Le débat sur les dégâts du Nyiragongo dans le Nord-Kivu s’oublie le temps de quelques déchirements. Au nom puissant de la congolité : la nationalité congolaise. L’attention est à nouveau sur ce sujet au risque de signer une ségrégation au sein du peuple.
Là où le tribalisme et le régionalisme ont échoué, la lutte pour la « congolité » semble déterminée à l’emporter. Jean-Noël Tshiani, l’homme à la base de ce nouveau débat ne manque pas d’aura. Mais autant il attire toute l’attention, il se fait aussi des ennemis et oppose des Congolais entre eux. Pour lui, « La présidence de la République [Démocratique du Congo, ndlr] doit être réservée à ceux qui sont 100% Congolais ».
Noël Tshiani, prêt à tout pour son Congo
Sur son twitter, l’ancien candidat à la présidence de la RDC (2018) estime que « Certains aiment la RDC à cause de l’argent qu’ils y ont gagné et qu’ils espèrent y gagner. Mais Noël Tshiani Muadiamvita aime la RDC parce que c’est le pays de ses ancêtres et le seul pays dont il est propriétaire à 100 %. Que les congolais aiment tous sincèrement leur pays ! »
Il précise cependant qu’il n’a rien contre personne mais ne croit pas que la fonction suprême devrait être ouverte à tous, aussi congolais soient-ils. « Seuls les congolais de père et de mère » devraient accéder à la présidence de la république, croit-il.
Des soutiens et des oppositions à la congolité par Tshiani
En ses articles 10, 13 et 72 par exemple, la constitution de la RDC apporte assez de lumière sur ce débat dont l’issue pourrait être chaotique. Mais c’est insuffisant pour son initiateur.
« Ma proposition de loi ne change pas les conditions de nationalité. Les 100%, 75%, 50% et 25% sont tous mes compatriotes congolais qui sont éligibles pour tout dans le pays. Ils sont les miens. Mais les fonctions de souveraineté doivent revenir aux 100% pour protéger notre pays » répondait Noël Tshian à Vidiye Tshimanga, conseiller su Chef de l’Etat, opposé à cette démarche.
Lire aussi | Nationalité en RDC : l’urgence de revenir à l’essentiel
Pour ce dernier, « Notre constitution est claire et bien faite quant à savoir qui est congolais et qui ne l’est pas ainsi que son accession [à la] présidence. ». Une position soutenue plus ardemment par ceux qui pensent que Noël Tshiani cible précisement la tête de Moïse Katumbi.
Le député Daniel Sefu par exemple, n’y va pas avec douceur. Dans une vidéo qui circule sur internet, il déclare que quiconque osera présenter à l’assemblée nationale la proposition de loi Tshiani « signera le même jour son certificat de décès ».
Mais pour Moïse Katumbi lui-même, la démarche de Tshiani vise plutôt les intérêts de la république. « Ce projet de loi est une utopie qui ne vise pas Katumbi mais qui vise l’unité du Congo » aurait-il déclaré selon politico.cd.
C’est presque ce que croit aussi l’ex-première dame de la RDC, Olive Lembe Kabila. Elle considère que « Des querelles inutiles, des rejets, de choix soit disant de congolité et consorts, ça ne nous amènera nulle part. Ça risque de provoquer notre chute encore une fois », rapporte cas-info.ca.
Pendant ce temps, l’initiative ne manque d’appuis. C’est le cas d’une chaine YouTube dont l’animateur estime que la proposition Tshiani est à soutenir par tous les Congolais. Pour l’animateur, les agitations contre cette démarche présage un agenda caché.
A Lubumbashi, ça bouillonne
Entre-temps à Lubumbashi, le maire de la ville a autorisé une marche de soutien à la proposition de Noël Tshiani. Une décision qui énerve un regroupement dénommé « Jeunesse du Grand Katanga ». Cette structure, dans un communiqué du 1er juin 2021, a réagi avec virulence.
« A tous ceux qui auraient l’intention de participer à cette marche, nous leur disons que nous les attendons de pieds fermes. Nous n’accepterons jamais ce type de provocation. Nous leur demandons de rentrer marcher chez eux », déclare le communiqué.
La menace semble avoir porté des fruits. Car « la marche a été annulée par l’administration urbaine », prétendant que « la Fondation Katangaise allait aussi marcher » en cette même journée. Une raison rejetée par la Société Civile Révolutionnaire, dans une vidéo sur Facebook.
Fidèle Bwirhonde










