Nationalité en RDC : l’urgence de revenir à l’essentiel

In Politique

C’est un appel urgent à revenir à l’essentiel. Le débat enfiévré qui prend depuis plus d’une semaine sur la nationalité risque de faire perdre à la RDC des acquis sur la question. C’est l’ONG ACAJ qui interpelle.

L’Association congolaise pour l’accès à la justice, ONG de défense des droits humains de Georges Kapiamba, monte au créneau. Dans son communiqué du 18 mai, cette ONG basée à Kinshasa alerte sur le risque de déraillement d’un « débat citoyen » sur la nationalité.

Surtout quand celui-ci peut conduire à sortir des acquis. ACAJ note, en effet, que la Constitution de la RDC encourage le vivre-ensemble, la cohésion nationale. Et qu’en plus, elle a déjà résolu la question de nationalité sous ses divers aspects.

Encore un débat sur la nationalité en RDC

Bien plus, le communiqué appelle les politiques à la responsabilité. Surtout, insiste-t-il, il s’agit d’une affaire qui touche au substrat national comme la nationalité. 

La question devait être abordée alors « débarrassée de toute considération politicienne susceptible de remettre en cause la fragile unité nationale maintes fois mise à l’épreuve par des frustrations réelles ou supposées. »

Pour Georges Kapiamba, président de l’ACAJ, il faut que chaque leader politique ou social s’emploie à déraciner la division. Cela, en plus de « dégager les racines des affrontements politiques et, affronter avec courage les injustices fabriquées des années durant en RD Congo ».

L’association conclut son appel à la retenue en insistant sur l’acceptation de la diversité. Elle évoque alors cette citation de l’écrivain Léon-Gontran Damas. « Les couleurs sont la vie ; et que la vie est dans les couleurs… la culture et le dessin lorsqu’ils s’entrelacent ont plus de vie et de flamboyance ».

Félix Tshisekedi favorable à une multinationalité…

Le 24 avril 2021, le président Félix Tshisekedi rencontrait les parlementaires à Kinshasa. L’enjeu pour lui était d’obtenir d’eux qu’ils investissent le gouvernement de l’Union sacrée. Une plateforme politique ouverte à plusieurs camps politiques qui lui a permis de se détourner du FCC de Joseph Kabila.

Lire à ce propos | Débâcle du FCC : Mwilanya tiendra-t-il sur le flot?

Le président, qui a passé de longues années en Europe et qui compte de binationaux dans son entourage, avait abordé la question. Pour lui, il est impérieux qu’un débat sérieux ait lieu sur (contre) la limitation courante.

Les lois congolaises, en effet, reconnaissent une nationalité unique et exclusive. Le fait d’acquérir une autre faisant perdre la nationalité congolaise.

« Je connais ce problème, nous avons milité de l’étranger avec des Congolais qui ont d’autres nationalités. Mais qui sont Congolais et se battent pour le Congo de la même manière que ceux qui sont au pays. J’ai trouvé que c’est injuste de continuellement les tenir à l’écart. Un Congolais, quelle que soit la nationalité acquise après les péripéties de la vie, est de nature toujours attaché à son pays. »

Félix insistait plus encore : « il faut permettre à ces compatriotes, moi je les appelle ainsi, de la diaspora de pouvoir être à l’aise. Maintenant je n’impose rien, mais il faut leur permettre de prendre part au débat à l’intérieur de leur pays soit en participant activement à la politique », avait recommandé le chef de l’État.

…mais pas ses proches 

Mi-avril 2021, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 en RDC, Noël Tshiani Muadiamvita, lançait les hostilités. Il proposait que la fonction de président de la République soit réservée uniquement aux Congolais de père et de mère.

Cela garantirait, pour lui, la loyauté totale du président de la République. La question est certes sensible, il le sait. Mais dans un contexte d’accusation de complicité, notamment avec les voisins de l’Est de la RDC, certains citoyens ne voient pas de mauvais oeil cette proposition.

Bien plus, parmi ces derniers, il faut compter des poches du chef de l’État. Ils ont intérêt à voir s’imposer un telle option. 2023 arrive, à grands pas. Et certains candidats, le cas de Moïse Katumbi, pourraient constituer une barrière sinon une réelle difficulté au second mandat du président.

Moïse Katumbi, encore dans le viseur?

Officiellement, le camp présidentiel ne se mêle pas de ce débat. Mais il serait le premier bénéficiaire d’une exclusion de Moïse Katumbi de la présidentielle.

Et, lorsqu’on consulte les commentaires à ce sujet, sur les réseaux, il est n’est pas rare de trouver des partisans du parti présidentiel plus actifs. Pareillement, ceux de Moïse Katumbi, pressenti visé par ce nouveau débat, sont eux aussi actifs. 

Les premiers en veulent à Katumbi d’avoir refusé d’être premier ministre. Même si, toutefois, il compte parmi les grands soutiens du président dans son renversement de l’ancienne majorité parlementaire. 

Les seconds, quant à eux, pensent que le pouvoir manœuvre en vue d’écarter Katumbi de la présidentielle. Ils pensent que des proches du président le tiennent pour futur candidat à la présidentielle dès lors qu’il a refusé la primature.

Un débat qui a fait des morts et une guerre en RDC

Le communiqué de l’ACAJ l’épingle en ressortant le risque d’un tel débat pour la cohésion nationale : il y a dès lors des risques. Elle pense que l’essentiel et l’urgent aujourd’hui, c’est de s’unir contre les groupes armés dans l’Est de la RDC. Puisque ce débat, comme en 2018 sous Joseph Kabila et contre le même Katumbi, risque d’occuper longtemps les débats. L’ONG voudrait, par ailleurs, que des énergies soient déployés en faveur de ce qui unit les Congolais.

Pour Kyungu Shimbi, Chef de Travaux à l’université de Lubumbashi (sciences politiques), la nationalité a fait des morts en RDC. Et des guerres et négociations, en 1985, 1960, 1990 avec l’épisode des têtes coupées promenées dans la rue à Uvira, rappelle-t-il.

Le chercheur note aussi que la formule inscrite dans la Constitution de 2006 résulte de nombreuses négociations. Et surtout du souci de conjurer les vieux démons.

Et, explique-t-il, c’est ainsi qu’on est arrivé à Sun City (Afrique du Sud), entre 2001 et 2003, à la formule que, est Congolais d’origine celui dont l’un des parents ou arrières-parents a appartenu au territoire devenu en 1960 l’actuelle RDC. « Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est un résultat issu des compris, et compris issus des guerres », précise-t-il.

Autrement pour lui, ce n’est pas opportun de revenir sur cette question. Il se demande même en quoi cela dérangerait-il que quelqu’un venu d’ailleurs, s’il a le soutien des citoyens, il devenait président.

CD

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