A eux, on aura beau dire que les sol et sous-sols appartiennent à l’Etat congolais. Les paysans congolais restent résolument liés à leurs terres. Pourtant, depuis la ruée vers le cuivre dans le Katanga, ils les perdent de plus en plus. Parfois, ils restent sans voix, et déplacés.
Ce ne sont pas les mines ni les forêts qui sont les principaux pourvoyeurs de richesses, en RDC. Ce n’est pas non plus la pèche, même si les lacs et grands cours d’eau congolais sont réputés riches. La terre, mieux au pluriel « les terres », sont les plus riches. Mais elles posent rpoblème.
Une RDC où les puissants sont pauvres, et s’ignorent
La reine, c’est bien l’agriculture. Elle occupe environ 68% de la population et contribue à hauteur de 50% du PIB national. Avec 35% des terres aptes à l’activité agricole, selon l’Institut national de la recherche agronomique (INERA), ce pays de 2,3 millions de km2 échappe de plus en plus aux paysans.
Ces terres rares, les paysans les perdent de plus en plus, au Katanga minier. Dans cette région prise d’assaut par les exploitants de cuivre et cobalt depuis le boom minier de 2006, les paysans sont parfois délocalisés sans dédommagement ni respect des lois foncière et minière.
La course aux carrés miniers a été suivie des acquisitions massives des terres agricoles, des fermes. Nombre de ces terres presqu’aliénées, dans les alentours de Lubumbashi et de toute la « ceinture de cuivre », « copperbelt », ne sont exploitées.
C’est bien contradictoire, la réalité sur le terrain, et les chiffres ainsi présentés. La population bien pauvre, vouée à l’agriculture de subsistance, est celle qui génère la moitié du PIB intérieur congolais. C’est bien elle, pourtant, qui se trouve en insécurité, perdant des terres sans protection, face aux acquéreurs des terres. Non pas seulement les miniers, mais aussi des supposés fermiers sans vraies fermes, et des dirigeants politiques.
Une agriculture à réinventer
Pauvres et sans moyens pour une culture plus développée, les villageois pratiquent une agriculture itinérante, sur brulis. Chaque année, ils vont à la quête de nouvelles terres arables, ce qui, dans une perspective d’attribution des concessions minières et des délocalisations, réduit leurs marges de manœuvres. Les personnes délocalisées, se trouvent parfois, face aux terres bien moins fructueuses qu’avant.
« Nos champs sont dans les concessions aujourd’hui vendues à plusieurs sociétés minières qui nous entourent, expliquait le chef du village Kifita, fin 2016. Les gens ont reçu l’ordre de ne plus y retourner cette année. Nous devons aller chercher ailleurs, et c’est devenu compliqué. »
Ailleurs dans la région alentour de Lubumbashi, c’est parfois au-delà des limites de leur village que les paysans envahis par les mines, vont chercher des terres arables.
Des terres arables captives, inaccessibles
Bien plus, ces sols bien moins riches qu’on le croient de nombreux intellectuels congolais pour qui tout peut pousser partout, sont bien pauvres à plusieurs endroits. « Vertisols », faits d’argile et de type « montmorillonite », explique Daniel Lunze Lubanga de l’INERA, ces sols « sont d’une bonne fertilité, quoique lourds et difficiles à travailler », dans une petite partie du Katanga méridional.
La région compte aussi des sols « Gleysols », hydromorphes. Ils sont d’une bonne fertilité, explique le chercheur, « bien que fonction de la richesse chimique des matériaux colluviaux des collines environnantes. » bref, ces terres sont en partie dans la zone minière, coincée dans les Carrés miniers, inaccessibles aux masses.
La quête infinie de nouvelles terres agricoles débouche parfois sur des conflits entre les « migrants » et les communautés aux terres investies par les voisins. La notion du territoire est très affirmée entre com munautés, même au sein de mêmes groupes ethniques, en RDC. Bien plus, l’agriculture, ainsi que l’attribution des terres dans la région, ont besoin d’une réinvention pour assurer un avenir apaisé.
Didier Makal











