Ilunkamba n’est pas Lumumba,Tshisekedi pas Kasavubu

In Politique
Félix Tshisekedi, l'état d'urgence

Le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba n’est pas Patrice Lumumba c’est sûr. Et le Président Félix Tshisekedi n’est nullement pas Joseph Kasavubu.

Le contexte aux quatre personnages de l’histoire du Congo qui se répète aujourd’hui, reste pourtant implacable. Ils connaissent des crises similaires, mais rien de très important ne les rapproche, dans les faits.

En 1960, Joseph Kasavubu devient président de l’actuelle République démocratique du Congo. Le tout premier après la colonisation.

Sans majorité, mais jongleur quand-même

Mais le chef de l’Etat n’a pas de majorité au Parlement, comme Félix Tshisekedi. Son premier ministre, Patrice Lumumba, devient ainsi l’homme fort du pays.

Et ce déséquilibre résume à lui seul, mais non exclusivement bien sûr, la crise qui conduit les deux dirigeants à l’affrontement. Kasavubu limoge son premier ministre, au plus fort de la crise, et Lumumba lui aussi révoque son président.

En 2019, Joseph Kabila passe le flambeau à Félix Tshisekedi qui devient le 5e président. Le fils de l’opposant Etienne Tshisekedi n’a pas de majorité au parlement. Il n’en a même pas dans les provinces, et ne contrôle pas suffisamment son gouvernement.

Et les crises n’est finissent pas s’indigner les Congolais, entre les deux forces alliées au pouvoir depuis 18 mois.

Beaucoup de Congolais, très friands de polémiques et de politique, n’arrêtent toutefois pas de comparer les deux époques si proches. Et les deux pouvoirs, pourtant si distants.

C’est tant le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba multiplie des sorties très critiques, contre son président. La dernière, est consécutive à la signature d’une série d’ordonnances présidentielles par son intérimaire, sous son couvert alors qu’il n’en a pas été informé.

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Dans la foulée, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, aurait refusé de recevoir le premier ministre parti pourtant le rencontrer pour tirer au clair cette situation.

C’est d’autant plus pressant, pour le président de la République sans majorité parlementaire, que le cas qui contrôle cette dernière, le FCC de Joseph Kabila, l’accuse de violations récurrentes de la Constitution.

Le non-dit, dans l’indignation qui monte, c’est que le FCC montre au chef de l’Etat qu’il est dès lors, en mesure de le destituer.

Si dans les faits, une telle démarche se montre périlleuse pour la stabilité du pays et la paix sociale, politiquement, cette pression vise à affaiblir Félix Tshisekedi qui se montre de moins en moins la marionnette que l’on a cru somnoler à la tête de l’Etat.

2020, pas 1960!

Sans majorité, il sait jongler, désormais, à la congolaise, et se montre aussi rusé que les autres.

La question, la mauvaise peut-être dans ce contexte, que se posent certaines personnes est alors : le Congo va-t-il vivre la crise de 1960-1961 (64)? Rien n’est moins sûr.

Mais, on est en 2020. La guerre froide qui avait concouru, en partie, au parachutage de Mobutu au pouvoir, paralysant les protagonistes, est finie. Voici des décennies déjà. Si le nouvel ordre mondial politique n’a pas toujours grand chose de nouveau, force est de reconnaître qu’une nouvelle dynamique est en marche.

C’est notamment ce réveil des mouvements associatifs et citoyens, qui veillent sur le semblant de normalité qui reste à l’Etat. Il y a aussi, la honte mondiale de l’ONU et de grandes puissances à n’avoir pas réussi, 21 ans après, à recréer la paix au Congo alors qu’elles ont en partie contribué à sa destruction. Elles ne seraient pas, de ce point de vue, prêts à laisser à nouveau pourrir la situation au Congo.

D’ailleurs, elles sont annoncées déjà aux manoeuvres, en coulisses, entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila qui semble tirer les ficelles à travers sa majorité.

Ni Félix Tshisekedi, ni Sylvestre Ilunkamba

Pour ces raisons, et d’autres encore comme les facteurs ethniques, secteur explosif au Congo et déjà tendu depuis ces crises, le Président ne saurait être destitué. Lui aussi, par ailleurs, ne saurait mieux faire que les autres.

Les deux camps, en réalité, se paralysent et se paralyseront jusqu’en 2023, aux prochaines élections, s’ils n’arrondissent pas les angles. Voilà pourquoi, Félix Tshisekedi n’est pas Kasavubu.

C’est à dire, il ne peut pas limoger son premier ministre assumer pleinement l’acte. Il a besoin de demander à son prédécesseur. Le premier ministre Ilunkamba, lui aussi, n’oserait jamais pleinement jouer l’audace et la témérité de Lumumba. Il n’est pas le chef de la majorité qui le porte.

DM

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