Jacques Kyabula, après avoir pleuré le jeune Smith à Lubumbashi

In Congo profond
Jacques Kyabula

L’image reste pleine de sens et d’émotions. Jacques Kyabula Katwe, gouverneur du Haut-Katanga, regardant entre ses mains une photo d’un jeune homme. Smith, c’est son prénom, ne vit plus depuis les dernières violences de Kilobelobe, en périphérie de Lubumbashi.

Spectaculaires, ces violences ont marqué les esprits des habitants de Lubumbashi. Une trentaine de maisons, cibles de vols armés. Et des blessures par balles, et des viols selon les témoins, et surtout un bébé qui a disparu, enlevé par les bandits. L’enfant a été retrouvé plus loin dans un champ. Le gouverneur Jacques Kyabula l’a appris.

Dimanche 17 mai, Jacques Kyabula a visité des familles qui n’ont pas fini leur deuil. Sur son compte Twitter, il fait part de son émotion. Surtout, il note des « récits insoutenables de ces nuits d’agression » qu’il a entendus. A l’occasion, dit-il, il a tenu à donner une assurance. Que « les coupables, dont certains sont déjà aux arrêts, seront jugés lors des procès publics. »

Que justice soit faite!

Éplorée, la mère du défunt Smith a formulé cette demande  : « que justice soit faite ». Demande austère d’une mère, dorénavant sûre qu’elle ne reverra plus jamais son fils. Et surtout, à son âge (la soixantaine approchant), elle ne pourra même pas engendrer un nouveau dans l’espoir qu’il comble le vide que laisse le défunt. Smith avait 22 ans.

Le gouverneur parti en consolation le sait pourtant : la justice ne pourrait se substituer à une sentence d’un juge. Quand bien-même cette sentence condamnerait à perpétuité l’auteur de crime aussi grave qu’un meurtre. Rendre justice ne saurait d’ailleurs pas non plus se réduire au paiement de dommages-intérêts. Ce que, par ailleurs, certains parents des victimes ne pourraient solliciter.

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Rendre justice, dans un cas d’insécurité aussi persistante que celui que vit Lubumbashi, implique autre chose. C’est principalement l’assurance que personne ne vive plus pareille horreur. Ni dans les actuelles familles horrifiées, ni dans d’autres. De sorte qu’aucune nouvelle situation similaire à la leur ne puisse rappeler la douleur qu’on sera en train de s’efforcer d’effacer.

Autrement dit, un châtiment contre les auteurs reconnus des meurtres et vols ne saurait ramener le calme. Même s’il reste utile. D’autant plus que, même en promettant que les suspects interpellés soient jugés, le gouverneur n’est pas un justicier. Son rôle, et cela vaut pour les ministres ou le président de la République, consiste à protéger. Rassurer, comme Kyabula l’a fait en visitant les familles en deuil, que plus jamais pareille situation ne continue.

Un gouverneur n’est pas un justicier, mais il peut arrêter l’insécurité

Or, dans la situation actuelle, personne ne donne cette assurance : ni à Lubumbashi, ni depuis Kinshasa. On peut encore se rappeler de nombreuses missions officielles des autorités nationales. Aucune, même celle conduite par le président Félix Tshisekedi lui-même en 2019, n’a réussi à ce jour à endiguer la criminalité. Au contraire, plus les autorités déploient des actions censées mâter la criminalité, plus celle-ci s’amplifie.

Ce que devrait faire Jacques Kyabula, et qui manque à ce jour, c’est d’interpeller plus ouvertement sans craindre des menaces politiques, les autorités nationales. La crise sécuritaire persistance dans le Haut-Katanga depuis 2016 relève déjà de la compétence nationale dès l’instant où elle n’en finit pas malgré les efforts entrepris connus de tous. Sans doute, l’archevêque de Lubumbashi Jean-Pierre Tafunga n’a pas tort de dire qu’ils sont insuffisants.

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Mais, qu’est-ce que les provinces ont comme moyens à leur disposition, pour qu’elles s’attaquent à une situation qui les dépasse? Et c’est là que les députés nationaux du Lualaba demandent pourquoi Kinshasa ne met pas en oeuvre certaines recommandations d’une commission d’enquête sur la crise en cours? Ces dernières insistent, notamment, sur la permutation des officiers de la police et de l’armée qui ont déjà passé plus de 5 ans à Lubumbashi et à Kolwezi.

Bref, Jacques Kyabula devrait prendre son courage, pour mettre les autorités nationales devant leurs responsabilités. C’est la seule façon, dans la situation actuelle, de conforter son image d’un gouverneur près de sa population, qui va au chevet des victimes.

Sans un calme durable, il risque de ne pas pouvoir continuer à aller pleurer avec ceux qui pleurent. Car tous lui demanderont de ne pas compatir, mais de rassurer.

DM

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