Mangeurs des insectes et fièrement Congolais

In Environnement
Sauterelles, Insectes

C’est une courte conversation sur les sauterelles, avec des amis Ituriens que je viens de rencontrer à Bunia, qui finalement me donne l’idée de ce billet. Un d’eux, indigné de voir pleuvoir ces insectes sur la ville promise à devenir une « petite Suisse », franchit le cap, et tweete fièrement. Lire le Tweet ci-dessous.

Depuis, comme des sauterelles à Bunia, il pleut sur Twitter, des commentaires très intéressants. Tous, en majorité, admirent ces insectes, et relatent des récits qui me font réfléchir sur l’alimentation des Congolais.

Très variée, l’alimentation des Congolais est faite des feuillages, de pâtes, de céréales, de viandes, y compris de petites bêtes comme des rats, et des insectes.

Une affaire de culture, et de bon goût

Sans minimiser les risques pour la santé, le cas des crises d’Ebola à répétition, beaucoup se dévoilent mangeurs des insectes. Manger de ces aliments s’enracine dans la culture. En Europe, par exemple, la pratique gagne du terrain, même si elle relève encore de l’exception, comme l’explique le site « Mangeons les insectes ».

Mais au Congo, la question ne se poste pas en ces termes. Dans certains milieux, certains jeunes de moins de 20 ans aujourd’hui, ont horreur des insectes comestibles. Rassemblement, ils n’ont pas eu l’occasion, dès leur jeune âge, d’en manger. Ils disparaissent déjà des plats, peut-être aussi parce qu’ils deviennent aussi rares comme à Lubumbashi. On soupçonne la déforestation et les pollutions industrielles.

Mais Guy Muyembe, le coordinateur de la plate-forme de blogueurs Habari RDC, se souvient encore de l’époque où Lubumbashi ramassait des sauterelles. « Les sauterelles valent mieux que la viande », écrit-il sur Twitter. Cette affirmation qu’il a entendue à son enfance, est aujourd’hui démontrée par les scientifiques.

Une alimentation riche en protéines

Une étude de la FAO (2002-2003) sur les insectes de la forêt, les chenilles d’Afrique centrale, affirme que les chenilles contribuent à la sécurité alimentaire. Et dans la perspective d’une forte croissance démographique dans le monde, 9 milliards d’humains d’ici à 2050, se nourrir des insectes devrait probablement devenir une réalité mondiale. Ils sont faciles à produire, expliquent les experts. Et surtout, beaucoup d’insectes affichent un « taux de protéines supérieur à celui des végétaux ainsi qu’à celui des viandes, œufs et volailles vendus dans le commerce. Il peut atteindre 75% sur extrait sec », explique le site Mangeons les insectes.

La consommation des insectes, selon la recommandation des médecins, présente un autre avantage au Congo. Dans certaines régions, le long des cours d’eau, les poissons prédominent et sont parfois l’unique viande. Même des légumes n’y sont pas assez préférés. Autour des parcs naturels, la viande de bêtes sauvage prédomine. Y compris dans les régions pastorales comme dans le Grand Nord de la RDC. Bunia en fait partie.

Lire : Ituri : Ville morte en faveur du retour de Jean Bamanisa à Bunia

Aussi, dans les savanes, au centre de la RDC par exemple, les rats sont l’unique source de protéines d’origine animale. Sauf à payer de la viande de bovins, qui coûte par ailleurs assez cher pour plusieurs familles.

Pour une alimentation équilibrée, les insectes permettent de suppléer à des carences. « Les insectes comestibles ont l’avantage d’être riches en protéines, explique docteur Richard Ndambo, médecin généraliste contacté par Congo Durable. C’est une bonne source des protéines et une alternative à la viande fraîche qui parfois est difficile à trouver dans certaines contrées ».

Prometteur business des insectes, mais il faut sauver les arbres

Il faut aussi considérer à ce jour que le business des insectes se montre prometteur. Selon une étude de Meticulous, via Global Market (voir la vidéo), le marché devrait dépasser les 1,2 milliards de dollars d’ici à 2023. Et d’après la FAO, il y aurait déjà 2 milliards consommateurs dans le monde.

Lire : Ecocitoyenneté ou plongée dans des forêts communautaires du Haut-Katanga

Mais à cause de certaines activités anthropiques, reconnues dévastatrices des forêts et polluantes, certaines espèces d’insectes comestibles disparaissent. Aussi, dans certains villages, plutôt que d’effectuer le ramassage ordinaire qui ne détruit pas l’écosystème, certaines personnes abattent les arbres. Sans compter, dans le même cadre, les feux de brousse qui au passage, brûlent insectes, larves et habitats naturels de ces petits être aimés des Congolais.

Didier Makal

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