Présidence de la CENI, les grandes manœuvres ont démarré en RDC

In Politique
Ceni, RDC, Kinshasa

Les grandes manœuvres ont commencé en RDC. La course à la présidence de la Céni, la centrale électorale, ne fait plus aucun doute. Le FCC de Joseph Kabila et la société civile qui devrait en compter au moins trois s’activent.

A en croire les ONG de droits de l’homme Justicia, IRDH et Asadho, la majorité parlementaire de l’ancien président Joseph Kabila, le FCC, voudrait briguer la présidence de la Céni. Beaucoup d’autres médias congolais l’ont annoncé en fin de la semaine. Le candidat en vue serait le professeur Adolphe Lumanu Bwana N’Sefu.

Lamanu Bwana N’Sefu pour succéder à Nangaa à la Céni

Ce député national élu de Kabinda, dans la province de Lomami (au centre de la RDC), compte parmi les ténors du PPRD, le parti de Joseph Kabila. Et donc, membre du FCC. Il en a d’ailleurs coordonné le Bureau d’Études, Stratégies et Actions. Lumanu a dirigé le cabinet de l’ancien chef de l’Etat. Mais il est connu surtout pour avoir été ministre de l’intérieur.

Le problème, c’est que l’éventualité d’un tel profil à la présidence de la Céni violerait la Constitution, selon les ONG. Elles évoquent, pour soutenir cette thèse, l’article 211 de la Loi fondamentale congolaise qui veut la centrale électorale indépendante et impartiale.

Le FCC envisagerait en plus, indiquent ces ONG, de contourner l’article 10 de la loi électorale de 2013 pour désigner les membres de la Céni. Un travail qui devrait échoir dans cette perspective, aux « forces politiques de l’Assemblée Nationale ». Une assemblée à ce jour contrôlée par le FCC. Pour les ONG, cela va à l’encontre de la volonté populaire qui veut une centrale électorale indépendante.

Lumanu candidat, « où est le problème » ?

Asadho, Justicia et IRDH n’excluent pas de recourir à la population pour faire échec à la désignation d’un membre du FCC à la succession de Corneille Nangaa. Un président de la Céni dont le processus reste très controversé. Il figure, ainsi que son vice-président Norbert Basengezi qui est aussi membre du PPRD, parmi les personnalités congolaises sanctionnées par les Etats-Unis. Le trésor américain les accuse notamment de corruption électorale.

Lire : Céni RDC: Nangaa a énervé les candidats à la présidentielle

Mais pour Jessé Numbi, un des communicateurs du PPRD contacté par Congo Durable, rien ne dérange s’il advenait que le candidat soit Lumanu. « Où est le problème, interroge-t-il. Ce n’est ni au FCC ni à qui que ce soit d’en décider seul. Il n’y a que le parlement qui pourra agréer la nomination de nouveaux membres de la Céni. » Bref, pour lui, il n’y aucunement de complicité.

Katanga, Jessé Numbi
Jessé Numbi, assis dans son bureau au siège de la Majorité présidentielle Katanga à Lubumbashi. Photo Didier Makal

Jessé Numbi déplore en plus une création de « psychose inutile » par les défenseurs de droits de l’homme.

« Attendons le moment venu, ajoute-t-il, il y a des critères qui existent. C’est la loi qui définit qui peut être président de la Céni et qui peut être tel ou tel autre. Il y a un débat qui se fera. Les différents partis politiques vont déléguer leurs membres, la société civile va déléguer elle aussi ses membres. Et je ne vois pas pourquoi un membre du FCC serait directement un diable ou un grain dans cette solution. »

Course à la présidence de la Céni : Catholiques, versus protestants ?

D’après un article publié sur le site de Digital Congo, par ailleurs, les confessions religieuses elles aussi s’activent. Les catholiques, les musulmans ainsi que les protestants et églises de réveil voudraient succéder à Corneille Nangaa. Depuis 2006, en effet, les présidents de la Céni ont émergé de la composante « confessions religieuses » au sein de la société civile.

Malu Malu était prêtre catholique, et a présidé l’institution d’appui à la démocratie en 2006, et l’a rejointe de nouveau après les scrutins de 2011. A sa mort, Corneille Nangaa lui succédait, proposé par les églises protestantes Même s’il manquait de consensus parmi les « confessions religieuses » à son sujet. L’Eglise catholique, par exemple, avait souhaité une personnalité plus indépendante.

Mais avant Nangaa, le pasteur Ngoy Mulunda, protestant lui aussi, avait présidé aussi la Céni. C’est lui qui avait organisé les élections de 2011, particulièrement controversées. Leur issue avait contribué à plonger le Congo dans une nouvelle crise politique qui a duré jusqu’à l’alternance du pouvoir en janvier 2019 entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi.

Isidore Ndaywel, Abraham Ndjamba ou Idriss Ketende à la Céni?

Alors que la direction actuelle de la Commission électorale a épuisé son mandat, les catholiques voudraient proposer un laïc, d’après Digital Congo. Vraisemblablement le professeur Isidore Ndaywel. Cet historien des plus connus de la RDC, compte parmi les figures de la contestation de l’ancien régime.

Lire aussi : La Céni et la cour constitutionnelle jouent leur crédibilité

Face à lui, deux religieux. D’abord l’imam Idriss Katende. On le donne proche de l’actuelle majorité parlementaire. « La personne que le FCC entend soutenir », d’après l’article de Digital Congo. Les musulmans qui représentent moins de 2% de la population congolaise, en effet, attendent leur tour de diriger la Commission électorale. Si l’imam Katende a le soutien du FCC, comme annoncé, sa candidature devrait passer sans encombre au parlement.

Mais c’est sans compter sur les protestants. Ils arrivent 2e sur la plan national, après les catholiques (52%, chiffres de l’Observatoire de la liberté religieuse, USA). Surtout, beaucoup ont gardé de bons rapports avec l’ancien pouvoir qui les a parfois utilisés comme contre-pouvoir, pour diminuer la « toute-puissance » des catholiques, devenus très critiques.

Les protestants peuvent alors compter sur l’évêque Abraham Ndjamba. S’il n’est pas très connu, son image a émergé durant les dernières élections où il a conduit une remarquable mission d’observation électorale, la Symocel.

Didier Makal

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