[Edito] Grogne des enseignants: Sommes-nous une nation ?

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Ecoles publiques, Elèves

Ils auraient, depuis environ 3 décennies, l’habitude de « toucher » jusqu’à 800$ le mois. Le cumul du salaire de l’État congolais et de la prime mensuelle de motivation par les parents. Passer, ex abrupto, à la fin des célèbres FIP (frais d’intervention ponctuelle [aujourd’hui voulus éternels]), choque sans doute. Et la grogne des enseignants s’amplifie alors, opposés aux conséquences de la gratuité de l’enseignement de base.

Mais, difficile de saisir par la raison, en pensant à l’idée d’une nation pour les Congolais de tous les niveaux de la République, les logiques à l’oeuvre. En prenant surtout la grogne des enseignants de Tuendelee, Imara et autres écoles de Lubumbashi et d’ailleurs en RDC.

Le prix d’une école prima­ire gratuite pour l’enseignant

D’un côté, le Congo assiste à des refus catégories de tout changement. Depuis que le président Félix Tshisekedi a déclaré l’école primaire gratuite, intégralement. Et de l’autre, on constate que finalement personne ne veut consentir des sacrifices. Et c’est le drame congolais.

Car en effet, pour l’enseignant de Tuendelee ou de Imara (écoles publiques de Lubumbashi), la fin des FIP équivaut à la fin de tout confort.

Lire : Gratuité de l’enseignement primaire : Félix Tshisekedi réussira-t-il?

C’est d’autant plus stressant que celui qui avait ses 300$ le mois et ses 400 ou 500$ de motivation par les parents, avoisinait les 800$. De quoi vivre plus ou moins décemment, et peut-être oublier d’envier les politiciens.

Surtout quand ces politiciens, dont les dirigeants depuis l’ère Kabila, sont réputés consommer plus de 60% du budget national. Plus précisément, l’argent de l’État sert aux salaires des parlementaires, des ministres et de nombreux membres de leurs cabinets.

Éventuellement, naturellement normal (et c’est cela qui surprend), les nouveaux parlementaires ont clair et net refusé de réduire leurs émoluments. L’idée d’un député de l’opposition n’a même pas eu la chance de parvenir formellement au gouvernement.

Salaires injustes, la grogne des enseignants, et de qui?

Il n’y a pourtant pas de commune mesure entre les salaires des parlementaires ou des ministres, environ 6.000$ pour les premiers) et les pauvres types comme les soldats et les autres salariés de l’État.

Il est dès lors naturel que l’enseignant d’une école dont le revenu doit baisser trois fois d’un jour au lendemain se taise. Il proteste au contraire. Mais pour quelles alternatives?

Puisqu’on ne devrait s’accrocher à ses avantages tirés d’un système anormal, injuste, pour asphyxier nombre des parents d’élèves plus pauvres que l’enseignant ordinaire.

Un peu d’éthique de l’éducation

Cet enseignant, en effet, n’est pas le plus infortuné de tout le système éducatif congolais. Dans la même ville que Tuendelee et Imara, beaucoup d’écoles ne peuvent avoisiner les 300$ le mois de revenus des FIP.

Ces écoles centrales, dans la peau de premières victimes des changements en cours, profitent surtout des effectifs d’élèves. Elles inscrivent parfois plus d’élèves qu’elles n’ont de places. Parfois les places s’achètent, ou se négocient. En recourant notamment aux pressions politiques. Puisque ces écoles ont en plus la réputation d’être les meilleures.

Mais au fond, à y voir de près, il y a dans Tuendelee, Imara et ce genre d’écoles publiques à travers la RDC, plus de quête d’argent que de meilleure formation.

Parfois, l’étiquette fort vendeuse d’ « écoles conventionnées catholiques », n’est que de la poudre aux yeux. Puisque, entre-temps, d’autres écoles privées ont montré qu’elles peuvent offrir confort et enseignement de qualité. Les parents qui l’ont ainsi compris, ont cessé d’y courir à chaque rentrée des classes.

Disons-le clairement, en citant le professeur Kalaba Mutabisha, sociologue à l’Unilu : « la relation commerciale entre enseignant et apprenant est immorale ». Elle ne devrait pas avoir lieu dans un système sérieux.

Salaires décents et justes pour tous

Il reste, finalement, à dire ceci d’encore plus choquant. Qu’un enseignant, pour un même grade et un même travail, fût-il à Tuendelle, Imara ou à Boboto dans la capitale Kinshasa, exige plus pour lui sans se soucier des autres, est à nos yeux choquant.

Puisque pendant finalement que certains « touchaient » les 700 ou 800$, d’autres, dans la même ville, dans les mêmes conditions, n’approchaient même pas les 300$. Toutes rémunérations cumulées.

On devrait se poser cette question, finalement, sans oser sermonner quiconque : sommes-nous vraiment une nation? Sinon, pourquoi s’accrocher à des systèmes de rémunération injustes? Qu’il s’agisse des écoles prétendument centrales, des parlementaires ou des membres du gouvernement ou du personnel prétendument d’appoint!

Tout enseignant a le droit à un salaire juste et décent. Quel que soit le nombre d’élèves qu’il encadre, au départ. Quelles que soient la taille ou la configuration de son école. Tous les Congolais doivent faire des sacrifices, y compris au sommet de l’État. C’est ça aussi le changement.

Didier Makal

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