Les tombeaux sont vides, à Penga Penga, à Lubumbashi. Ce n’est sûrement pas des résurrections massives qui ont lieu dans la capitale du Haut-Katanga, dans le Sud-Est de la RDC, où peuplent beaucoup d’églises évangéliques. Les cimetières sont de plus en plus habités par les humains. Et la ville voit avancer rapidement une choquante profanation de tombes, qui sont en plus pillées.
Le 1er août, beaucoup de Congolais ont célébré la journée des parents. D’habitude, ils entretiennent les tombes de leurs proches décédés. D’autres vont y pleurer. Pour ces raisons, la journée du 1er août est ordinairement tendue, autour des cimetières à Lubumbashi. Notamment parce que certains découvrent une profanation choquante de tombes. Ou encore, il découvrent que leurs occupants ont été délogés au profit de nouveaux. A leur insu.
Stupeur à Lubumbashi
C’est ce qu’ont rapporté encore cette année, le jeudi, plusieurs personnes et médias. Sur les réseaux sociaux, photos à l’appui, ils dénoncent la spoliation des cimetières. Et pas seulement. Puisqu’en plus, on voit des tombes entièrement ouvertes, d’autres aplanies.
Des maisons d’habitation, le cas de la nécropole de Penga Penga aujourd’hui fermée aux inhumations, ont gagné le lieu des morts. « Il n’y a plus vraiment de respect pour les morts à Lubumbashi, déplore Patrick Muzamba, journaliste dans un média local. Le cimetière Penga Penga de la Gécamines fait face à une sérieuse profanation des tombes. »
Le défenseur des droits humains, Hubert Tshiswaka, a partagé sa peine sur Facebook et sur Twitter. « Je viens d’apprendre la profanation des tombes de ma mère, ma sœur et mes deux frères. Au cimetière de la GCM Penga Penga. Je juge ça inacceptable », a-t-il annoncé.
Qui a vendu les cimetières de la gecamine/#Lubumbashi ? Suivez la vidéo aujourd’hui 1aout 2019 @AfricaTopTweet @Presidence_RDC @rkitsita pic.twitter.com/CWQBanVABN
— ремтсг (@remtsh11) August 1, 2019
Un peu d’argent dans la profanation de tombes
Le journaliste Etienne Ilunga a même rapporté qu’un petit terrain de football, de fortune, serait érigé sur le site. A d’autres endroits, toujours à Penga Penga, ce sont des ferons qui partent avec des pilleurs qui vont les revendre. Conséquence, beaucoup de tombes sont volontairement ouvertes, détruites. « Une carrière de graviers a élu domicile sous l’œil complaisant des autorités de la place, déplore un autre journaliste », Trésor Nsenga. « À ce jour, il est impossible d’identifier la tombe de son proche. En tout cas, previent-il, si rien n’est fait dans un délai précis, Penga Penga va bientôt appartenir au passé et on n’en parlera plus à Lubumbashi. »
Ne pas retrouver la tombe d’un proche inhumé il y a trois décennies, est sans doute pénible, fait remarquer Bleureau Kajam, journaliste lui aussi. « Parce que les services de cadastre sont de nos jours en mesure de vendre où bon leur semble, écrit le journaliste. Même sur l’ancien lit de la rivière Lubumbashi, qui de nos jours constitue un raccourci pour les piétons en saison sèche. » « Où est le respect des morts », interpelle-t-il. Avant de constater que la protection des cimetières, aujourd’hui, est le cadet des soucis des Congolais.
Des cimetières de plus en plus habités
Ce cimetière populaire n’a pourtant pas été désaffecté, selon la procédure légale. Il faut, en effet, une décision administrative désaffectant un cimetière de cette façon, il cesse de relever du domaine public de l’Etat c’est alors qu’il peut, par exemple, être exploité à d’autres fins bien entendu, explique un environnement, totalise, « après des études qui rassurent quant aux risques pour la santé ». D’autant plus que Penga Penga a été fermé il y a seulement environ 3 ans. Pourtant, des enterrements secrets y ont lieu encore.
A certains endroits, les fabricants des briques ont vidé les tombes et amoncelé et abandonné à l’air libre les ossements. « Les profanateurs [des tombes] seront poursuivis », a promis le maire de Lubumbashi. Il a promis, en plus, d’ériger un enclos tout autour du cimetière. Mais dans la ville, il n’y a pas que ce cimetière qui fait face au problème de profanation. Plusieurs autres, en périphéries, à Kamasaka plus à l’Est par exemple, voient avancer des habitations depuis pratiquement une décennie.
Didier Makal







