L’opposant Gabriel Kyungu wa Kumwanza, leader du Rassemblement de l’opposition dans le Katanga serait prêt à tempérer sa lutte. Mais pas à n’importe quel prix : il veut sa liberté, lui qui se trouve assiégé ou presqu’en résidence surveillée chez lui à Lubumbashi. Vendredi 23 décembre, il a eu une visite, Joseph Olengankoy, qui a lancé, depuis, des soupçons sur son rapprochement avec le pouvoir.
« Si tout va bien, l’opinion du Katanga constatera que je suis un peu aéré. Je pourrais maintenant un peu circuler sans trop de tralala à gauche ou à droite », a annoncé Gabriel Kyungu.
Gabriel Kyungu reçoit l’homme qui a « trahi » le Rassemblement
Dans sa résidence de Lubumbashi, au quartier Baudouin, le chef du G7, le regroupement des partis frondeurs exclus du pouvoir en 2015 et proche de l’opposant Moïse Katumbi a eu une visite rare. Il a reçu, faut-il le préciser, l’homme qui a contribué à affaiblir le front anti-Kabila, le président de RDC hors mandat depuis 2016. Il s’agit de Joseph Olengankoya qui acceptait de diriger le CNSA, le Conseil de suivi de l’accord sur la transition, signé le 31 décembre 2016, à la place de l’UDPS. Mais aussi, l’homme a dédoublé le front, « le Rassemblement. »
Officiellement, c’est un contact décidé par la plénière du CNSA. Au menu de la rencontre entre les deux hommes, d’après la déclaration de Joseph Olengankoy, les mesures de décrispation politique annoncées par cet accord de la Saint Sylvestre. « Vous avez vu qu’il y a bon nombre de compatriotes qui sont libérés des prisons », lance-t-il à la presse de l’opposant Gabriel Kyungu.
Une occasion, pour lui, d’annoncer qu’il a plaidé pour le cas « du patriarche Gabriel Kyungu, qui est une icône » de la politique congolaise, note Olengankoy.
Beaucoup de choses vont s’améliorer, annonce Olengankoy
C’est avant d’annoncer que « beaucoup de choses vont s’améliorer dans les prochains jours. » Il n’oublie pas, en plus, d’indiquer qu’ainsi le veut le « président de la République qui a le souci de voir l’application de l’Accord dans les prochains jours ». Un accord que d’aucuns trouvent dépassé, suffisamment laissé derrière.
Le ton du journaliste qui commente la rencontre inspire un climat plutôt apaisé entre les deux hommes. Il rapporte, par exemple, que Gabriel Kyungu « désapprouve des revendications violentes », lui qui a « adhéré » aux revendications du président du CNSA. Kyungu veut « voir les élections se dérouler dans la paix ». C’est qu’il confirme, par ailleurs, lui-même.
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« J’appuie totalement la démarche dans le sens de la décrispation, confirme le chef du Rassemblement dans le Katanga. C’est très important que nous allions aux élections. Pas dans le déchirement, mais plutôt dans la paix, la concorde, dans la fraternité. Et que le meilleur l’emporte. » Kyungu précise, en plus : « nous n’avons pas besoin de nous entredéchirer pour ça. »
Pas d’ennemis, mais des opinions et convictions différentes
Lui qui se trouve désormais assiégé depuis plus d’une année dans sa résidence, et contrôlé en tous ses mouvements, d’autres étant refusés même, semble s’intéresser au desserrement de l’étau sur lui.
« Si aujourd’hui je suis dans l’opposition, je fais brûler les magasins, les entreprises, etc. Demain [une fois au pouvoir], je vais faire quoi ? Je vais encore reconstruire, repartir à zéro ? Non », répond-t-il. C’est avant d’ajouter : « il n’y a pas de camp d’opinions, il y a des camps des convictions politiques. Mais il n’y a pas de camps d’ennemis ».
Kyungu nie une rencontre sur la décrispation
Bref, c’est un Gabriel Kyungu au discours tempéré, disposé à agir de façon à apaiser le climat politique. C’est cela que suggère d’ailleurs l’accord du 31 décembre 2016 qui parle de mesures de décrispation. Mais la surprise, c’est quand Kyungu déclare au site Actualite.cd, le 23 décembre soit un jour après la rencontre, que cela n’avait rien à voir avec la « décrispation politique ». « Je les ai reçus comme acteurs politiques et je reçois tout le monde comme ça. Il n’y a rien à cacher », a dit Gabriel Kyungu.
Mais certains congolais, notamment sur les réseaux sociaux, le voient sur l’autre versant, « baratiné par le pouvoir ». D’autant plus que peu de temps seulement avant, un de ses militants, Lemale, a été libéré de la prison de Makala, à Kinshasa, où il était détenu depuis 2015. La jeunesse de son parti, Unafec, l’a visité depuis son retour.
Didier Makal










