Jacques Kyabula, l’heure du sevrage avait bien sonné

In Politique
Jacques Kyabula

Ce sont des choses pourtant courantes, dans la vie courante comme la politique. Qu’on le veuille ou non, qu’on le prenne pour éternellement son “bébé” ou un adulte en devenir, tout “petit” finit un jour par prendre son indépendance. Ce jour est probablement arrivé pour Jacques Kyabula, entre janvier et mars 2021.

L’événement a d’abord commencé sous forme de signes, qui ont suscité des interrogations sur le gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe.

Le successeur, « le petit »

Le successeur de Célestin Pande a opéré un grand virage. D’abord, en se démarquant de la politique de ses prédécesseurs Pande et Kazembe. Agir sans polémiquer, sans s’attaquer aux ennemis de Joseph Kabila d’office définis comme ennemis de son camp au pouvoir.

On se souvient encore, à ce propos, des joutes de Jean-Claude Kazembe contre l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi. La relation était allée jusqu’au point où l’on avait cru que le gouverneur Kazembe avait pour mission de détruire l’image de Katumbi, alors en conflit avec Joseph Kabila.

Pande Kapopo aura partiellement, lui aussi, joué ce rôle là. Même s’il aura tout de même marqué parfois un peu moins d’insistance là-dessus.

Jacques Kyabula et sa marque

Kyabula, lui, aura pratiquement rompu avec cette politique, pour se concentrer particulièrement sur ses projets. Dès sa première année de mandat de gouverneur, 2019, il aura particulièrement donné l’image d’un gouverneur affairé à réaliser ses promesses de campagne (routes agricoles, agriculture, notamment).

Même si, par la force des pressions sur lui, Jacques Kyabula a dénoncé des manipulations de l’insécurité dans sa province. Accusations qui, par ailleurs ont donné parfois l’impression d’être dirigées contre des mécontents de son camp qui en voulaient vraisemblablement à son poste, il aura été peu polémiste que ses prédécesseurs.

Lire à ce propos | Bakata Katanga, une création des luttes au sein de la coalition FCC-CACH ?

Toutefois, il est resté en tout toujours le « petit » pour les « rapaces de Kinshasa », selon un membre du FCC de Joseph Kabila. Sans doute, mécontent des « nombreuses demandes d’argent » formulées envers les dirigeants de la province, regrette-t-il.

Mais ça, c’était avant deux événements qui ont tout changé pour « le petit » que beaucoup n’ont pas vu venir.

D’abord, les 26 gouverneurs de la RDC sont convoqués à une conférence des gouverneurs à Kinshasa. Ils tiennent une déclaration finale le 29 décembre 2020 disant leur engagement dans l’Union sacrée de la République. Seul Zoé Kabila qui dirige le Tanganyika, le frère de l’ancien président Joseph Kabila, ne s’y engage pas. Même s’il signe quand-même cette déclaration.

Au même moment, le FCC multiplie des échecs face au camp présidentiel. Félix Tshisekedi promet de punir les actes de sabotage des actions de son Union sacrée. Il entend, d’ailleurs pour cela, évaluer trimestriellement l’action des gouvernements provinciaux.

Une entrée dans l’Union sacrée, et des signes avant d’agir

Kyabula, comme certains gouverneurs du FCC qui se sentent fragiles, se montre désormais engagé dans la nouvelle dynamique et ne le cache pas. Premier acte d’un sevrage. C’est contre le camp de ceux qui le tiennent alors pour leur « petit ».

Si beaucoup ne le voient pas venir, ensuite, le gouverneur du Haut-Katanga mène des visites très symboliques. Il les médiatise, et ne dit toutefois pas ce qu’il se dit avec ceux vers qui il se rend.

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Le gouverneur Jacques Kyabula (gauche) en train de recevoir Gabriel Kyungu wa Kumwanza. Source: Gouvernorat du Haut-Katanga.

On le voit, le 3 mars, chez Gabriel Kyungu wa Kumwanza, l’allié de Moïse Katumbi et du président Tshisekedi qui vient d’être élu président de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga. Il promet de remanier son gouvernement pour l’inscrire dans le cadre de l’Union sacrée.

On le voit aussi chez Pande, ancien gouverneur dont il fut ministre. Chez les associations socioculturelles, chez Jean-Claude Kazembe et chez Félicien Katanga qui fut le premier dirigeant de la province dès le découpage de 2015 qui donna naissance à la province du Haut-Katanga.

Kyabula chez Katumbi

Mais sa visite chez Moïse Katumbi, 7 jours plus tard, retient plus l’attention des Lushois. Même si les deux annoncent parler de développement, de l’agriculture notamment. Un membre du camp Kabila chez celui qui a été présenté comme ennemi numéro un du régime entre 2016 et 2018, l’événement semble inédit. Acte deux d’un sevrage consommé.

Il faut attendre 7 jours encore pour comprendre ce qu’ils se sont dit, avec tous ceux qui l’ont reçu. Le 17 mars, Kyabula publie la liste remaniée des membres de son gouvernement. La plupart des leaders politiques qu’il a consultés, membre de l’Union sacrée, y font leur entrée. L’homme vient d’assumer un 3e acte d’une indépendance qui a commencé faiblement.

Il est, certes, inapproprié d’avancer que le gouverneur Kyabula a rompu avec son camp. Le FCC dont certins sont membres, comme lui d’ailleurs ont rejoint l’Union initiée par Félix Tshisekedi est encore dans son équipe.

La démarche très politique qu’il vient d’accomplir le classe pourtant désormais dans une nouvelle posture. Non pas cet acteur politique à qui on imposerait certaines choses directement à partir de son camp où l’on soupçonne des coups pour le remplacer. Mais, désormais comme quelqu’un qui joue sa carte.

Cela tend à se vérifier, sans doute, étant donné que ce positionnement semble le sauver d’une tentative de destitution. Fin février, en effet, une rumeur a annoncé sur les réseaux sociaux, une pétition censée conduire à cette fin.

S’assumer

En obtenant le soutien de Moïse Katumbi, de Gabriel Kyungu et de certains membres de son camp, Kyabula tente de réunir désormais plus de chances pour assurer le maintien de son poste de gouverneur.

Il lui restera, néanmoins, de maintenir ces soutiens et, surtout, d’inscrire son nom comme grand en répondant aux attentes de la population qu’il dirige. Y parviendra-t-il avec un tel jeu d’équilibre où s’organisent déjà de grandes manœuvres électorales pour 2023?

Déjà, certains Congolais ne le cachent pas : « Jacques Kyabula a remanir (sic) son gouvernement. Ce [c’est] pour flatter le chef de l’État », commente un twittos.

Pour sa part, le défenseur des droits humains King Mushilanama déplore le fait que le gouverneur a reconduit « les mêmes personnes aux ministères qui ont des liens avec la malversation financière de la province ». Il ne les a pas toutefois cités, promettant d’y revenir sous peu.

On ne peut s’empêcher de dire ici que dès lors que le sevrage a été consommé et assumé, reste d’assumer dorénavant tout ce qui va avec l’indépendance.

CD

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