Attaquer le Rwanda et l’annexer : Muzito met d’accord contre lui

In Politique
Adolphe Muzito

Faire la guerre au Rwanda, et l’anexer à la RDC. C’est sans conteste, la radicale solution à l’instabilité persistante depuis 21 ans dans l’est du pays, que propose Adolphe Muzito, l’actuel président de la coalition Lamuka qui réunit le principaux opposants politiques.

L’ancien premier ministre Adolphe Muzito vient de réussir un fait rarement courant au Congo. Mettre plusieurs leaders politiques et sociaux d’accord, à l’opposition tout comme au pouvoir. Mais contre lui!

Adolphe Muzito et la paix par la guerre, puis l’annexion

A une gangrène, la métaphore même de la radicalité des guerres qui n’en finissent pas dans l’Est du Congo, Adolphe Muzito propose une radicalité. Oeil pour oeil, dent pour dent : la guerre.

C’est un secret de Polichinelle, que de nombreux Congolais n’ont pas de pathos pour le Rwanda. Celui de Paul Kagame, le responsable désigné de tous les maux congolais, à propos de l’insécurité.

Le président rwandais a eu beau répéter qu’aux problèmes congolais il faut des solutions congolaises. Mais beaucoup le tiennent pour responsable de toute violence, tout échec politique ou militaire au sujet de la sécurité dans les Kivu.

Paul Kagme et la guerre au Congo

Certes, Kagame n’a pas les mains propres. Sa responsabilité a été plusieurs fois évoquée par les ONG, et par l’ONU ainsi que certaines puissances occidentales qui ont même fait pression sur lui. Notamment entre 2012 et 2013, durant la rébellion du M23, la nouvelle qu’il finançait ou du moins, soutenait.

Mais depuis, PK, comme certains le surnomment au Congo, semble avoir changé de méthodes. Peut-être même qu’il a changé? On sait pourtant qu’on voit encore sa main derrière l’activisme de certains groupes armés, notamment dans les plateaux de Minembwe, dans le Sud-Kivu.

Surtout, le président rwandais montre de plus en plus des signes d’ouverture, et de cordialité (?, certains en doutent, en effet), envers le nouveau pouvoir à Kinshasa.

Une fois encore, une photo jugée trop amicale entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi a même déchaîné les passions. Beaucoup de Congolais ont alors reproché au président congolais de ne pas honorer la mémoire de ses compatriotes victimes des violences imputées au leader rwandais.

Des voix indignées

Tant pis, si derrière ce geste, et tant d’autres comme des rencontres au sommet qui se multiplient, il y a des opportunités d’un retour aux bons sentiments. Puisque plusieurs Congolais, y compris l’ancien premier ministre Adolphe Muzito devenu opposant, veulent leur tour de donner une leçon au Rwanda de PK.

« La guerre contre les voisins n’est ni un discours ni une vision d’avenir », prévient le député Delly Sessanga. Il note en plus que la RDC a plutôt vocation à « être une puissance forte au service de la paix et de la stabilité de l’Afrique. » Avant d’ajouter, plus moralisateur, certes : « L’enfer ce ne sont pas les autres. Ce sont les turpitudes internes qui nous placent en deçà des enjeux. »

De la surenchère de déclarations

Cette courte réaction, contenue dans un tweet ainsi faite, le bal des critiques est ouvert au Congo.

Certains y voient une pitoyable propension à laisser impuni le président rwandais pour ses crimes au Congo. D’autres, en revanche, toujours sur les réseaux sociaux, y trouvent un refus de la violence.

Lire |Tshisekedi – Kagame : la photo qui dechaîne les passions

Sessanga invite les Congolais, en effet, à se regarder sans complaisance. Car, si finalement des voisins réussissent à faire autant de mal au Congo (y compris ceux qu’on leur prête à tort ou à raison), comment ne pas s’interroger sur ce qu’on est devenu.

Quant à Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, membres de Lamuka eux aussi et opposants politiques donc, ils ont dénoncé les propos de Muzito.

Pareil aussi, en ce qui concerne Jean-Pierre Kambila, ancien directeur de cabinet adjoint du président honoraire Joseph Kabila. Pour lui, il ne sert à rien de beaucoup crier quand on sait à la fin qu’on ne peut rien faire.

Plus clairement, il fait entendre que Muzito ne sait rien à l’art de la guerre, et ferait mieux de garder le silence. Il le soupçonne de verser dans une surenchère de déclarations « populiste ».

Au final, on ne devrait pas « crucifier » Muzito, pour avoir dit haut ce qui bouillonne au fond de plusieurs Congolais, considère pour sa part, l’opposant Claudel Lubaya.

Et ce sentiment est fortement exprimé sur les réseaux sociaux depuis lundi 23 décembre. Même si en même temps, d’autres voix dénoncent des propos belliqueux qui risquent de ne rien arranger aux relations déjà pas faciles entre le Congo et le Rwanda.

Didier Makal

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