Bakata Katanga : qui sont-ils vraiment?

In Congo profond
Identité Katangaise, Katanga awards

Leurs tentatives d’entrer dans Lubumbashi les a sans doute rendus célèbres. Les « Bakata Katanga ». D’autant plus que, outre la panique qu’ils causent dans la ville, ils sont surmédiatisés.

En Kiluba, en Swahili ou dans d’autres langues katangaises proches, leur appellation courante veut dire « couper le Katanga ». Bakata  Katanga!

Voilà qui dit tout de l’ambition du mouvement parti d’un vent de résistance, d’autodéfense dans les violences armées à répétition en RDC. Du moins, dans ce que les gens ordinaires retiennent d’eux. Puisqu’au départ, il s’agit d’un mouvement d’autodéfense. Les May-May.

Trois moments importants méritent d’être mentionnés, si l’on veut saisir ce qu’est ce mouvement.

  • Laurent-Désiré Kabila arme les May-May

D’abord, en 1998, après la chute de Mobutu chassé par Laurent-Désiré Kabila, celui-ci fait face à une nébuleuse de rébellions. Les rebelles ont, pour la plus part, l’appui du Rwanda et de l’Ouganda.

A partir du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC, les groupes armés qui progressent vers le centre du pays atteignent le Nord du Katanga. Notamment les territoires de Pweto, Mitwaba et Manono, …

La région qui portera l’appellation « Triangle de la mort », en raison des violences qui s’y déroulent, organise alors une résistance. Le gouvernement lui donne des armes. Les May-May (écrit parfois Maï-maï, dans sa forme francisée), sont alors regardés comme des « patriotes ».

A la suite des accords de paix en 2003, après l’assassinat du président LD Kabila, le mouvement reste puisqu’à l’abandon. Toujours armé. Ses ténors ont majoritairement rejoint les institutions de transition.

  • Gédéon Kyungu Mutanga

Et c’est alors que l’activisme de Gédéon Kyungu Mutanga commence. Et désormais, il est dans le viseur des autorités. Il est décrit comme sans pitié, parfois même comme cannibale.

En 2006, il se rend à la mission de paix de l’ONU, l’actuelle Monusco. Trois ans plus tard, il est condamné à une réclusion à perpétuité, et écroué à la prison de Kasapa à Lubumbashi.

  • Évasion spectaculaire et nouvelles violence

Il se passe un calme dans le Nord du Katanga, région rural généralement pauvre, comparé au Sud riche en cuivre et cobalt.

Mais à l’approche de la présidentielle de 2011, Gédéon Kyungu sort de manière spectaculaire de la prison en pleine fin de matinée. Il franchit tous les postes de contrôle à plusieurs niveaux et rejoint son sanctuaire qui devient bientôt le « triangle de la mort ».

Lire aussi : Katanga : 2 miliciens proches de Gédéon Kyungu prêts pour la reddition

Jusqu’à sa dernière reddition en 2016, avec 150 miliciens, l’activisme de son mouvement doublé des conflits entre Pygmées et Baluba, a occasionné les déplacements d’un demi million de personnes.

Aussi, depuis 2008, ses miliciens ont tenté plusieurs incursions dans Lubumbashi. Tantôt pour prendre l’aéroport de la ville, tantôt s’emprennant aux insignes de l’Etat.

Une lutte politique

Mais depuis sa reddition, il a fondé un parti politique, MIRA. Il a même apporté son soutien à Joseph Kabila qui a, par ailleurs, renoncé à des poursuites judiciaires. Au nom de la paix, et sans doute au grand dam des ONG et de l’ONU qui veulent qu’il soit jugé.

L’ancien chef de guerre vit quasiment en résidence surveillée. Même s’il reçoit, y compris des médias.

Le 11 octobre 2019, c’était l’anniversaire de son parti. Gédéon envisageait tenir un meeting pour justement parler de sa lutte politique, selon son porte-parole Thierry Mukelekele.

Mais à cause des possibles infiltrations rapportées aux services de sécurité et au parti, explique ce porte-parole, l’anniversaire a plutôt été célébré « dans la méditation ».

Pour lui, les militants restés dans le Nord de l’ancien Katanga (décembré en 2015), rencontrent la résistance des politiciens qui refusent voir s’arrêter les violences dans la région.

Couper le Katanga

On se souvient surtout qu’en 2013, les May-may qui ont formulé des revendications plus politiques, l’indépendance du Katanga de la RDC, avaient même réussi à hisser le drapeau du Katanga sécessionniste Place de la poste au centre-ville de Lubumbashi.

Ce jour-là, pourtant, ils partaient à la Monusco pour leur reddition, avait annoncé le gouverneur Moïse Katumbi. 245 miliciens avaient rendu leurs armes, par toutefois.

C’est à ce niveau, -quête d’autonomie sur fond de frustrations socioéconomiques-, que les « Kata » se différencient des autres May-may connus dans tout Est du Congo. Plusieurs, en effet, restent souvent sur les revendications de protection de leurs communautés.

Sur ce point exactement, des Congolais soupçonnent des manipulations politiques. Et à propos, des rapports et mémorandums de la société civile ont pointé la responsabilité des hauts placés dans armée et dans les institutions de la République.

Didier Makal

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