Casser et brûler, étonnante citoyenneté congolaise

In Congo profond

A Lubumbashi, à Kinshasa ou encore à Goma, beaucoup de Congolais ont une étonnante facilité à casser et brûler. Parfois, tout en prétendant venger leurs proches, ils causent plus de mal qu’ils ne faut.

Merci 12 novembre matin, la commune de Ruashi, plus à l’Est de Lubumbashi, a bouillonné de violences. Des habitants ont affronté les forces de sécurité qui voulaient amener le corps d’un militaire tué nuitamment.

La violence appelle la violence

Les manifestants ont alors cassé, détruit le bureau du quartier et une ancienne cantine de la Société des chemins de fer. Ils accusaient des soldats de l’armée d’avoir tué un jeune militaire rentré dans sa famille.

Cette commune a déjà fait face à pareille situation plusieurs fois depuis 2016. Cette année correspondant au début récent d’une résurgence de la criminalité dans la ville. Tantôt ce sont des vols, imputés aux forces de l’ordre avec des meurtres.

Tantôt ce sont aussi des incursions ou tentatives d’attaques des prétendus miliciens May-May qui émeuvent le quartier. Ruashi, depuis, passe pour un nouvel épicentre de la criminalité à Lubumbashi.

À Kinshasa des habitants cassent et brûlent aussi facilement. Récemment, la capitale congolaise a enregistré une série de violences où des motards ont brûlé des camions à l’origine d’accidents parfois mortels pour des conducteurs de motos.

Casser et brûler, ou banalisation de la violence

Ces histoires se ramènent une réalité bien courante au Congo. La banalisation de la violence.

Autant mourir ou tuer devient un jeu, autant casser, insulter, mentir ou porter des fausses accusations contre autrui deviennent parfois des techniques pour manger, gagner la confiance d’un chef, etc.

En RDC, on a tendance à tenir pour d’office un voleur, quiconque roule dans une belle voiture ou jeep. Ou encore celui qui mène un train de vie visiblement plus aisé.

Autant on vous admire comme « grand prêtre », c’est-à-dire patron ou bien friqué, autant on peut vous piéger pour vous arracher même ce que vous n’avez pas. Votre tort, dans ce pays où beaucoup adorent un bel apparat plutôt que de vivre chiquement dans le secret, sera de ne pas pouvoir donner ce que vous voleurs attendaient au départ de vous.

Pauvreté, ah oui, mais quelle pauvreté!

Au final, on peut parler de pauvreté. Belle explication, en effet. Mais quelle belle excuse, et quel raccourci! Puisque finalement, c’est aussi pauvre que de ne pas considérer l’impact de toutes ces violences symboliques.

Le cas d’une justice qui ne sait réprimer les auteurs des crimes qu’elle envoie en prison. Plusieurs criminels censés être en prison, y compris des soldats, ont été reconnus parmi des bandits armés arrêtés après. On finit par croire que la justice ne sert à rien.

Il y a aussi ces bavures policières lors des célèbres marches anti-Kabila jusqu’en 2018. Mais aussi ces violences entre jeunesses des partis politiques qui restent souvent impunis.

Lire : « Coup sur coup »: Tu déchires Kabila, je brûle Tshisekedi!

On n’oubliera pas ces souffrants de la faim, ces mal logés, ces sans emplois qui finissent par désespérer. Pour plusieurs, casser, brûler, sous le prétexte de protester en tant que citoyens, est une occasion de sublimer leurs maux.

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