Du terrorisme à Beni: la thèse avance de plus en plus

In Congo profond
Terrorisme à Beni

Du terrorisme à Beni, et internationale, en plus. L’idée fait son bon nombre de chemin dans l’Est de la RDC, malgré son éternelle difficulté à réunir des preuves. Beaucoup en veulent déjà pour une de plus, celle rapportée par l’armée congolaise le 1er janvier 2021.

En ce 1er jour du nouvel an à Beni dans le Nord-Kivu, toujours sous d’interminables violences, l’armée a rapporté une victoire. Elle a récupéré un village occupé par des rebelles Ougandais ADF (Forces alliées démocratiques). Parmi ses 14 ennemis éliminés, figuraient 2 combattants “arabes”, précise l’armée. Ils ont été reconnus par leur peau blanche. Et la nouvelle, pour nourrir la thèse de terrorisme à Beni, a vite circulé.

Terrorisme international à Beni?

Beaucoup de Congolais ont salué la bravoure de l’armée congolaise. Mais aussi, ils ont dénoncé ce qui s’apparente bien à du terrorisme international. L’idée, défendue par le régime Kabila depuis pratiquement 2014, a pourtant du mal à convaincre aujourd’hui encore. Même si, en 2020, le nouveau président de la RDC, Félix Tshisekedi, a soutenu la même rhétorique.

Lire | Triste année 2020 pour Beni

“La désinformation bat son plein! On fabrique la thèse islamiste pour dédouaner les vrais responsables tapis dans l’Armée et un narratif nouveau s’élabore. Qui a-t-il vu les corps de ces deux “Arabes”?”, interroge un internaute, Luigi Elongui, sur Twitter.

La thèse du terrorisme international, en effet, éprouve du mal à davantage convaincre. Même si, on le sait, depuis environ deux ans, des organisations islamistes revendiquent des attaques à Beni.

Jeudi 18 avril 2019, l’Etat islamique revendiquait sa première attaque en Afrique centrale. Deux jours après, ses combattants identifiés comme des ADF, avaient visé une caserne de l’armée congolaise à Bovota, près de Kamango. Récemment encore, ils ont publié la carte de leurs gains en RDC.

Au niveau de l’ONU, la prudence se fait toujours sentir sur la qualification de ce qui se passe au Congo. Même si l’on sait que depuis 2016, des membres du Conseil de sécurité avaient parlé d’actes de terrorisme. Formule pour désigner les violences perpétrées par des groupes armés dans le Nord-Kivu.

ADF, responsabilités congolaise et onusienne

La question ADF reste d’autant plus complexe qu’elle implique à la fois la responsabilité de l’armée congolaise, des dirigeants de la RDC ainsi que de la Monusco. Le rapport de la Monusco (PDF) sur ce groupe armé ougandais, de fin 2014, en effet, explique que pour survivre à la reddition de branche moins radicale Nalu auprès des autorités ougandaises, Jamil Mukulu a noué des liens étroits avec des chefs traditionnels et des officiers FARDC.

Le même rapport note, par ailleurs, que certains leaders politiques congolais auraient exploité des massacres dans le territoire de Beni à des fins politiques. Notamment en en faisant porter le chapeau à Antipas Mbusa Nyamwisi.

Il faut aussi compter des soupçons d’une implication des soldats onusiens, de la force de la Monusco. Ils auraient sponsorisé la construction de mosquées et de distribué des biens de première nécessité dans un but missionnaire.

Deux faits majeurs méritent d’être notés à ce propos. Que la partie Est de la RDC n’a jamais été pacifiée, depuis les guerres successives que le pays a connues. Ensuite, il y a constat que les autorités politiques congolaises et internationales ont longtemps souhaité ethniciser la crise. Et, depuis quelques année, on les soupçonne de chercher à mettre en exergue l’extrémisme religieux pour justifier les violences au Kivu.

Prudence, et vigilance!

Comme le fait remarquer l’Observatoire de Pharos, une association française de contextualisation et de pluralisme des cultures et des religions, cette grille de lecture n’est pas suffisante pour expliquer la situation à l’Est de la RDC. Région où les violences sont surtout liées au pillage des ressources, au mercantilisme et à la politique régionale, dans laquelle l’ancien pouvoir à Kinshasa a du mal à justifier son propre rôle.

Néanmoins, poursuit cette organisation française, il faut rester prudent sur le “risque élevé d’islamisation de la violence” dans la région. Mais, cela ne devrait occulter le fait que bien souvent, ces “groupes armés qui sévissent toujours dans la région [c’est] pour défendre les intérêts d’affairistes rwandais, ougandais et congolais (intermédiaires des groupes multinationaux actifs dans le bois, les minerais, le pétrole, le gaz, etc.).”

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