Vital Kamerhe reste en détention : la surprise du Congolais lambda

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Vital Kamerhe

Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, n’a pas obtenu une libération provisoire. C’était une demande de ses avocats, le vendredi. Le procureur le maintient ainsi en détention.

C’est sans doute une grosse déception pour les proches de Vital Kamerhe qui espéraient le voir sortir de la prison de Makala.

Pas de liberté provisoire pour Vital Kamerhe

Le samedi 11 avril, le magistrat instructeur du dossier des financements du programme des 100 premiers jours du mandat de Félix Tshisekedi a décidé de le garder pour 15 jours.

D’autres responsables des services publics et des sociétés privées commis à l’exécution de plusieurs projets restent aussi en détention. Ils ont été interpellés, il y a plusieurs semaines.

Jusqu’à vendredi, les proches de Kamerhe que l’on considère comme celui qui ordonnait les dépenses avant l’entrée en vigueur du gouvernement courant, ont multiplié des messages de soutien. Mais aussi des pressions.

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D’autres n’ont pas ainsi manqué de menacer de rompre l’alliance avec l’UDPS. Le parti présidentiel qui a gagné avec notamment l’UNC de Kamerhe, la dernière présidentielle.

Quant à ses avocats, ils ont essayé de convaincre le magistrat, dès le vendredi, qu’il n’y avait pas de risque de fuite de Kamerhe. Mais le procureur n’a pas pris en compte cet argument. Attitude plutôt prudente de la part d’un magistrat qui ne voudrait pas vivre des surprises, de l’ordre politique par exemple. Des pressions.

Le Congolais lambda savait que Kamerhe sortirait

Le refus de liberté provisoire au puissant directeur de cabinet Vital surprend, en effet, plus d’un Congolais.

Le pays, on le sait, est habitué à des dossiers judiciaires fantaisistes et complaisants. Surtout, les 30 dernières années, sinon depuis l’indépendance du Congo même : la population a surtout assisté à des dossiers judiciaires impliquant des opposants politiques ou les voix discordantes, opposées à l’ordre du discours des régimes au pouvoir.

Sauf qu’ici, il s’agit de celui que beaucoup à l’UDPS ont surnommé « le vice-roi ». C’est tant il a semblé par moment prendre de l’ascendant sur le président de la République.

Pour cela que certains se convainquent, à l’UNC surtout, que l’on essayerait par cette procédure judiciaire, de détruire politiquement l’influence de Kemerhe, sinon l’éloigner du président.

C’est ainsi que beaucoup de Congolais ont montré leur scepticisme, principalement sur les réseaux sociaux. On peut facilement lire des réactions qui montrent que l’interpellation de Kamerhe n’est qu’une farce.

D’ailleurs ce samedi, beaucoup ont annoncé avant la décision du parquet, sa libération provisoire. Comme pour prouver qu’ils savaient ce qui allait arriver à la procédure.

Pourtant Vital Kamerhe reste en détention

Mais revenons à la perspective d’une gêne causée par la personnalité de Kamerhe, connu fin connaisseur des rouages de la politique congolaise. Il n’est pas inutile, en effet, de rappeler qu’il a été depuis 2005,  un des ténors, sinon le personnage clé du système politique de Joseph Kabila.

Ainsi, une mauvaise question se pose souvent : qui aurait intérêt à voir Vital Kamerhe sombrer? Puisqu’il n’y a pas que les proches du président de la République qui auraient intérêt à voir couler ce personnage.

Et ce c’est un secret de Polichinelle que sa position suscite toutes les envies dans le camp présidentiel. Bien plus, au FCC, il s’est fait beaucoup d’ennemis en quittant le premier Joseph Kabila bien avant la présidentielle de 2011.

On sait, toutefois, que si une année après, Kamerhe a pu tenir encore à son poste, c’est parce que Félix Tshisekedi a continué à le protéger.

Vital Kamerhe

Vital Kamerhe, président du parti UNC. Source : Vital Kamerhe, Twitter.Mais, il faut considérer aussi le fait qu’ils se multiplient, les dossiers financiers qui se ramènent à cet homme que l’on considère comme « un fusible du président », notamment face à la pression de l’allié gouvernemental trop puissant (le FCC de Kabila).

Lire |Félix Tshisekedi rassure et encourage le chef de l’IGF

L’affaire des retrocommissions de 10 millions de dollars, et d’autres des possibles détournements des fonds des projets de « 100 jours », commençaient à gêner tout le système qui promet pourtant une gouvernance exemplaire.

Et si la justice faisait simplement bien son travail?

Dans ce contexte, la tentation de tout voir sous le prisme politique est grande. Puisque tout est en apparence politique. Pourtant, les démêlés judiciaires sont bien localisés : une affaire ordinaire, de corruption ou détournement à la limite.

Ils viennent de la gestion financière des projets annoncés avec pompe et qui boîtent. Les Kinois l’ont observé les premiers, avec la construction des les sauts-de-moutons qui n’enfinit pas.

Dans ce cadre, il est possible de voir l’action judiciaire qui a conduit à l’arrestation provisoire de Vital Kamerhe autrement. Une procédure normale, qui peut aboutir à une remise en liberté définitive, avec requalification du dossier si Kamerhe venait à démontrer son innocence.

Présomption d’innocence

L’affaire pourrait aussi, en réalité, déboucher sur une condamnation définitive, si le procureur maintenait ses accusations et y apportait des preuves devant le tribunal.

Malheureusement, dans cette affaire trop sensationnelle pour plusieurs Congolais qui vivent une première dans leur histoire commune, beaucoup refusent à Vital Kamerhe le droit à la présomption d’innocence.

Les juges, dans les partis politiques et sur les réseaux sociaux, ont déjà dit leur droit. Ils l’ont condamné d’office, comme si le fait d’être accusé d’un fait, fût-il grave, constitue en soi un crime.

C’est le grand défi auquel le procureur et tout juge qui aurait une si lourde charge d’apprécier un dossier qui soit « une première », à l’heure où les réseaux sociaux donnent la parole aux millions des juges.

Le moins qu’on puisse faire, en démocrates, c’est de laisser la justice poursuivre son travail en toute indépendance. Et ce serait peut-être là un nouveau départ pour une nouvelle justice au service du pays.

Didier Makal

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