Lubumbashi : la consommation de l’eau de forage devrait-elle inquiéter ?

In Actualités, Congo profond, Environnement
eau de forage

À Lubumbashi, l’eau manque cruellement. Il faut de l’argent pour s’assurer, dans les supermarchés, de l’eau plus ou moins potable sans aucune certitude. L’entreprise publique, Regideso, censée distribuer de l’eau à la population, ne sert presque plus à rien. Et le forage de puits d’eau en est la preuve, tellement la pratique se répand. En tout cas, Lubumbashi est une ville assoiffée.

Au cours de ses dernières communications devant la presse, la Regideso a affiché ses inquiétudes. Face à la multiplicité des « puits domestiques dans beaucoup de parcelles », la Regideso serait s’inquiète. C’est l’affirmation de Michel Tshijik, chef de la division Production de la Regideso dans l’ex-Katanga. Parce que la qualité de l’eau de forage n’est pas assurée.

« Il suffit juste que l’eau soit claire pour être déclarée potable. On ne se soucie pas des paramètres physico-chimiques », regrette Michel Tshijik.

Son entreprise, la Regideso, attribue la cause des maladies hydriques à l’eau de forage. Or, beaucoup de consommateurs ne croient plus en la qualité de son eau non plus.

Cette plainte de la société de distribution d’eau au Congo pourrait aussi traduire une menace qu’elle subirait en termes de concurrence et dans la réalisation des recettes.

L’eau de forage plutôt que la Regideso

Si certains ont basculé vers les bornes fontaines par manque d’installations de la Regideso, d’autres n’ont simplement plus d’eau à leurs robinets. Un motif suffisant pour adopter les puits, et les témoignages sont légion.

« Ça n’a pas marché avec l’eau de la Regideso. J’ai préféré avoir une borne fontaine. On ne sait toujours pas quand leur eau peut couler. Mais là, il suffit d’avoir du courant électrique ou un groupe électrogène », a déclaré un habitant de la commune Ruashi. Or dans cette commune, la Regideso affirme éprouver d’énormes difficultés pour alimenter la population en eau potable.

Ces dernières années, des autorités locales ont procédé à une série d’inaugurations de bornes fontaines à travers Lubumbashi. Objectif, résoudre les problèmes relatifs à la pénurie en eau dans la ville.

Les forages, oui, mais l’hygiène aussi 

Bongonga, Lubumbashi, eau
Un puits d’eau à Bongonga, Lubumbashi. Capture d’écran.

Jean Nsungu travaille dans une entreprise spécialisé dans le forage des puits d’eau à Lubumbashi. Parlant de la qualité de son travail, il affirme n’avoir jamais reçu une quelconque plainte liée à la qualité de l’eau des puits. Il explique:

« Nous étudions toujours le lieu avant de creuser un puits et nous nous assurons de creuser plus profond parce que c’est dans la profondeur que provient une bonne eau. »s

Les scientifiques, quat à eux, pensent l’eau des puits n’est pas si dangereuse. Il suffit de respecter les exigences sanitaires. Mais le professeur Arthur Kaniki, spécialiste en chimie minérale et environnement prévient que:

« Si le forage n’est pas bien pratiqué, il y aura de répercussions sur la santé parce qu’il ne va pas fournir l’eau de bonne qualité ».

Il encourage la pratique des puits profond, surtout pour aller au-delà de nappe phréatique. « Quand on fait des forages qui sont superficiels, explique-t-il, généralement on est dans la nappe phréatique. Dans la nappe phréatique on a à faire à une eau vulnérable, sensible à la pollution. C’est-à-dire qui peut être contaminée et à ce moment-là, on risque d’avoir des problèmes de santé. »

Le Programme Eau et Assainissement renseigne que les forages les plus profonds vont à plus de 150 mètres et classe la profondeur moyenne entre 60 et 150 mètres.

Eau sale, vie humaine en danger

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « l’insuffisance ou l’absence des services d’alimentation en eau et d’assainissement ou leur mauvaise gestion expose les personnes concernées à des risques évitables pour leur santé. »

Elle souligne qu’une eau contaminée et le manque d’assainissement occasionnent la transmission de maladies comme le choléra, la diarrhée, la dysenterie, l’hépatite A, la fièvre typhoïde et la poliomyélite.

Lire aussi : La Regideso, l’autre entreprise publique passée à coté de sa mission en RDC (Partie 2)

« Les maladies hydriques tuent », alerte le docteur Ami Abel, médecin généraliste. « Que ce soit l’eau qu’on boit, celle qu’on utilise pour la cuisson ou pour se laver les mains. Cette eau peut être celle des forages ou de la Regideso si elle ne s’entretient pas ».

Bref, toute eau, de forage ou d’un système public de distribution peut tuer ou contribuer à la santé de la population selon que toutes les conditions hygiéniques sont réunies ou pas. C’est à la fois une responsabilité de l’État et des citoyens, notamment les détenteurs des puits de forage.

Gloria Mpanga

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