Drame de Matadi-Kibala : les autorités doivent s’assumer, la foudre n’est pas responsable

In Opinions

C’est un choc d’avoir entendu un responsable de la Société nationale d’électricité, SNEL, insister sur la foudre. Le drame de Matadi-Kibala à Kinshasa, le 2 février 2022, a coûté la vie à 26 personnes dont 23 femmes et 3 hommes. Et c’est la foudre le responsable ?

Cette mort par électrocution pouvait être évitée. Bien sûr, si les autorités administratives et cette société publique avaient joué leur rôle au marché de Matadi-Kibala. La foudre n’est pas responsable.

Ce drame illustre, malheureusement, un dysfonctionnement chronique des institutions et services publics. Selon plusieurs médias de la capitale congolaise, ce marché fonctionne sous une ligne électrique haute tension. Et malheureusement la situation est générale en RDC.

Lubumbashi : éviter Matadi-Kibala à Kalubwe

A Lubumbashi, par exemple, plusieurs marchés fonctionnent dans la même situation. Si ce ne sont pas des hautes tensions, c’est alors sur la voie ferrée ou des routes à grand trafic.

Le cas du quartier Kalubwe, à l’Ouest de Lubumbashi, est éloquent. Des câbles passent au-dessus du marché du quartier où chaque jour, de nombreuses personnes travaillent, allumant les feux et s’amusent. Pareil au marché baptisé “Moïse”, non loin la de la prison de Kasapa. Et, plus haut, vers l’Est de la ville, le marché Rail a envahi la voie ferrée encore exploitée.

De nombreuses alertes des médias et des activistes de la société civile n’y ont rien changé. Dans la commune de Kenya, plusieurs avenues et rues sont envahies. Difficile d’y accéder, notamment autour de la basilique sainte Marie. Le grand marché de la commune et le plus grand de la ville, s’est agrandi dangereusement.

Les autorités, chaque fois, n’y changent rien. En situation épidémique, ou simplement lors d’une catastrophe naturelle comme celle de Kinshasa, il devient trop facile d’accuser la nature.

Or, en toute responsabilité, le propre des catastrophes naturelles c’est de se produire. Il appartient aux humains de les prévenir et d’en limiter les conséquences.

Minimiser les risques, c’est possible

Pourtant, à Kinshasa, le responsable de la SNEL s’est plu à accuser la foudre. Il aurait pu dire qu’il a plusieurs fois demandé au bourgmestre de Mont Ngafula d’évacuer le lieu par précaution. Cela aurait été plus cohérent avec le principe de responsabilité.

Certes, on ne voudrait ici faire le procès de la gouvernance des infrastructures électriques par la SNEL. Le principe consiste à prendre conscience des risques encourus chaque fois que les services et institutions publics manquent au devoir de vigilance.

Les études des risques devraient précéder chaque décision d’affectation d’un lopin de terre. Cela, en considérant les exigences environnementales. Ceci s’applique même lorsque des usagers s’installent sans respect des normes établies. Les pouvoirs publics, justement, ont le devoir de rappeler à tous et d’imposer si nécessaire par la force, les dispositions sécuritaires requises.

Didier Makal

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