[Edito] Kabila critiqué ou accusé, apprenez aussi à vous taire!

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Kabila critiqué

Apprenez à vous taire. Car les mois et les années à venir, vous verrez l’ancien président Joseph Kabila critiqué plus souvent, et accusé même. Comme quiconque d’ailleurs. Les plus royalistes ont ainsi tort de se croire obligés de répondre tout.

Kabila critiqué, il le restera longtemps encore. Passer 18 ans à la tête d’un pays, cela demande plus d’ingéniosité, toute une machine, dans un pays aussi instable que le Congo. Par la force, on s’y est souvent maintenu, de Mobutu aux Kabila.

Mais, le plus facile pour anciens les puissants chefs d’Etat, c’est d’avoir échappé au statut d’ancien chef d’Etat. Mobutu, s’est endormi au Maroc, chassé par Laurent-Désiré Kabila. Ce dernier, pour sa part, repose à Kinshasa de suite d’un assassinat.

Premier, et tout ce qui va avec

Le plus dur, en revanche, c’est d’assumer pour la première fois au Congo, le statut d’ancien chef d’Etat. Joseph Kabila l’exerce le premier. Et comme tel, il va expérimenter tout ce qui va avec, après avoir, encore lui, expérimenté tout ce qui va avec le fait d’être le premier élu à un scrutin véritablement ouvert et universel.

Lire à ce propos : Ces fantômes qui hanteront longtemps certains Kabilistes

Mais elle vient déjà l’heure où d’inévitables comparaisons entre présidents, entre choix et politiques présidentiels s’imposent. Kabila le meilleur, ou non! Tshisekedi le meilleur ou non… Chaque action, chaque omission va susciter plus d’attentions, et de commentaires.

PPRD
Des militants du PPRD lors d’une visite de Joseph Kabila à Lubumbashi en 2016. Photo Didier Makal

Exemple récent d’un tel contexte: la plénière à l’assemblée nationale au cours de laquelle le député Mwando a accusé le dernier gouvernement de Kabila, que dirigeait le premier ministre Tshibala, d’avoir détourné 650 millions de dollars du budget national.

Fouiner dans le passé, presqu’inévitable pour le grand public

Tshisekedi a beau refuser de fouiner dans le passé de ses prédécesseurs, certains, parmi les Congolais, le feront quand ils en auront besoin, par ailleurs. Il pourra même d’ailleurs en souffrir, à mesure que deviendront nombreux les appels à y voir clair sur plusieurs dossiers flous aujourd’hui. Autre exemple récent : les appels d’associations à enquêter sur les soupçons de détournements et corruption supposée des anciens collaborateurs de « JKK », comme l’appellent ses sympathisants. Ce qui a suscité un tollé, en août 2019.

Mais Kabila, surtout ses proches qui de plus en plus ne veulent guère rien passer, souffrira encore. Des critiques sur les droits humains, sur la gouvernance, l’amélioration des conditions de vie des populations.

En définitive, comparer quiconque à Kabila, même en le critiquant vivement, ne relèvera pas toujours de la méchanceté. C’est inévitable, cela va avec le fait d’avoir accepté d’être ancien président. Les langues se délient aujourd’hui, les frustrés ont droit de dire leur colère, et les déçus ou ses victimes, le droit d’exiger des réparations.

Lire : F. Ambongo déplore « des querelles politiciennes complétement inutiles »

Ceux qui ne veulent pas l’entendre de cette oreille prendront toujours le risque de s’affronter, de s’insulter, de débattre de ce que le cardinal Ambongo qualifie de futilités. Ceux-là refuseront toujours d’avancer, et, plus royalistes que le roi, ils se suicideront. Y compris, surtout, le suicide politique. Si cela n’a pas déjà déjà commencé à ce jour.

Kabila critiqué, et on assume son bilan!

Comme pour toute ancienne idée, politique, époque ou personnalité publique, le temps seul justifiera ou non  l’homme de Kingakati. Viendra le moment où, d’eux-mêmes, les événement feront que Tshisekedi soit jugé lui aussi par rapport à lui-même, et à ses choix. Fatshi répondra seul de ses actes. Il sera alors déjà, lui aussi, un ancien président, ou aura passé suffisamment de temps au pouvoir, pour ne plus avoir raison de continuer d’accuser les autres.

Ça, c’est ce que les prétendus conseillers de Joseph Kabila n’ont pas réussi à lui dire. Déjà qu’il n’ont pas réussi à lui léguer de grandes actions à impact mémorable. Ils ont continué, jusqu’au dernier jour, à accuser autrui: Mobutu, « les Impérialistes », l’opposition. Ils n’ont rien, alors rien vraiment assumé. Qu’ils assument au moins, cette fois, de voir les gens, à tort ou à raison, critiquer leur chef qu’ils forcent à revenir au pouvoir.

CD

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