque gouvernement qui s’installe, depuis 2006 en effet, déclare l’agriculture « priorité des priorités ».

Farine de maïs, Prix de maïs
Des sacs de farine de maïs devant une alimentation à Lubumbashi. Photo Didier Makal

Mais à sa sortie, on est surpris chaque fois de constater que de nouveaux ministres courent en Zambie, notamment, supplier de vendre au Congo le surplus de leurs réserves. Afin que n’éclatent les émeutes de faim, potentiellement aussi dévastatrices que les violences armées qui secouent le Congo.

Être Congolais, c’est devenu être croyant ?

Chaque année, la population qui a faim est appelée à attendre, à espérer. Comme si être Congolais était pareil à se faire baptiser, à croire au retour du Christ dont la parousie est chaque jour annoncée pour bientôt. Voici 2000 ans!

Un ami aime à dire : j’attends toujours la farine de maïs promise en 1991, en pleine crise de « le vimba », par Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Cette année-là, alors que la famine frappait de pleins fouets Lubumbashi, le gouverneur du Shaba qu’il était, Kyungu invitait ses compatriotes à effectuer le lavement de leurs estomacs.

Parce qu’ils allaient « Bientôt » manger à satiété. « Ceux qui avaient osé le faire, s’amuse l’ami, en avaient eu pour leur compte ». Puisqu’ils avaient vidé leurs ventres de toutes réserves d’énergie.

Voilà où en est encore le Congo, après les promesses de Jean-Lucien Busa qui vient de signer un accord de vente de maïs avec la Zambie, pour nourrir Lubumbashi.

La réalité est pourtant claire : qui donne son maïs aux Lushois, ceux-ci en tombent amoureux facilement. N’est-ce pas que ventre affamé n’écoute pas de promesses?

La solution est pourtant simple : sérieusement cultiver. Investir dans le secteur. Kwajiki (c’est tout).

Didier Makal

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